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La tragédie du catholicisme ou « qui doit sauver qui ? » conférence-débat de Denis Moreau : « Le concept de Salut (catholique)

Par Un kärchérisé de la République :: 22/01/2012 à 20:58
par Assemi Djamel, dimanche 22 janvier 2012, 14:29

Mardi 17 janvier à 20h 30 à la salle Benoît XII à Avignon organisée par l'association Gaya, j'ai assisté à la conférence de Denis Moreau, philosophe à l'Université de Nantes. Son dernier livre s'intitule "Les voies du salut, un essai philosophique" aux éditions Bayard, 2010. Sa conférence portait sur cette question "Le concept de salut a-t-il encore un sens aujourd'hui?"

Denis Moreau nous fit une présentation en trois parties: les origines du mot salut, une approche philosophique du concept de salut, et enfin une réflexion sur sa dimension plus particulièrement chrétienne, dirions-nous catholique pour être plus précis.

 

Après les présentations, Denis Moreau commença son exposé par l’étymologie du mot Salut en latin Salute: fait d'être sauvé d'un péril mortel, d'être en bonne santé, être sain et sauf. Il revint sur les origines gréco-latines du catholicisme. Je ne pu m’empêcher de lui demander : « Il ne faudrait pas oublier que Jésus était un sémite, et son prénom en Hébreu Yésua, comme vous l’avez si bien souligné, qui veut dire Dieu sauve. Mais n’y a-t-il pas une déperdition du sens des mots de l’araméen ou de l’hébreu vers la langue grecque ou latine ? Les Bibles que nous avons ne sont que des traductions des textes originaux. Le Salut que vous nous aviez défini n’est-ce pas le shalom des juifs ou le salam dont est tiré le mot islam chez les musulmans ? » Il m’avoua ne pas être hébraïsant ou compétant sur la question. Encore un de ces mystères cher au catholicisme ? Je lui fis la remarque qu'a formulé François Reynaert dans son dernier livre "que le catholicisme en définitive n'est qu'une secte qui a réussi à s'imposer au détriment de l'arianisme très répandu jusqu'au V ème siècle en Europe. L'arianisme qui ne reconnaissait pas la nature divine de Jésus".

 

Ensuite, il expliqua « Le Salut passe pour être l'affaire des religions, et il relèverait à titre de seule compétence du théologien ». Et d’ajouter, « Vieux concept démodé, qui dégage un rance fumet de sacristie que les philosophes tiennent pour suspect »... Et à raison! En effet, il expliqua que cette notion se retrouve de partout dans notre société de consommation, pour se faire, il alla jusqu'à lire la publicité des effets salutaires du gel douche Axe après une torride nuit courte en compagnie d'une ou plusieurs demoiselles. Et d'ajouter, "Rassurez-vous, mais en bon père catholique ne venez pas à croire que j'utilise ce gel douche!". Rires dans la salle. Humour ou triste aveu du dilemme catholique entre l'attraction du plaisir du corps et celle du péché?

Pourtant, ne nous détrompons pas, professeur à l'université de Nantes, il entend pourtant ne faire appel qu'aux ressources de la raison. Raison catholique entourée de biens de mystères comme on le verra. Nulle tentation chez lui d'un «tournant théologique». Si, en fin de compte, il se trouve en connivence avec la notion chrétienne, c'est en réfléchissant d'un bout à l'autre, selon le mot de Descartes, en «homme purement homme». On en doute à la suite de son exposé…

 

Il nous fit ensuite une présentation de son ouvrage qui comporte deux mouvements. D’ailleurs ce fût la partie de son exposé la plus intéressante car mettant l’accent sur le lien des racines greco-catholiques de la philosophie occidentale. Les trois premières sections (sur la croyance, la mort, les mauvaises actions) sont de philosophie toute pure - le jargon habituel en moins - «au sens où non seulement la façon de réfléchir mais aussi les contenus abordés sont accessibles au moyen des capacités intellectuelles dont les hommes sont naturellement dotés.

En revanche, la section IV (sur la libération) propose une réflexion qui ressortit en partie de la théologie philosophique.» Ce qui veut dire que, dans cette dernière section, le philosophe réfléchit philosophiquement sur une proposition, en l'occurrence la résurrection du Christ, qui lui vient d'ailleurs.

Il ne faudrait pas trop vite sauter par-dessus les trois premières sections, sous prétexte qu'elles sont de nature «philosophique». Elles démasquent toutes les stratégies mises en œuvre par les humains en vue de se soustraire à la finitude et à la mort. On lira en particulier les fines analyses sur l'avarice, la gloutonnerie, la luxure, l'homicide, l'orgueil, l'égoïsme, etc. Tous ces comportements de fuite éloignent de la vie bonne, et font surgir, par contraste, la question d'une croyance libératrice. Pour lui c'est au regard de ces conduites négatives que la proposition chrétienne, misant sur la résurrection du Christ, devient éclairante et prend tout son poids. Et c’est là que le débat devient intéressant. Il nous expliqua dans un aveu d’impuissance, « Nous devons faire face aux détracteurs comme nous le conseille Saint Paul, savoir répondre aux questions, donc penser le catholicisme ». Et d’ajouter comme un cri de désespoir « nous devons sauvez le catholicisme de l’image dans laquelle il est plongé, suite aux différentes affaires », sûrement en référence aux affaires de pédophilie qui ont touché l’Eglise.

Mais à ce stade, on ne peut éviter la question: est-ce «arrivé»? «En centrant la réflexion sur l'efficacité présente de la croyance en la proposition "Jésus est ressuscité", ne réduit-on pas le Christ à un simple concept ou à un genre de mythe dont tout l'intérêt réside dans les effets bénéfiques qu'il produit sur ceux qui s'y intéressent? Ne regarde-t-on pas comme secondaire les questions de la vérité historique de l'existence de Jésus en général, et de la résurrection en particulier?» Sur cette question, le philosophe loge à la même enseigne que n'importe quel croyant. Il n'a d'autre appui que la crédibilité des témoins attestant que «c'est vraiment arrivé».

On ne peut ignorer cependant que, à côté de la voie chrétienne, d'autres voies de salut s'offrent à l'homme, assorties de recettes et d'outils plus ou moins efficaces. Il nous expliqua que l’homme moderne ne trouve de salut qu’en l’autre, son partenaire, dans l’espoir d’une relation amoureuse ou amicale qui le sauvera. D’autres, trouveront le salut dans des séances de Yoga ou de retour à la nature, via les voyages, la contemplation, etc. C'est pourquoi, Denis Moreau parle des voies de salut au pluriel. Il n'en estime pas moins que seule «la résurrection ouvre de façon spécifique la possibilité d'une libération globale, en ce sens qu'elle ne consiste pas seulement en des recettes ou techniques particulières de lutte contre le péché, mais transmue la condition humaine dans celle de ses dimensions essentielles (le rapport à la mort)». Il y va donc pour l'homme de son intérêt existentiel bien compris de parier sur la résurrection du Christ, pour reprendre Pascal qu’il critique au passage.

Comment évaluer un tel projet? Les «rationalistes» diront: ce n'est plus de la philosophie. Quant aux théologiens, ils jugeront cette sotériologie «trop naturelle, horizontale, ou encore immanente». Pris entre ces deux feux, Denis Moreau, qui a prévenu ces objections, n'hésite pas à transgresser les frontières quand elles lui paraissent aussi arbitraires que figées.

Enfin, il conclu que le Salut est le fait d'être sauvé de l'état de péché et de souffrance dans lequel naît l'homme, et de la damnation qui serait la conséquence de cet état sans la médiation du Sauveur ou Rédempteur, faisant référence au pêché originel.

 

A la suite de cet exposé, je ne pus m’empêcher de lui poser quelques questions fatidiques, dont la réponse troublée et confuse ne pût que me confirmer sa peine, par une succession honnête de « Désolé, mais je ne parle qu’en tant que philosophe et je ne suis pas compétent sur les questions que vous me posez.

Voici mes questions : « Ne pensez-vous pas que le drame du catholicisme réside dans cette obsession du corps que Nietzsche dénonçait à travers sa philosophie, lui qui souffrait dans sa chaire ? Que la modernité n’est ni plus ni moins que de rompre avec ce dolorisme mortifère catholique ? Enfin, ne pensez-vous pas que l’universalité du judaïsme et de l’islam réside dans un Dieu unique et transcendant, dont l’essentiel n’est pas le corps meurtri d’un homme sur la croix, mais le Logos ou le message à travers le Texte, la Lettre ? En définitif, avions-nous besoin de la mort ou la résurrection d’un homme sachant que le pêché originel est une notion purement chrétienne et catholique ? », et je lui ai avoué ,peut-être pour mieux le crucifier, si je peux me permettre cette boutade osée, « Il y a une phrase terrible que vous avez prononcé dans votre exposé, vous aviez dit nous devons sauver le catholicisme face à ses détracteurs, en pensant le catholicisme, et en ayant un discours cohérent. Mais au final monsieur, qui doit sauver qui ? Est-ce le catholicisme qui doit sauver les gens ou nous qui devions le sauver ? ».

 

Enfin, à la question posée dans l'auditoire "Que pensez-vous des autres voies de salut dans le judaïsme, l'islam, le bouddhisme ou autre?", il répondit "C'est comme différentes équipes qui joueraient au football, il y a celles qui jouent avec les pieds et les autres avec les mains". Rires dans la salle.

A part ça, monsieur Denis Moreau ne fait pas de prosélytisme. On l'aura bien compris.

 

Assemi Djamel.

Je ne suis pas un poète

Par Un kärchérisé de la République :: 15/12/2010 à 11:22
Je ne suis pas un poète

Trois rimes et je me la pète

Des surnoms que l'on me prête

Et ma tête qui fait la fête


Je ne suis pas un poète

Ni un genre de prophète

Ou de ces saints en quête

De vérité que l'on transmette


Je ne suis pas un poète

Pas besoin de faire une enquête

Non pas que je sois malhonnête

Ni non plus un trouble-fête


Je ne suis pas un poète

Qui pleure ses passions tempêtes

Ses muses et toutes ses conquêtes

Un Don Juan plutôt obsolète


Je ne suis pas un poète

Qui jamais ne s'arrête

D'amour comme un chien halète

Et du haut, à leurs pieds se jette


Je ne suis pas un poète

Combien de fois il faut que je le répète!

Je ne suis pas un poète

Juste un néophyte qui au jeu s'y prête


Assemi Djamel

 

Réconcilier les musulmans avec la Philosophie, dans la continuité de Mohammed Iqbal et Al-Afghani.

Par Un kärchérisé de la République :: 12/12/2010 à 12:19
Il est un lieu commun de dire que la philosophie n'est que l'apanage de l'Occident. Il est certain qu'elle a eu un accueil et un développement considérable qui a favorisé l'effervescence d'idées jusqu'aux Lumières en France, et les anti-Lumières en Allemagne notamment. Celle-ci a prospéré jusqu'au XX ème siècle, mais aujourd'hui elle semblerait laisser place aux chercheurs  plus spécialisés ou à une certaine interdisciplinarité dans la continuité de leurs Maîtres à penser.
Aujourd'hui il existe une fracture entre les penseurs Généralistes (philosophes classiques) à qui l'on reproche d'être des brasseurs d'idées ou touche-à-tout incapables d'affronter les problèmes scientifiques concrets; et les chercheurs spécialistes qui croulent sous leur propre poids de recherches, théories, données, analyses, les embourbant dans une vision parfois étriquée à l'heure où l'on consacre la complexité des sciences humaines comme "science du XXI ème siècle".

Néanmoins, les philosophes connus et reconnus sont ceux qui ont laissé une trace écrite. Dans la majorité des cas, ils sont le produit de leur époque, de leur milieu, et de leur expérience personnelle. Ils sont de toutes tendances: athées, polythéistes, croyants, monothéistes, communistes, libéraux, etc. Parfois leur pensée change, évolue. Toutefois, ils n'ont qu'un point de vue subjectif et partiel. Pour avoir une vue d'ensemble, il faudrait appréhender tous les courants philosophiques d'Orient ou d'Occident depuis la nuit des temps.

Or, en Europe, l'on étudie la Philosophie depuis les Grecs, pour ensuite faire un saut directement au XIII ème siècle avec Albert le Grand et Thomas d'Aquin. L'époque du Moyen-Age est souvent décrite comme obscure, malgré que l'on sait que la philosophie arabe a influencé les Universités et développé la scolastique, au point que la pensée d'Ibn Ruschd (Averroès) était source de débats intenses jusqu'au XVI ème siècle (Cf, De Libera). D'ailleurs l'Eglise voyait d'un très mauvais oeil les sympathisants ou tenants de l'Averroisme.
Averroes n'a pas été le seul. Ibn Sina (Avicenne) aussi avait marqué par son érudition: mathématique, médecine, philosophie... Il n'en demeure pas moins, qu'il en a existé une multitude d'autres, peu connu en Occident voire même tombés dans l'oubli en Orient, tels que Al-Kindi, Ibn Al-Rawandi et Al-Razi avec qui on voit réapparaître le naturalisme; Al-Farabi et le développement du néo-platonisme islamique; Le Frères qui excellent dans le néo-pythagorisme et la vulgarisation des sciences philosophiques; la diffusion de la culture philosophique au X ème siècle avec Abu Hayyan, Al-Tawhidi, Miskawayh, Yahaya B. Ali; la réfutation du néoplatonisme par le fameux Al-Ghazali; renaissance du péripatétisme avec Ibn Massarra, Al-Maghriti, Ibn Bajja, Ibn Tufayl; et enfin la renaissance de l'aristotélisme avec le fameux Averroes; sans oublier enfin les penseurs réformistes de la fin XVIII ème XIX ème siècle, comme les fameux Al-Afghani, Mohammed 'Abduh, Sayyid Ahmad Khan, Amer 'Ali, et bien sûr Muhammad Iqbal.

Bien entendu, on remarquera que la Philosophie en Terre d'islam a connu un arrêt brutal, certains reviendront sur les explications données par le fameux Ibn Khaldun qui a établi une analyse de la société et de son époque, sans concessions, d'autres y verront l'incompatibilité de la philosophie avec l'Islam. Or, rien n'est moins sûr. Ce qui est certain, c'est que plusieurs facteurs ont contribué à l'éviction voire à la disparition de la philosophie dans le monde musulman, notamment la réfutation des Philosophes par Al-Ghazali et une réalité politico-historique en crise.

Aujourd'hui encore, les tendances les plus orthodoxes voient en la Philosophie un danger, voire une menace. Fini le temps des Mu'tazilites ou rationalistes ou la Maison de la sagesse ou encore l'ouverture des portes de l'Ijtihad (ou Djihad dans son sens étymologique: effort). Ce qui est certain, jalouses de leur pouvoir, ces autorités religieuses ont effectué une fermeture ou une clôture dogmatique, ce que feu Mohammed Arkoun avait mis en évidence. Pour ces tendances la seule science digne d'être considérée comme telle est la science islamique. Or, le premier ordre ou verset révélé au prophète Muhammad est "Iqra bismi rabika ladi khalaq" (Lis au nom de ton Seigneur qui a crée). Les premiers savants musulmans à la Lumière du Coran avaient ainsi développé une façon de penser le monde et la place de l'Homme dans l'Univers. Les versets du Coran que l'on traduit incorrectement par versets signifient en réalité Signes. On ne devrait pas dire les versets du Coran mais les signes du Coran. Les premiers savants musulmans l'avaient compris. Et puis d'ailleurs, l'Humanité doit la naissance de l'expérimentation principalement à ces penseurs qui ont développé de nombreuses sciences sur l'observation et l'expérience et non pas sur des mythes d'anciens. L'incitation divine de rechercher et de comprendre les Signes de la création, de l'Univers étaient et sont explicitement encouragés par le Coran.

Cependant, de la même façon qu'un dogmatisme orthodoxe musulman où n'est reconnu qu'un Corpus Officiel Clos, en Occident persiste l'idée que l'Europe ne doit son génie "qu'à ses philosophes". Or, les philosophes grecs n'appartiennent pas plus à l'Occident qu'à l'Orient. D'ailleurs la délimitation ou la fracture Orient Occident n'est pas aussi aisée, voire à toujours servie des vues idéologiques (G. Corm).
Les philosophes sont le patrimoine de l'Humanité et non pas de précieuses figures que l'on garde jalousement.
Donc, en Occident persiste une forme de propagande aussi néfaste que chez les intégristes religieux, qui tend à occulter la réalité historique et intellectuelle, perpétuant une sorte d'inquisition paradoxalement laïque. Parler de penseurs musulmans et de ce que l'Islam a apporté à la civilisation à l'Humanité serait une forme de blasphème. Jusqu'à aujourd'hui , avec tout le laïcisme et l'ouverture dont on se prétend, avouer l'existence d'un chaînon manquant dans l'Histoire Universelle de la science, serait comme une révolution Copernicienne. Je ne parle pas des milieux savants qui eux reconnaissent cette réalité mais des écoles primaires et Collèges qui n'appuient pas assez sûr cette réalité. Et encore, Depuis Pétrarque jusqu'à Sylvain Gougueinheim, cette peur des savants musulmans (dits arabes parce qu'ils écrivaient dans cette langue) est restée intacte, même dans le domaine universitaire.  Aujourd'hui certains médiévistes récusent le fait que la transmission de ce savoir s'est faite par les canaux du monde musulmans. Il est vrai que cette transmission de la pensée Grecque s'est effectué en Europe par les intellectuels juifs et chrétiens arabes qui ont fait un travail de traduction considérable, via Byzance et le monde Andalous. Cette nouvelle tendance d'historiens post-Braudel maintient le mythe de la pureté et du génie occidental de culture "judéo-chrétienne" au même titre que les tenants de l'Orthodoxie musulmane qui ne s'attachent que sur l'aspect théologique et légaliste de leur religion et de leur vision du monde.

C'est pour cela que les musulmans doivent se réapproprier ce patrimoine Universel, redécouvrir tous les penseurs classiques Grecs, Musulmans, Juifs, et en revenant sur l'épicurisme, le stoïcisme,  le cynisme, le scepticisme, l'utilitarisme et le pragmatisme, la psychanalyse, la phénoménologie, l'existentialisme, le structuralisme, la philosophie analytique, etc. Chacun détient une pensée, une réflexion, qui même si elle ne va pas dans le sens de nos convictions, ne demeure pas moins intéressante et enrichissante. C'est ce qui fait la beauté du 'Aql ou de l'intelligence humaine.
Pour le musulman éclairé, Montaigne avec son Humanisme peut être comparé aux grands penseurs musulmans qui ont mis l'Homme au centre du monde et de l'Univers (Khalif Allah ou représentant de Dieu sur Terre); de la même façon qu'un Voltaire connu pour son déisme peut être source d'études et de réflexion; ou Rousseau qui pensait que c'est la société qui l'altère ou corrompt l'Homme, que celui-ci est bon par nature (là on a une similitude avec la notion de Fitra ou nature originelle de l'Homme qui ne change qu'en fonction du milieu et de l'éducation); on pourrait multiplier les exemples à l'infini. Prenons exemple sur Muhhammad Iqbal qui a donné réponse à Nietzsche à propos de sa fameuse phrase "Dieu est mort" ou Al-Afghani en réponse à Ernest Renan à propos de l'incompatibilité des sciences et de l'Islam.
Prenons exemple sur les penseurs juifs qui ont fait la Halakhah (Lumières juives) en revenant sur des penseurs comme Maïmonide jusqu'à Spinoza (Ruben Hayoun).

Enfin, ce que nous devons comprendre, c'est que les philosophes ne sont qu'une infime parcelle de la continuité du génie humain et qu'ils appartiennent à toute l'Humanité. Chacun contribue à apporter sa pierre à l'édifice dans la compréhension de la perception du monde. Leurs écrits peuvent être contradictoires, circonstanciels, influencés par l'actualité du moment. Peu importe, car ils contribuent au dialogue et à une meilleure compréhension. Tant pis si des propos peuvent choquer un croyant comme un non-croyant, ce qui est intéressant c'est de savoir pourquoi cette personne réfléchit de la sorte et ne pas jeter l'anathème comme si on était encore à une époque d'Inquisition ou d'obscurantisme. Et cela aussi bien en Occident où l'on chante les louanges de l'ultra-libéralisme qu'en Orient où l'on glorifie l'islamisme le plus obtus. En effet, en Europe, les progrès techniques nous ont amené à croire à une nouvelle forme de religiosité: le scientisme ou l'Homme-Dieu.
Or, face aux problèmes écologiques et démographiques, les propos de Claude Lévy-Strauss dans Race et Histoire, prennent une dimension quasi prophétique mettant en exergue la diversité des cultures, la place de la civilisation occidentale dans le déroulement historique et le rôle du hasard, la relativité de l'idée de progrès surtout avec les effets secondaires que nous connaissons. En effet, dans un monde fini où les richesses énergétiques sont limitées, il est plus qu'urgent de penser le rapport à l'Humanité avec la nature et les devoirs que nous avons vis-à-vis d'elle et de nous-mêmes. Aujourd'hui plus que jamais, la philosophie et les sciences doivent se penser à l'échelle planétaire, dans une perspective de partage, de reconnaissance, d'échange et de respect.
Fini le temps des Empires hégémoniques ou civilisations "dites supérieures". Il en va de la survie de notre planète.
Oui, il est temps de penser à de nouvelles Lumières ou Aüfklarung.

Assemi Djamèle


Les musulmans dans le piège de l'islam symbolique ou médiatique.

Par Un kärchérisé de la République :: 08/12/2010 à 11:01
Depuis le 11 septembre 2001 et la théorie du choc des civilisations, que ça soit de la part des médias ou de pseudo-experts sur la question de l'Islam, chacun y est allé de son refrain.
Or, de quel Islam ou islam parlons-nous? D'une civilisation qui débute du VII ème siècle mais qui a des racines plus anciennes et qui a fusionnée avec les aires conquises comme l'a si bien souligné Fernand Braudel dans son "Grammaire des civilisations" aux éditions Flammarion; loin des clôtures dogmatiques qu'a dénoncé Mohammed Arkoun; s'étendant de L' Andalousie jusqu'aux confins de l'extrême Orient; ayant développée, ce que Braudel a appelé "le premier système-monde", avatar d'une mondialisation (à ce propos lire les travaux de Maurice Lombard)?

Que nenni! Comme l'a si bien montré Thomas Deltombe dans son livre "L'islam imaginaire, la construction médiatique de l'islamophobie en France de 1975 à 2005", aux éditions La Découverte, les médias n'ont focalisé et ne prêtent attention qu'aux franges les plus radicales. Pourquoi? Pour jouer sur les peurs? Pour "justifier" les différentes guerres et autres raisons de contrôle géostratégique et énergétique ? L'insécurité à l'échéance de prochaines élections présidentielles?

Comment expliquer paradoxalement ce que l'on appelle "islamisation" ou "radicalisation"?
Tout simplement, parce que les musulmans sont tombés dans le piège de l'islam médiatique ou symbolique.
Pourquoi médiatique ou symbolique?
Islam médiatique, parce que comme je viens de le montrer les médias n'ont focalisé que sur ces franges les plus extrêmes comme un certain Al-Qaïda et consorts, et comme par effet de marketing ou de mode, ces groupuscules sont assimilés à des terroristes pour la majorité et à des révolutionnaires par certains pour qui   ils représentent le seul exutoire de leurs frustrations et de leur présumé humiliation, symptômes d'une victimisation exacerbée par les laissés pour compte ou autres exclus sous des régimes de plomb à la solde de Rais ou pseudo-président élus à 99,9%.

Islam symbolique, comme l'a si bien montré Olivier Roy dans son livre "La sainte ignorance, le temps de la religion sans culture", aux éditions du Seuil, n'est qu'un islam surfant sur l'inculturation et la mondialisation jouant des codes et des moyens de communication via Internet à travers des mouvements charismatiques au même titre que certains évangélistes.

Les mouvements fondamentalistes dits salafistes revendiquent d'être dans la continuation des pieux compagnons successeurs du prophète Muhammad (saws) et ont la prétention de revenir à l'islam originel, purifié de toutes innovations. Or, ce mouvement de doctrine Wahhabiste du nom de son fondateur Mohammed Ibn Abdel-Wahhab peut être situé historiquement et géographiquement.
En effet, Ibn Abdel-Wahhab est né en 1703 dans le Hidjaz connu aujourd'hui sous le nom d'Arabie, dans la région du Najd. Il était le Cheikh de la tribu des Banu Tamim. Celui-ci, de la même façon qu'un Nasir Ad-Din Al-Albani, afin de légitimer leur doctrine, se seraient appuyés sur Ibn Taymiyya (savant su XIIIème siècle) comme si celui-ci était le père spirituel de leur idéologie. Or, il n'y a pas plus d'affinités entre Ibn Taymaiyya et Muhammad Ibn 'Abd al-Wahhab qu'il n'y a entre un Hashémite (vrais dirigeants originels du Hedjaz ou de l'Arabie et gardiens de la Mecque depuis des lustres) et un Ibn Sa'ud (Usurpateurs qui ont pris le pouvoir avec l'aide d'un certain Lawrence d'Arabie pour créer l'Arabie Saoudite du nom de leur tribu).
Ces derniers, pour légitimer leur pouvoir se sont appuyés sur le wahhabisme pour répandre un islam littéraliste et rigoriste. Pris en tenaille entre des intérêts économiques (pétrole),  la "protection"  et l'installation de bases militaires américaines sur son sol sacré,  ce gouvernement comme pour mieux masquer ses contradictions réagit dans la surenchère islamiste rigoriste, et à coup de millions de pétrodollars exporte son idéologie mortifère.

En France, ces mouvements progressent auprès d'une jeunesse perdue, acculturée et ignorante. Ils privilégient l'apparence physique (Barbe et tenues ostentatoires, comme si l'islam se réduisait à cela) à la connaissance réelle de l'islam. Entre les mains de beaucoup d'ignorants l'islam ne devient pas une religion mais une secte qui exclut ceux qui ne lui ressemblent pas. Ces musulmans connaissent un problème d'interprétation et de priorité. Ils ont un déficit de ce qu'on appelle akhlaq ou qualités humanistes. Est loin la parole prophétique de Muhammad qui dit "N'a pas la foi celui qui n'aime pas pour son frère ce qu'il aime pour lui-même." ils lui préfèrent le hadith qui dit "Il y aura 73 tendances ou sectes chez les musulmans et la seule communauté qui sera sauvée est celle qui suivra le Coran et la Sunna". Bien sûr, mais un peu d'humilité ne leur ferait pas de mal,  parce qu'ils jugent comme s'ils avaient la garantie d'être élus pour le paradis et que les autres sont voués à la damnation. Tout ne se définit chez eux que sur l'apparence et sur le  mode binaire: croyant/non croyant.  Et  vivre dans un pays dit d'infidèles ou pour reprendre une dénomination obsolète de Dar Al-harb (territoires hors des terres d'Islam) en profitant du chômage ou du RSA  en critiquant ceux qui  ne font pas leurs prières à temps, montre leur degré de contradiction. En effet, alors que le prophète Muhammad (saws) avait formé ses disciples durant une dizaine d'années à la Mecque sur le tawhid (l'unicité de Dieu ou d'Allah), sur la fraternité, l'amour de son prochain, le respect de son voisin croyant ou non-croyant... Et qu'il avait dit que le travail est la moitié de la foi, ou qu'un croyant qui pourvoit à ses besoins à sa famille ou à la communauté via la Zakat (aumône obligatoire, pour qui en a les moyens) est préférable au croyant qui vit dans l'oisiveté.
Or, ces mouvements d'un seul regard jeté de façon lapidaire, excommunient ou jugent du degré d'islamité ou de conformité vestimentaire de celui qui se trouve face à eux, remettant au goût du jour une forme d'inquisition.

Or, les médias font la part belle à ces groupuscules, amalgamant ainsi tous les musulmans. Mais à qui profite cette politique d'essentialisation des musulmans, afin de justifier sa politique sécuritaire, d'occupation et coloniale? Pas besoin de donner la réponse, parce que tout le monde la connait.

De la même façon, ces mouvements néo-soufis soutenus par des dictateurs en manque de légitimité ne sont que symptomatiques de la crise que connaissent les musulmans d'aujourd'hui face à une modernité et des Etats-Nations à la dérive et aux soldes de sphères politico-financières corrompues.

Certains musulmans sont vraiment tombés dans le piège du symbolique et du médiatique et ils ne font que servir les intérêts de ceux qui les instrumentalisent (qui ont intérêt à favoriser le communautarisme afin de justifier leurs politiques) et de ceux (régime Saoud) qui vivent une schizophrénie et une illégitimité patente.
Il faut le dire une bonne fois pour toute, l'Islam n'est ni le salafisme, ni le soufisme, ni aucun autre mot ou tendance en isme. L'Islam est l'Islam et les musulmans sont des musulmans comme le Prophète Abraham se définit lui-même dans le Coran: soumis à Dieu ou Allah.

Assemi Djamel
 

Qui est plus à blâmer, Nous ou le Rom laveur de pare-brise?

Par Un kärchérisé de la République :: 03/12/2010 à 21:11
Et si l'image qui illustre le mieux notre civilisation n'était que ce contraste visuel entre Nous, automobilistes occidentaux bien assis dans notre voiture haut de gamme, et ce Rom tentant délibérément de laver notre pare-brise?
Toutes ces Lumières, tout ce progrès pour en arriver là? Le must du must?

L'automobiliste agacé ne dédaignant même pas jeter un regard en direction de ce loqueteux, ce crasseux, le teint basané, qui rappelle la misère du monde; et de répéter du haut de son piédestal intérieur cuir:"ils n'ont qu'à aller ailleurs" ou "ils ne peuvent pas travailler comme tout le monde" en lui jetant quelques jets de lave-glace à la manière d'un lion qui marque son territoire, pour lui dire recule pouilleux.  Et lui, le pauvre Rom, (non, j'entends déjà des "il mérite ce qu'il mérite") qui rêvait de cet Eldorado où l'on se fait de l'argent facile à la pelle juste en se baissant dans la rue, à l'image de ces traders et financiers dans le film Inside Job avec Matt Damon.
Mais, oh fait, qui a vu ce film? On ne le trouve que dans les cinémas Utopia ce que cet automobiliste ne fréquente certainement pas. Et d'ailleurs pas étonnant, bizarrement ce film n'a pas eu le soutien des médias. Et au fait, qui contrôle les médias? Dassault, Bouygues, LVMH, Lagardère...? Et les banques? Et les politiques? Chut... Tu en dis trop, tu veux finir au Goulag?

Non, revenons à notre Rom qui esquisse un sourire et marque un cœur de sa raclette sur le pare-brise teinté du gros 4x4. Qu'est-ce qu'il est long ce feu rouge! Une éternité. Voilà le Rom qui passe comme un fantôme. Personne ne fait attention à lui. Il n'existe pas. Oui, comme quand la caisse se met à sonner dans l'hypermarché et que la caissière nous regarde embarrassée. Zut ma carte bleue ne marche plus! Et nos cœurs sont-ils en plastiques avec un petit logo VISA ou Gold ou American Express? Wouah la classe! Bof, ils nous ont insensibilisé nos coeurs, tu crois quoi?
Quoi? Je suis un faible parce que j'éprouve de la compassion? Peut-être bien.
Zut encore ce Rom, mais qu'est-ce qu'il veut à la fin? Notre mauvaise conscience? On en a une? Moi, en tous les cas, je suis mal à l'aise. Suis-je le seul? Et si c'était moi ce pauvre gars?
Mais pourquoi pauvre gars d'ailleurs? Le soir il retourne parmi les siens et ils rigolent à la belle étoile. Libres.

Et l'automobiliste? Il rentre chez lui, lit son courrier, ses factures, ses PV en râlant, regarde du TF1, on lui chante les louanges de l'ultra-libéralisme. Il aime son matériel TV de qualité HD, son ordinateur dernier cri et sa console de jeux vidéos. Le pied! Il mange ce qu'il veut, suffit de mettre au micro-onde son plat surgelé, et regarde ce qu'il veut comme film pour s'évader, et les amis virtuels sur Facebook n'en parlons même pas. Hum, le summum de la civilisation! Pendant ce temps, la retraite, la grève? Pour quoi faire? Sarko, il m'énerve. Dominique Strauss-Khan, je me marre. ls sont tous pareils. Tous des incapables? Des corrompus oui, mais qu'est-ce qu'on peut y faire? Les banques? Il faut les aider les pauvres, ce sont elles les premières "victimes". Et le monde peut bien crever. Ah! mon bain moussant. Et au diable Rousseau avec son éloge de la pitié? Certains diront que c'était un sentimental, un faible. Et bien moi aussi je suis de ceux là et fier de l'être!

Assemi Djamel

   

Voyage en Beurgeoisie ou voyage en Beur-tais-toi?

Par Un kärchérisé de la République :: 01/12/2010 à 10:31
Ce 29 Novembre 2010 à 22h30, un documentaire au titre évoquant l'aventure, "Voyage en Beurgeoisie" était diffusé sur la chaîne Public Sénat. Et quel voyage!
Cloué sur mon fauteuil, je m'attendais à un "Tour du monde en 80 jours".

Mais que montrait ce documentaire?
Oui, des Français d'origine africaine qui revendiquent leur Beurgeoisie, et après? Mais qu'est-ce donc? Selon eux ce n'est ni plus ni moins que l'ascension sociale d'une population plus connue pour être discriminée, et la  satisfaction de faire partie d'une classe moyenne dont l'icône ne serait ni plus ni moins que la figure d'une certaine Rachida Dati!

Et là, ce n'est pas un voyage en Beurgeoisie auquel on me convia mais un cauchemar: le cliché, illustration d'Épinal du bon petit beur qui à l'image de ces cadres, elle, chemisier ouvert offrant un beau décolleté  et lui, sourire de commercial, qui viennent expliquer à ces petits jeunes de la banlieue dans une classe de lycée, qu'il faut travailler à l'école pour réussir dans la vie. Merci du tuyau!
Le principal problème est là, comment susciter l'amour de la connaissance et du savoir? Comment expliquer que l'on peut aimer son métier et que l'argent n'est pas une valeur cardinale? A l'heure où la marchandisation et le consumérisme font ravage.

En réalité, ce qui m'a le plus gêné dans ce documentaire, dont le niveau ne s'élève que lorsque la sénatrice Bariza Khiari effleure quelques réalités historiques et sociales, ce n'est ni plus ni moins le fait que cette Beurgeoisie est la sœur jumelle de la bobocratie,  tant le mimétisme ou le clonage avec le blanc "type gaulois" idéal rappel de sombres heures de l'Histoire.
Cadres, chef d'Entreprise, médecin, étaient représentés dans l'émission, montrant la fierté d'être ces Beurs qui ont réussi à l'instar de ces classes moyennes aux Etats-Unis. Loin des Leopold Songhor, Aimé Césaire et autres Malcolm X, ceux qui parlent des débats de fond. Où sont ceux qui  dénonceraient la crise identitaire nationale malgré leur position sociale privilégiée, du problème des représentations, du fait de réconcilier l'Histoire de France avec la réalité de cette dernière vague d'immigration, réellement et sans vouloir à tout prix plaire à ceux-là même qui dédaignent leur donner une place ou un poste, sinon sans y avoir laissé ou renié sa race?
Il suffit de voir tous les travaux de Dounia Bouzar sur la réalité et les difficultés que rencontrent les musulmans en Entreprise. C'est souvent le syndrome Zizou: être meilleur et plus compétitif que les "blancs";  s'il y a un problème, tu seras le premier suspect (c'est historique, voire psychologique, les représentations négatives ne s'effacent pas aussi facilement, lire analyse de Frantz Fanon); si tu hausses le ton comme les autres salariés  ou tu la ramènes, il suffit de voir l'affaire Anelka; et surtout ne montre pas la visibilité de ta pratique!

La réussite n'est-elle qu'une question de visibilité de personnes d'origines et de couleur différentes, que l'on voit apparaitre dans des sphères de classe moyenne ou à la télé? Mais quelle est leur influence sur ceux restés en bas de l'échelle?  Sont-ils représentatifs? Quels sont leurs efforts pour changer, chambouler le système  discriminatoire? Si ce n'est d'avoir des personnalités cooptées comme Rachida Dati ou Rama Yade ou Fadela Amara ou Malek Boutih ou Rachid Kaci, des Khobiztes (mangeurs de pains) comme on les appelle en arabe, est-ce cette beurgeoisie là qui va changer les choses alors que l'on voit la réalité d'un système financier, économique et politique à la dérive?!

A quand des intellectuels musulmans de la trempe d'Emmanuel Levinas capables de former des cadres dans l'intérêt de citoyens français revendiquant fortement leur spécificité et dans une volonté vitale, voire existentielle de renouer avec ses origines, sa culture, son Histoire, afin d'apporter et de revivifier à la façon d'un Spinoza et remettre au goût du jour l'Ethique, nos valeurs, et notre regard sur le monde? Où sont les Annah Arendt parlant de crise de la culture, de totalitarisme à l'Heure du nouvel ordre mondial où la dérégulation financière fait des ravages?

Une classe Bourgeoise Beur oui, mais pas des personnalités atomisées, individualistes, consuméristes,  qui ne sont que des clones ou de pâles copies de leurs concitoyens qui ne voient la réussite que part le biais d'un compte en Banque bien fourni. Ces Beurs à qui on dit sois Beur-tais-toi.

Assemi Djamel

Hommage à Franz Kafka: Ce que la richesse identitaire et culturelle peut donner de meilleur.

Par Un kärchérisé de la République :: 29/11/2010 à 12:12
Il est des Hommes qui marquent le monde intellectuel et littéraire de manière si profonde et bouleversante, que leur trace reste indélébile jusqu'à aujourd'hui.
Franz Kafka était depuis son enfance un solitaire, ayant eu des relations difficiles avec son père, il exprime à travers une "Lettre au père" les raisons de sa peur, comme une auto-psychanalyse de leur relation qui mêle admiration et répulsion, peur et amour, respect et mépris: paradigme d'un fils d'immigré déraciné, tiraillé entre un ersatz  de culture d'origine ou cultuelle, et une aspiration à l'émancipation.
De cette posture entre un père d'origine juive peu scrupuleux quant à sa pratique du judaïsme, et Franz Kafka dans une Autriche en plein questionnement  identitaire, est née une pensée critique de la société moderne. De cette réalité familiale et professionnelle, travaillant dans une compagnie d'assurance de longues heures durant, découlera à travers toute son œuvre, une atmosphère cauchemardesque voire surréaliste d'une société moderne où l'Homme n'a plus prise sur lui-même, comme déraciné, perdu dans une masse impersonnelle de bureaucrates à l'image d'insectes. (Lire sa Nouvelle "La Métamorphose").
De cette vision au vitriole où tout est décrit sans concession comme une objectivité étrange; le quotidien se révèle dans toute son absurdité.
Ami du poète Max Brod à qui il avait confié de brûler ses pensées et ses nouvelles, Kafka avait écrit d'abord pour lui même, comme une forme d'auto-psychanalyse ou la nécessité d'un besoin existentiel, loin de nos fameux Houellebecq ou BHL et consorts qui aiment bronzer à la lumière des projecteurs et des flashs de paparazzis.
Franz Kafka est le paradigme de l'intellectuel déraciné au sens métaphysique du terme, solitaire, ayant des relations difficiles avec son père, son rapport à la judaïté et les femmes de part sa nature profonde et complexe.

C'est dans un contexte de plus en plus nationaliste où les tensions entre allemands de souche et allemands assimilés ou d'origine juifs, que Dora Diamant sa dernière compagne révèlera en lui , à la fin de sa vie, un intérêt pour le Talmud que son père avait négligé, qu'il envisagera d'émigrer avec elle en Palestine, consécration de l'idéal sioniste: revenir à la Terre Sainte, comme revenir dans le sein d'une mère nourricière, rechercher la protection, l'affection maternelle.
De même que cette jeunesse à qui l'on demande des gages de Francité, tiraillée entre une société moderne de consommation où la marchandisation règne et les tentations de repli identitaire au même titre de ceux qui voulaient faire la Alyia ou retour mythique en Israël et non moins mythique de la Hijra ou l'exil du Prophète Muhammad face aux persécutions endurées à la Mecque.
Comment ne pas alors faire le rapprochement entre cette crise identitaire d'un juif européen de la fin du XIX ème siècle et cette jeunesse d'origine maghrébine de confession musulmane dans cette Europe où les tensions nationalistes se font ressentir suite à la crise économique et à cette peur de ne plus rien maîtriser: globalisation, immigration...?
Passer à côté de ce qui constitue à priori nos différences et surtout nos points communs serait  une insulte à l'intelligence humaine et à l'espoir de ceux qui œuvrent pour un "Humanisme concret" comme le réclame  Edgard Morin.

Assemi Djamel

Regarde l'arc-en-ciel de l'Amour

Par Un kärchérisé de la République :: 24/11/2010 à 10:32
Regarde l'arc-en-ciel de l'Amour

Jaune, vert, bleu, violet, rouge, orange,

Trône, serf, gueux, banquet, rien ne change,

Perd le malheureux qui ne conquêt,

Telle Antigone à ce qu'il paraît.



Regarde l'arc-en-ciel de l'Amour

Rouge, Orange, Jaune, vert, bleu, violet,

Bouge, change, faune, concert de feus follets,

Non pas une romance qui jaillit de la paume de Flaubert,

Tristes cœurs fragiles taillés à la gouge.


Regarde l'arc-en-ciel de l'Amour,

Bleu, violet, rouge, orange, jaune, vert,

Amoureux freluquet, nul échange ne te sert?

Permets-moi que je te dérange à bien ouvrir ton cœur

Afin que tu connaisses enfin le bonheur.


Regarde l'arc-en-ciel de l'amour

Violet, rouge, orange, jaune, vert, bleu,

Remets ton âme tel un ange au Miséricordieux

Et tu rencontreras sur ta route l'Amour

Comme l'aurore quand débute le jour.

Assemi Djamel





 

De la danse des mots à la guerre des mots

Par Un kärchérisé de la République :: 24/11/2010 à 10:02
Suspendus au bout de mes lèvres

Mon esprit bouillonne, bourdonne,

Des mots qui résonnent, que je fredonne

A en avoir des maux de tête,

De la fièvre.


C'est la danse des mots,

Sous ma plume ils font la fête.

Il y en a des jolis, des précieux,

Des vilains et des gros en argot.


C'est la danse des mots.

Il y en a des malins et des bêtes,

Des obséquieux, des révérencieux,

Des nouveaux ou vieillots.


C'est la danse des mots.

On les voit partout: pas de trêve!

Mon esprit bouillonne, bourdonne,

Des mots qui résonnent que je fredonne

A en avoir des mots de tête.

Nulle grève.


C'est la danse des mots:

Son rythme bouleverse, ivresse,

Mélange de tristesse et de tendresse,

Mélodie enchanteresse.


C'est la danse des mots,

Jamais elle ne cesse, oppresse.

Il y en a qui nous caressent

Et d'autres qui nous blessent.


C'est la guerre des mots,

Que l'on attribue, distribue,

Tels des résidus répandus

Ou produits de rebut.


C'est la guerre des mots

Quand ils exclus et tuent.

C'est la danse des mots

Quand ils se saluent et s'unissent.

Assemi Djamel







Lettre ouverte à Monsieur Obin

Par Un kärchérisé de la République :: 21/11/2010 à 15:38

Monsieur Obin,

Dans le compte rendu des critiques concernant votre rapport controversé que vous aviez co-rédigé avec Monsieur Alain Seksig, vous aviez catalogué notre article et notre analyse parus sur Oumma.com dans la catégorie de ce que vous appelez les "communautariens".

Or, la distinction que vous faites sur la base de notre article se fait sur une vision clairement culturaliste de notre réflexion, peu importe nos analyses, notre réflexion sur le fond concernant la méthodologie et le discours porté par votre rapport, seul compte pour vous, l’identité idéologique supposée du site, à défaut de répondre sur le fond aux objections.

C'est sûr qu'il est plus tentant et facile d’attaquer notre expertise ad personam à qui est déniée le droit à l’objectivité, de chercheurs ou d’écrivains.


Dans votre optique monsieur Obin  nous sommes réduits à être des indigènes de la pensée, tout juste bons à un « jargon » sociologisant. Le dédain nourri du préjugé sert de réponse lorsque la pensée a pris congé du débat. Cela est triste pour le niveau de la réflexion sur votre travail et très révélateur de la tentation que vous avez de communautariser des intellectuels Français renvoyés à leur origine culturelle à défaut de discuter leurs questions.


Assemi Djamel
 


Le niqab ou l'arbre qui cache la forêt: Le mythe de l'égalité?

Par Un kärchérisé de la République :: 21/11/2010 à 11:42
Ces dernières années nous avons assisté aux hystéries politico-médiatiques, à des fins électoralistes jouant sur la peur de l'autre, autour de la visibilité du niqab ou ce que les médias appellent incorrectement burqa.
Mais face à cette ultra minorité visible qui a décidé de se couvrir totalement pour l'amour de Dieu selon elles, ou de ne faire cela que par pure provocation selon certains, ou encore par soumission à un mari ou à une tradition patriarcale machiste et aliénante selon d'autres, le débat de fond d'une société en crise économique et identitaire a été complètement occulté. D'ailleurs, la création d'un ministère de l'identité nationale et de l'immigration n'en a été que symptomatique.

Il est un lieu commun de dire que la fabuleuse machine française à intégrer est cassée, du moins mise à mal, ou de dire que l'islam ou les musulmans sont incompatibles avec nos valeurs démocratiques, républicaines, laïques...
Or, lorsque l'on reprend le fil de l'Histoire du sort des indigènes de la république que l'on appelait français musulmans sous l'occupation coloniale, des harkis rapatriés dans des camps de fortune dans le sud-est de la France, puis de la condition d'immigré qu'ont décrit les travaux méticuleux d'Abdelmalek Sayad, puis de la récupération politique de la marche pour l'égalité dans les années 80 transformée en SOS racisme au bénéfice du Parti socialiste, puis quelques années plus tard la stigmatisation des banlieues à travers les Ni Putes Ni Soumises, et toutes les instrumentalisations sécuritaires à l'échéance des élections, ne peuvent que nous laisser perplexe.

Pour ma part, le niqab ou voile intégrale n'est que la manifestation affichée, peut-être inconsciente, de cet impensé colonial et postcolonial que la France dénie ou occulte, alors qu'aux États-Unis ou en Angleterre les postcolonial studies (Etudes sur l'histoire coloniale et postcoloniales) font l'objet de chaires universitaires . En France, le film Hors-la-loi de Rachid Bouchareb et toutes les polémiques d'un film anti-français n'en est que révèlateur du climat passionné et dangereux qui règne dans notre pays.
Cela relève certainement de la différence entre le pragmatisme commercial anglais et cette tradition "assimilationiste et civilisatrice française".
Disons-le, ce que met en exergue la dernière immigration de confession musulmane n'est ni plus ni moins que cette prétention à "l'universel" et à "civiliser" d'un pouvoir jacobin jaloux de ses privilèges: hommes blancs de classe aristocrate bourgeois et de culture judéo-chrétienne.

La France vit une crise sans précédent face à une montée démographique d'une population dont elle n'a pas encore pacifié la mémoire et l'Histoire commune, se jouant à travers une vision Huntingtonienne du choc des civilisations et du conflit israélo-palestinien, fracture sociale entre nos banlieues et nos centres-villes menacés, entre un islam menaçant et notre république menacée.
Cette politique du pire dont nous avons déjà récolté les fruits à travers les relations de la France-Afrique qui périclitent au profit de la Chine et des Etats-Unis, doit faire réagir les politiques. Là se joue le vrai débat et la vraie question: jusqu'à quand la France va-t-elle faire la politique de l'Autruche face à un monde globalisé, d'autant plus que le moindre de ses gestes ou contradictions est pesé et analysé à travers le monde.

La crise économique vient de là: face à ce dédain et ce discours condescendant du président de la  République à Dakar nous payons très cher ce complexe de donneur de leçon ou de mission civilisatrice.

Assemi Djamel.
 

De la catastrophe écologique causée par BP?... BP c'est nous.

Par Un kärchérisé de la République :: 21/11/2010 à 10:31

Rappelons-nous de l'émoi général suscité par la catastrophe écologique dans le Golfe du Mexique, cette marée noire face à laquelle le président Barak Obama déclarait impuissant qu'il sévirait contre la compagnie Anglaise BP et toutes celles qui risqueraient de mettre l'écosystème en danger.
Or, à quelques milliers de kilomètres de là sur la côte africaine durant de nombreuses années et dans l'indifférence totale les compagnies pétrolières rejettent la responsabilité sur les populations locales de saboter les pipes-lines, alors que ces dernières accusent  ces mêmes Entreprises de ne pas prendre les précautions nécessaires.
Aura-t-il fallu les événements dans le Golfe du Mexique pour mettre en lumière la situation écologique Africaine aussi préoccupante? N'y a-t-il pas là une forme de tropisme médiatique à ne se sensibiliser à une réalité que dès lors notre espace occidental, quasi-sacré, se trouve menacé? Deux poids deux mesures?

Toutefois, mon propos veut aller plus loin dans la réflexion que de dénoncer un occidentalo-centrisme stérile.
A l'heure de la globalisation, de la planétarisation, du village planétaire, nous devons être devant le fait accompli que nous sommes tous responsables, aussi bien ceux qui émus ont senti leur sensibilité écologique indigné de rage devant l'impuissance face à la catastrophe, que ceux qui estiment que ce sont les dommages collatéraux de la marche du progrès.

Oui, j'en ai d'autant pris conscience le jour où sur le périf alors que je roulais à bord de ma voiture, flottait au loin sur l'asphalte une forme noire, indéfinie, comme un sac en plastique au gré du vent. Et plus je m'en approchais et plus la misère de ma condition humaine se fit inéluctable comme le miroir dressé devant mon visage mettant en lumière les arcanes de mon âme.
Écoutant la catastrophe écologique sur les ondes radiophoniques, maugréant "Ces salauds d'Anglais", l'indicible, l'effroyable allait se présenter sous mes yeux.
Plus je me rapprochais de cette tache noire que je fixais dans la certitude que cela n'allait être qu'un sac en plastique dérivé du pétrole d'ailleurs; et plus le béton, les voitures autour de moi, la vitesse, cette voix nasillarde du chroniqueur, me pressaient comme dans un entonnoir, celui-là même dont on se sert en cas de panne d'essence pour y déverser ce liquide jaune et capiteux, liquide qui est le produit de millions d'années de putréfaction géologiques et souterraines.

Là, dans la lumière du jour, abattue, estropiée, le bec remuant, une pauvre maman canard était à l'agonie au milieu du périf... Abasourdi par cette vision d'horreur, une fraction de seconde, n'ayant même pas le temps d'avaler ma salive, gisaient cinq tas de chaire broyée et de amas de sang, ses petits étaient écrabouillés par nos roues filantes telles des rouleaux compresseurs donnant le spectacle d'un abattoir en plein air.

Nous critiquons les catastrophes naturelles causées par l'activité  ultra-libérale et ultra-capitaliste, mais que faisons nous concrètement contre cela?  Quelle différence entre BP et moi-même? En définitif BP et les compagnies pétrolières ne sont que l'extension de la réalité de notre condition de consommateurs de pétrole.
Et là toutes mes prétentions de refaire le monde, mes bons sentiments, se sont étranglés au fond de ma gorge. Combien de chats, de chiens, d'écureuils, de piétons, d'automobilistes, de motards, de vie sacrifions-nous sur l'autel du progrès et de la production?  
Et là comme une évidence, je pense que "Nous sommes tous responsables! BP c'est nous".

Assemi Djamel

L'oiseau noir et l'oiseau blanc

Par Un kärchérisé de la République :: 18/07/2007 à 11:36

 

                  

L'oiseau noir et l'oiseau blanc

 

« L'oiseau noir et l'oiseau blanc
Au ciel vivaient en paix
Ils ne font jamais semblant
De vivre en liberté

J'aimerais pouvoir le suivre
Tout là-haut, cet oiseau libre
Que j'entends chanter dans le bleu du ciel
Dès que je m’éveille

(...)
Ils partagent le meilleur
Dans un cri de joie
La différence de couleur
Ca n'existe pas

L'oiseau noir et l'oiseau blanc
Au-dessus des frontières
Quand ils chantent en même temps
C'est pour la terre entière 


(...)
L'oiseau noir et l'oiseau blanc
Sont faits pour s'aimer
Ils traversent l'océan
Pour se retrouver

Ils ne viennent pas au monde
Dans le même nid
Mais c'est dans la même ronde
Qu'ils tournent aujourd'hui

L'oiseau noir et l'oiseau blanc
Sont faits pour s'aimer
la la la la la la..... »

Morceaux de chanson interprétée par Mike Brandt.

 

 

 

 

Effaré, l'enfant voyait son père regarder la télévision: les images de cadavres calcinés, de terrorisme, d'avions bombardant des maisons, des soldats contrôlant les gens à chaque barrage ou check-point improvisé, défilaient comme un cauchemar insupportable.

Son père se retourna, et surpris de le voir debout si tard, lui demanda:

« _Tu ne dors pas?

_Il fait trop chaud, lui répondit-il en soupirant. Papa dis-moi pourquoi les arabes et les juifs se font tout ça?, demanda le jeune garçon.

_C'est une triste histoire mon fils, répondit le père étonné que son fils puisse s'intéresser si jeune à ce conflit. »

Il lui fit signe de s'asseoir près de lui. Il prit le temps d'ouvrir une bouteille de lait bien frais, et en versa dans les deux verres posés sur la table. Les images continuaient de défiler. Il éteignit la télévision.

Puis, d'une voix grave et sérieuse, il lui demanda calmement:

« _Pourquoi me demandes-tu cela, fiston?

_Parce qu'on me dit à l'école, que nous les arabes, nous n'aimons pas les juifs.

_Ils ont tort. C'est compliqué...Tout commença, il y a très très longtemps. Comme le dit la chanson, l'oiseau noir et l'oiseau blanc, vivaient en paix. Au lieu de te parler des juifs et des arabes nommément, je vais essayer de te raconter cela sous forme de conte, que je vais improviser...

N'as-tu pas remarqué comment se mélangent les oiseaux noirs et les oiseaux blancs dans notre ville? », L'enfant acquiesça.

« Or si aujourd'hui, ils sont de plus en plus acceptés, tolérés, sache qu'il n'en a pas toujours été ainsi...

Autrefois, on reprochait aux oiseaux le fait qu'ils mangent des récoltes, qu'ils attirent d'autres prédateurs. On les chassait. On les montrait du doigt. On leur reprochait de salir, d'avilir, de pervertir la ville. Pourtant, les enfants les aimaient, les admiraient. Et les hauts responsables s'en aperçurent, et commencèrent à mobiliser la population. L'un d'eux, un petit homme à la moustache sévère, était plus engagé, et utilisait des légendes pour faire peur au public, et les convaincre de les exterminer. Il en profita, vu le contexte de crise économique, de dire que les oiseaux aggravaient la situation, voire même qu'ils en profitaient ou qu'ils en étaient les premiers bénéficiaires.

Dans les autres villes avoisinantes, on savait ce qui s'y passait, mais on ne disait rien, parfois même on partageait ses idées.

Au plus fort de la campagne anti-oiseaux, les autres villes livrèrent leurs volatiles par milliers, sachant le sort qu'ils allaient connaître.

Il ne s’agissait plus de les chasser. Il y eut même une campagne d'extermination! Des milliers ont été capturés et brûlés vifs. Personne ne s'en ému, sauf quelques humanistes et autres écologistes. Puis, le petit homme pris dans sa folie de pouvoir, décida d'exporter ses idées dans les autres villes, voire le pays tout entier. Il y eut même une guerre. Heureusement que certains habitants résistaient. Il y en avait même qui avaient caché des oiseaux dans leur caves, loin de la folie des hommes.

Mais jamais personne ne jugea tous ces hommes pour les oiseaux qu'ils avaient brûlé. Le seul reproche qu'on leur fit, était d'avoir troublé l'ordre des autres villes et causé des dégâts. D’avoir en quelque sorte, des appétits de pouvoir immenses.

Quant aux oiseaux, après le calme revenu, on décida de leur trouver une terre d'asile, loin des villes. Pendant longtemps, on hésita: « où les envoyer? », se demandait-on. On pensa à plusieurs foyers en montagne. Puis, on se souvint qu'ils étaient originaires d'Orient, il y a très très longtemps. A vrai dire, on ne sait pas vraiment d’où sont originaires tout les oiseaux. Ils émigrent tellement.

Les habitants d'Orient les connaissaient. Il y en avait dans leur ville. Ils ont toujours eu de très bons rapports avec eux. Mais en Orient vivaient principalement des oiseaux noirs. Les blancs étaient minoritaires.

Comme le dit la chanson, l'oiseau noir et l'oiseau blanc, au ciel vivaient en paix.

Mais devant cet afflux d'oiseaux blancs, l'oiseau noir s'inquiéta. Puis l'oiseau blanc s'imposa de force, et par la force des choses, beaucoup d'oiseaux noirs s'exilèrent vers des camps dans d'autres territoires. Ils ne furent pas bien accueillis.

Les habitants d'Orient se plaignirent auprès de l'Europe: « Pourquoi nous envoyez-vous tous vos oiseaux? »

Plus personne en Europe ne les voulait. On dit « plus jamais ça », mais tout le monde était satisfait qu'ils soient si loin. Toutefois, il reste encore quelques foyers d'oiseaux blancs dans nos villes. Mais, ils sont minoritaires. On leur préfère les pigeons, parce qu'ils sont dociles et manipulables comme des moutons.

Aujourd'hui, les européens et les pigeons regardent les oiseaux blancs et les oiseaux noirs s'entretuer, pour une histoire de territoire, oubliant que sur nos terres d'Europe ils subirent un crime et une injustice plus grande.

Ça pourrait être si simple, comme le dit la chanson. Mais malheureusement, tu vois le résultat. »

Il eut un soupire de résignation. Et l’enfant demanda à nouveau :

« _ Pourquoi alors, est-ce que l’oiseau noir est mal aimé ?

_Ah, bonne question, Dit le père. S’il est mal aimé c’est parce qu’il a une réputation maléfique, de machiste, d’obscurantiste, etc. On dit même qu’il aime le sang, qu’il est charognard.

_C’est pour cela qu’on dit de lui qu’il ne veut jamais faire la paix ?

_Oui, à cause de cette réputation.

_Ah d’accord. Je comprends mieux maintenant. Et pourquoi est-ce que l’oiseau blanc représente la paix malgré tout ? Après tout, c'est lui qui est allé là-bas.

_ C'est vrai qu'on dessine souvent l'oiseau blanc avec un laurier au bec. Il est devenu le symbole de la paix.

_Comment cela se fait-il ?

_Beaucoup disent que c'est la terre de ses ancêtres, que c'est écrit dans la bible

_Alors Dieu accepterait-il tout cela?

Il y eut un moment de silence.

_Oui Dieu nous a laissé le libre arbitre,savoir déterminer le bien et le mal. L'oiseau blanc s'est longtemps considéré et se considère encore comme l'élu. Mais il faut savoir aussi que les européens s’en veulent beaucoup de les avoir massacré. Aujourd’hui, ils les laissent faire à leur guise. Et puis, à vrai dire, qui est-ce qui aime les oiseaux noirs. Ils font si peur aux enfants.

_Papa, est-ce que nous sommes considérés comme des oiseaux noirs ? »

Le père surpris, décontenancé, pris à son propre jeu de paraboles, jouant à l’apprenti conteur, esquissa un sourire gêné.

L’enfant en déduit la réponse et comprit alors pourquoi ses camarades étaient si méchants avec lui.

Enfin, se ressaisissant, le père lui dit :

« Ne laisse jamais dire quelqu’un ce que tu n’es pas. Ils croient te connaître. Mais dis-toi, qu’un jour ou l’autre, l’oiseau noir et l’oiseau blanc seront à nouveau frères, comme dans la chanson. Et que, ce qui se passe là-bas, n'est que le résultat de l'histoire que je viens de te raconter. Toi et moi, nous n'y sommes pour rien. Mais si nous nous taisons, alors nous ne serons pas mieux que les autres, qui ne savent qu'accuser. »

 

Assemi Djamel

 

 

 

De la violence « barbare » à la violence « civilisée » ?

Par Un kärchérisé de la République :: 14/07/2007 à 14:28

De la violence « barbare » à la violence « civilisée » ?



Durant de longues années, et aujourd'hui encore, il nous arrive souvent d'entendre, voire de discuter du thème de la violence, et de ses corollaires: la guerre, la rébellion, l'insécurité, la délinquance, le sexisme, le racisme, l'antisémitisme, l'homophobie, les viols collectifs, le terrorisme, etc.

Mais de plus en plus, celle-ci ne semblerait caractériser que les jeunes issus de l'immigration africaine et maghrébine en France 1, tout comme les noirs aux Etats-Unis. Souvent y est associée une raison ethnico-religieuse, dont la cause semblerait être liée à la nature de l'islam 2. Ceci a été maintes fois repris par les médias 3 de manière systématique et en raisonnance aux événements internationaux, tels que le conflit israélo-palestinien, la guerre au Liban, le terrorisme islamiste, etc.

Très souvent on objecte à ceux qui ne seraient pas d'accord, le fait que si l'occident a usé par le passé ou use encore de nos jours de violence, c'est que celle-ci est nécessaire, nous dit-on, contrôlée, intellectualisée, réflechie, étudiée, débattue au sein d'assemblées telles que l'ONU, pour le bien, nous dit-on, de ceux qui en seraient les ''bénéficiaires'' (exemple, les afghans, les irakiens, etc). L'Occident seul, semble avoir la sagesse requise pour se doter de bombes nucléaires, d'armes de destruction massive, etc. Faisant fi, des milliers de morts d'Hyroshima et Nagasaki: simple détail de l'Histoire?

Or, qu'est-ce qui fait que ces représentations d'un islam violent, conquérant, persistent, alors que le monde arabe vit une crise interne qui dure depuis des siècles? Et que corrélativement, la violence que produit l'Occident, au moins violence symbolique, dont les effets indirectes sont biens réels, n'est pas perçue comme telle ?


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La violence __thème qui a inspiré bien des penseurs, des philosophes, des historiens, des sociologues, des anthropologues, des psychanalystes… et autres chercheurs quelque fut leur spécialité__ parcourt le temps et l’Humanité, jalonnant l’Histoire de conflits, de guerres, de révolutions, et autant de dates mémorables, voire tragiques.


La violence définit le caractère de ce qui se manifeste, se produit ou produit ses effets avec une force intense, extrême, brutale. Elle peut être émancipatrice ou destructrice. En effet, elle peut avoir des significations radicalement opposées selon les situations et les intentions des acteurs.


A la violence est souvent assimilée la démesure : du latin violentia, elle peut caractériser l’abus de la force ; mais elle peut renvoyer aussi à violare que l’on peut traduire par « violer » ou « agir contre » ou « enfreindre une loi et l’espace des autres ». Déjà chez les grecs, la violence ou hybris, caractérisait l’abus de la puissance, la profanation de la nature, ainsi que la transgression des lois les plus sacrées.


Cependant, Galliclès avait montré dans le Gorgias, que cet excès n’est que l’autre nom du désir. Chez Freud au contraire, l’Homme est foncièrement agressif, voire cruel.


Dans les religions monothéistes (judaïque, chrétienne, islamique) la violence est considérée comme le fruit de l’orgueil symbolisé par Satan, qui refusa de se plier aux injonctions divines, à savoir, se prosterner devant Adam. Qui lui-même ainsi que Eve seront tentés par celui-ci, mangeant du fruit défendu ou le symbole de la désobéissance, afin de déchoir du paradis, perpétuant ainsi sur cette terre le modèle du bien contre le mal.


Dans toutes les tarditions religieuses ou non, la violence est une tension naturelle et nécessaire : le yin et le yang. Elle est la preuve même du libre arbitre : la reconnaissance ou la désobéissance envers le créateur, l'autorité. Contrôler son ego, se contrôler, se retenir, requiert une certaine maîtrise de soi, qui implique une forme de violence : lutter contre son avidité et sa cupidité, qui ne sont que des désirs naturels, implique de lutter contre soi-même. De même que, laisser libre court à ses passions, peut provoquer une certaine violence, si celles-ci ne sont pas régulées, encadrées, délimitées, dans le respect des autres. D’où l’adage « la liberté s’arrête là où commence celle des autres ».


En effet, la violence paraît inhérente à l’Homme, constitutive même de sa nature, tout comme la notion de bien et de mal. Mais comme le remarque François Jullien 4, celle-ci fait l’objet d’un jugement, qui est l’exclusion. Je dirais même, l’exclusion de nous-même en quelque sorte : occulter notre propre violence et la projeter sur l’Autre. Ce que le monde animal ne distingue pas par ailleurs, certainement par défaut de conscience, et mu par la logique de la chaîne alimentaire et de sa nature prédéterminée : herbivore, carnivore, etc. Il n'accusera pas l'autre d'être violent, car c'est la loi de la survie, de la nature.


La violence peut être appréhendée sous deux aspects chez l’Homme : légitime et illégitime, qui induisent le respect ou le non-respect de la loi. Ce qu’on ne dit pas ou ce qu’on oublie, c’est que la loi a été élaborée à travers les âges, les traditions, les coutumes, les religions, autant de traces vivantes des siècles passés ; en somme, incluse dans un processus historique, et écrite ou déterminée par les plus forts. Et c’est ce qui caractérise l’Homme des autres espèces. Comme le soulignait si bien Pierre Bourdieu 5 : « Ainsi, le seul fondement possible de la loi est à chercher dans l’histoire qui, précisément, anéantit toute espèce de fondement. Au principe de la loi, il n’y a rien d’autre que l’arbitraire (au double sens), la « vérité de l’usurpation », la violence sans justification. L’amnésie de la genèse, qui naît de l’accoutumance à la coutume, dissimule ce qui s’énonce dans la brutale tautologie : « la loi, c’est la loi, et rien davantage ». »


Quoiqu’il en soit, la violence est souvent la conséquence d’une injustice. Selon Michel Wierviorka 6, elle peut-être aussi la manifestation d’une fêlure, voire d’une fracture du sujet, dans les moments où le sens se dérobe, se distord ou s’emballe.


Elle permet aussi la dissuasion, l’équilibre des forces 7, comme lorsque le bloc soviétique et le bloc occidental se faisaient face, pendant la guerre froide.


La violence a été représentée, symbolisée dans toutes les civilisations, renvoyant l’autre aux marges de l’Humanité : le barbare sans foi ni loi. Elle n’était pas encore analysée comme de nos jours de manière sociologique, politique, historique, etc. Elle était perçue comme l’essence même de l’autre.

Tout comme les observateurs musulmans de l’époque des croisades qui percevaient les croisés chrétiens comme des Franj (Francs) 8, des infidèles qui pillèrent et massacrèrent en Terre Sainte (Jérusalem) au nom du Christ durant deux siècles ; les chrétiens de la même manière, voyaient en l’Islam un ennemi héréditaire, qui avait conquis l’Espagne, la Sicile et était arrivé jusqu’à Poitiers.

Mais cette incursion hégémonique de l’Occident, du XVIIIème jusqu'à nos jours, marquait le début d’une longue période de dépendance du monde musulman ou non-musulman 9: colonisation, pseudo-indépendances, françafrique, tiers-monde ou pays en voie de développement, le tout sous couvert de dette, et de corruption, de despotisme, etc.


Mais alors, pourquoi cette persistance dans la représentation de la violence arabo-musulmane, comme étant l’incarnation même de la « violence barbare » ; contrairement à celle occidentale qui resterait néanmoins __ malgré la traite négrière, l’esclavage, la colonisation, la déportation, l’holocauste, le libéralisme sauvage__ une violence « intellectualisée » ? En somme, une violence « civilisée », « légale légitime », « reconnue », « pensée », « contrôlée », « étudiée », voire « nécessaire », renvoyant à une violence « barbare », « illégitime », « illégale », « irrationnelle »?


Edward Saïd 10 est de ceux qui auront donné une esquisse historiographique et analytique du discours et de la construction des représentations qu’a « l’Occident » sur « l’Orient », et qui ont réussi à démontrer que « l’Orient » n’existe que de manière à exorciser les craintes, les délires de puissance, et d’impérialisme de cet « Occident ».


Déjà, à l'époque coloniale, fut élaborée une théorie sur la nature violente de l'Algérien, tel que l'écrivait Frantz Fanon 11 :

« Parmi les carctéristiques du peuple algérien telles que le colonialisme les avait établies nous retiendrons sa criminalité effarante. Avant 1954, les magistrats, les policiers, les avocats, les journalistes, les médecins légistes convenaient de façon unanime que la criminalité de l'algérien faisait problème. L'Algérien, affirmait-on, est un criminel-né. Une théorie fut élaborée, des preuves scientifiques apportées. Cette théorie fut l'objet pendant plus de 20 ans d'un enseignement universitaire. Des Algériens étudiants en médecine reçurent cet enseignement et petit à petit, imperceptiblement, après s'être accomodés du colonialisme, les élites s'accomodèrent des tares naturelles du peuple algérien. Fénéants-nés, menteurs-nés, voleurs-nés, criminels-nés. »


Et comme l'écrit si bien Vivianne Forrester 12:

« Au nom de leur suprématie, avec un sens inné de l'arrogance et la certitude d'une supériorité foncière justifiant leur prépotence universelle, les Occidentaux se sont donné le droit de décréter, sans états d'âme et telle une évidence, la non-importance du nombre de vivants estimés encombrants et la nullité infra-humaine de populations entières, voire leur nocivité présumée. Dès lors, spolier, opprimer, persécuter, assassiner sans limite ces masses allogènes considérées importunes et souvent funestes, devenait recevable, même nécessaire ou mieux: éxigé.

(...)

Y eut-il le moindre effet de scandale lorsque, les Indiens d'Amérique liquidés, les Etats-Unis déversèrent sur leurs terres ainsi débarrassées d'eux, une population noire capturée en Afrique et lui confère un statut d'esclaves? Même une fois l'esclavage aboli, on a vu pendant plus d'un siècle encore ces Noirs légalement traités en sous-hommes, persecutés comme tels, exclus et méprisés avec énergie dans le pays le plus moderne, défini comme le plus démocrate du monde. Quant à la question coloniale, qui regardait l'Europe jusqu'à la moitié du XXème siècle, elle ne fut pas même, ou si rarement, considérée comme une « question ».

(...) Inaperçus, ces scandales étaient acceptés sans la moindre vergogne par un Occident décidément bien rodé, préparé à ne pas s'indigner ni même s'étonner outre mesure des crimes nazis et moins encore y réagir! Le principe, le germe en était familier: les permissivités officielles du mépris, le concept d'une sous-humanité. Le refus du respect. »


Ce que l'Occident aura le mieux réussi, c'est de retourner cette image de violence contre ceux qu'il avait opprimé, humilié. Aujourd'hui encore, en son sein, il persiste à dire que le problème vient de ses minorités. Ces mêmes minorités qui l'ont aidé à se battre contre son propre cancer hégémonique (le nazisme), à se reconstruire dès l'après-guerre mondiale (l'immigration), sans jamais reconnaître officiellement ses erreurs notamment à l'égard des ex-colonisés.

Repentance?

Comment l'Occident pourrait-il se repentir, emporté lui-même par cette machine infernale libérale, prisonnier du commerce mondial, pris à son propre jeu: encore plus de dépendance énergétique, économique. Jouant au gendarme-pyromane, annonçant de libérer des peuples, au nom de la démocratie et de la justice, alors qu'il n'apporte avec lui qu'une forme néo-coloniale, avec son lot de drames, de souffrances, de morts. Risquant de détruire la planète 13.

Le plus contradictoire, est le fait que ce même Occident trahi ses principes auxquels il fait référence, comme lorsqu'on exhibe un passe-droit: Liberté, Egalité, Fraternité, droit de l'Homme; alors, que ne prévaut à son avantage que la loi du plus fort, et la partialité la plus totale, deux poids deux mesures. Et qu'en son sein, des minorités peinent à être reconnues, à être élevées à l'autel démocratique, à cause d'un déficit d'intégration nous dit-on, de culture incompatible, de communautarisme suspect, alors que ceux-ci sont relégués malgré eux en marge de la société. N'est-il pas bon que ces nouveaux français soient représentés démocratiquement, et qu'ils ne soient pas écartés ou sinon cooptés. Serait-ce une résurgence des pratiques coloniales?

Ne doit-on pas montré au monde que les minorités peuvent acceder au rêve démocratique? Est-ce par peur que cela provoque des révolutions, que le modèle s'exporte réellement? Si tous les peuples sont représentés par des gens qui défendent réellement leurs intérêts, n'est-ce pas là le plus beau des idéaux? Mais qui souhaite sincèrement cela?


Quand les immigrés de confession musulmane sont arrivés, ils n'étaient que de la main-d'oeuvre servile, maléable et corvéable à merci. Leurs enfants, eurent la nationalité française, mais ils ne sont pas encore totalement reconnus comme tels, parce que suspectés de part leur religion et leur culture, d'infiltration, d'islamisation, de communautarisme. Violence vécue tous les jours par ces populations, marquées au fer rouge. Quand on est d'origine africaine, on ne peut le cacher. Même si l'on ressemble à un blanc, reste le nom et le prénom.


Pourquoi alors s'étonner d'un repli identitaire, d'une ré-islamisation? On leur a promis la liberté, l'égalité, et la fraternité, et en retour, ils n'ont eu que vexation, relégation, exclusion, stigmatisation, suspicion. et même s'ils sont intégrés, on estime qu'ils ne le sont pas assez encore.


Certes, l'occidentalisation est irréversible. Elle a touché le monde entier. Les moeurs, les modes de vie en ont été influencé: bien matériel, richesse, apareils, engins, gadgets, vêtements, etc. Mais l'erreur que fait l'Occident, c'est d'avoir ériger ses propres créations en finalité, en but à atteindre. Alors que la bonne direction est bien le droit et l'égalité des Hommes. L'occidentalisation est perçue comme une forme de violence radicale par certains peuples qui y voient la perte de leur tradition à long terme.


Si l'Islam a marqué et marque aujourd'hui encore plus profondément des milliers, des millions d'individus, c'est parce qu'il a comme principe fondamental: « Nul ne sera croyant tant qu'il ne souhaitera pour son frère, ce qu'il souhaite pour lui-même ». Qu'il serait beau de dire un jour, "Nul ne sera citoyen tant qu'il ne souhaitera pour son compatriote, ce qu'il souhaite pour lui-même".


L'Occident à beaucoup à apprendre des autres, mais tant qu'il ne s'ouvrira pas, il connaîtra alors le même sort que toutes les civilisations antérieures: son déclin.


Tant que ses actes ne seront dictés que par des intentions coupables, alors l'Humanité ira à sa perte, et se détruira par l'effet de sa propre violence.

Aujourd'hui, toute violence est inacceptable, fut-elle justifiée par des valeurs démocratiques, surtout si les conséquences n'en sont pas calculées. Les irakiens le disent: « La situation en Irak est devenue pire que sous Saddam. Et quitte à être dominé, humilié, autant l'être par l'un des nôtres. »


Assemi Djamel






1_Laurent Mucchielli, ''Le scandale des « tournantes »: dérives médiatiques, contre-enquête sociologique'', éditions La Découverte.

2_ Anne-Marie Delcambre, ''L'islam des interdits'', éditions Desclée de Brouwer.

3_Thomas Deltombe, ''L'islam imaginaire'': La construction médiatique de l'islamphobie en France, 1975-2005, éditions La Découverte.

4_ François Jullien, ’’Du mal/Du négatif’’, Essais, éditions Points.

5_ Pierre Bourdieu, ’’Méditations Pascaliennes’’, Essais, éditions Points.

6_ Michel Wierviorka, ’’La violence’’, éditions Hachette Littératures.

7_ Jean-Baptiste Duroselle, ‘’Histoire diplomatique de 1919 à nos jours’’, Paris, Dalloz, 1990.

8_ Amin Maalouf, ’’Les croisades vues par les Arabes’’, Livre de Poche.

9_ Ibn Khaldun, Malek Bennabi.

10_ Edward Saïd, ’’L’Orientalisme : L’Orient crée par l’Occident’’, édition Seuil.

11_ Frantz fanon, ''Les damnés de la terre'', éditions La découverte.

12_ Vivianne Forrester, ''Le crime occidental'', aux éditions Fayard.

13_ Hervé Kempf, ''Comment les riches détruisent la planète'', éditions Seuil.

L’islamisation des problèmes éducatifs : les dérives culturalistes du Rapport Obin

Par Un kärchérisé de la République :: 03/06/2007 à 10:20
L’islamisation des problèmes éducatifs : les dérives culturalistes du Rapport Obin

par Djamel Assemi , Nasser Suleiman-Gabryel
jeudi 7 décembre 2006


Le rapport Obin écrit en 2004 à l’initiative des pouvoirs publics est symptomatique d’un nouveau discours du sens commun post 11 septembre 2001. A partir des attentats une nouvelle rhétorique idéologique a pris forme dont le principal axe se situe dans la confrontation entre les valeurs démocratiques (occidentales) et le nouveau terrorisme identifié par G.W Bush comme « l’islamo fascisme ».

A partir de cette nouvelle configuration, se décline une architecture discursive ou l’islam prend le relais du communisme comme nouvelle menace globale dans ce qu’un ancien directeur de la CIA qualifie de « troisième Guerre Mondiale ».

La nouvelle question de la laïcité a permis pour les nouveaux intellectuels de la guerre contre le terrorisme, de réinvestir une référence historique permettant de légitimer leurs présupposés nés des conséquences du 11 septembre (’’Les mosquées de Roissy’’ de De Villiers, ‘’La tentation obscurantiste’’ de Caroline Fourest, ‘’Les islamistes sont déjà là, enquête sur une guerre secrète’’ de Christophe Deloire et Dubois).

A l’aune de ce discours, l’école est réinstallée de manière téléologique comme référence indiscutable d’un combat actif pour la laïcité menacée par la tentation obscurantiste. : Emmanuel Brenner, ‘’Les territoires perdus de la République’’, Fayard, 2002 ;Guy Coq, Laïcité et République, Le Félin, 2003 ; Michèle Tribalat et Jeanne-Hélène Kaltenbach, La République et l’islam, entre crainte et aveuglement,Gallimard, 2002 ; Les nouvelles formes du sentiment religieux : un défi pour la laïcité moderne, L’Harmattan, 2003 (ouvrage collectif). La « laïcité » devient une nouvelle catégorie extensive qui définit au niveau national une lutte idéologique contre la montée de l’appartenance identitaire islamique et au niveau international situe le combat entre le modèle démocratique (Occident et Israël ) et le terrorisme islamiste ;( Bernard Lewis, Que s’est-il passé ? L’Islam, l’Occident et la modernité, Gallimard, 2002 ; Antoine Sfeir, Les réseaux d’Allah, Plon, 2001 et Dictionnaire mondial de l’islamisme, Plon, 2002.) Dans cette optique le vocable de la « militarisation » est souvent utilisé par les auteurs.

Pour cette nouvelle pensée faite de vieux préjugés, face à un Occident par essence faible et démocratique, de nouvelles « forces criminogènes » veulent tester la solidité des instances politiques, éducatives et intellectuelles de l’Europe et du monde occidental en général. Ces forces « diffuses » se situent dans les zones obscures et grises de nos sociétés : les banlieues, les quartiers, les populations migrantes. Ainsi les sources bibliographiques imprimées dans le rapport Obin relèvent d’une même filiation qui au nom d’un ordre républicain menacé identifie dans la montée de l’ « islamisation » l’émergence d’un nouveau danger à l’existence de l’Occident. Le rapport sur « Les signes et manifestations d’appartenance religieuse dans les établissements scolaires » a été présenté par Jean-Pierre Obin en Juin 2004.

Il provient de l’Inspection générale de l’éducation nationale, commandé par le ministère de tutelle afin de rendre compte de manière « objective et rigoureuse » de la question de la laïcité à l’école. La problématique présentée aux cabinets des ministres en fin d’année scolaire 2002-2003 fut acceptée peu après la rentrée dans la forme suivante. Le rapport vise à répondre aux : « interrogations (qui) se multiplient sur les conditions de mise en oeuvre de la laïcité, notamment dans les établissements scolaires. Sur un des aspects de ce problème, les signes et manifestations d’appartenance religieuse, les ‘‘informations’’ les plus contradictoires circulent, y compris au sein de notre institution. En fait, aucune étude rigoureuse n’est disponible. » A cette fin le rapport doit : « procéder à un état des lieux objectif de cette question, de sa dynamique et de son évolution, en s’appuyant sur des enquêtes qualitatives opérées par des inspecteurs généraux dans des établissements situés dans un nombre restreint de départements représentatifs de la diversité du pays ».

A partir de ce cahier des charges institutionnel, il a été demandé à M Obin un cadre d’étude précis : « tout ce qui manifeste publiquement (signes, comportements, déclarations, écrits, actions), individuellement ou collectivement, de la part d’élèves, de personnels ou de familles, au sein des établissements scolaires, une appartenance religieuse. »

Le document, s’articule en trois parties : les quartiers et leurs évolutions ; l’établissement et la vie scolaire ; l’enseignement et la pédagogie. L’expertise postule à une objectivité axiologique afin de légitimer son diagnostique et ses propositions. Ainsi, l’objectivité et le professionnalisme doivent être de règle : « Il s’agit donc de procéder à un état des lieux objectif de cette question, de sa dynamique et de son évolution, en s’appuyant sur des enquêtes qualitatives opérées par des inspecteurs généraux dans des établissements situés dans un nombre restreint de départements représentatifs de la diversité de notre pays. »

Dans la logique d’expertise, la position de l’expert relève de l’idée que l’Etat sur une question précise a besoin d’une analyse externe lui permettant de mieux appréhender le sujet ou le problème présenté. Produite d’une commande de la puissance publique, le légitimité de l’expertise suppose néanmoins une autonomie structurelle avec le temps institutionnel et médiatique. Le paradoxe de l’expertise Obin réside dans cette tension implicite. Dans ce cas, les liens entre le texte (discours de l’objectivité) et le contexte (Question du voile, conséquence du 11 septembre) souligne l’ambiguïté fondamentale du rapport : « Cette étude ne peut donc prêter à généralisation et à dramatisation excessive : les phénomènes observés l’ont été dans un petit nombre d’établissements. »

En effet, dès l’introduction du rapport on peut lire : « L’idée de cette étude a émergé au printemps de 2003, à un moment où le débat médiatique et politique sur la laïcité ne s’était pas encore cristallisé autour de la question des signes religieux à l’école, et principalement du « voile » porté par certaines élèves de confession musulmane. » (..)« La méthode retenue a cependant été adaptée pour tenir compte de ce calendrier et éviter de « doublonner » avec ces travaux comme avec ceux menés l’année précédente par les inspections générales sur le communautarisme ». « (…) les signes et tenues vestimentaires ne semblaient constituer que « l’arbre qui cache la forêt », pour reprendre l’expression d’un membre de la commission Stasi. Nous avons également pris connaissance dans cette période du contenu des rapports Debré et Stasi, ainsi que des conclusions qu’en a tirées le Président de la République. »

Dans ce cadre, le rapport s’inscrit dans un mode de concurrence avec d’autres types de documents d’expertise relevant d’une même tendance à penser l’islam comme ontologiquement exogène : « Entre-temps le calendrier politique s’était accéléré : rapport de François Baroin au Premier Ministre, initiative d’une commission parlementaire présidée par le Président de l’Assemblée nationale, Jean-Louis Debré, puis nomination d’une autre commission par le Président de la République, placée sous l’autorité du Médiateur de la République, Bernard Stasi, enfin mise en chantier d’une loi dès la fin de 2003. Chacune de ces initiatives avait son objet propre et son calendrier ; nous n’avons souhaité ni modifier notre problématique ni accélérer nos travaux, par exigence méthodologique interne… »

Cet effet de compétition entres différentes expertises explique le discours homogène de ceux-ci sur la question de la laïcité et de son rapport avec les populations issues de l’immigration. Dans cette optique les différents documents (François Baroin, Pour une nouvelle laïcité, rapport au Premier Ministre, 2003 ; Jean-Louis Debré, La question des signes religieux à l’école, rapport de l’Assemblée nationale, 2003-2005 ; Bernard Stasi, L’application du principe de laïcité dans la République  ; rapport de la commission de réflexion nommée par le Président de la République. La Documentation française, 2004) visent à la construction d’une légitimité politique et culturelle visant à définir le cadre acceptable et reconnu des valeurs communes à l’aube du XXI siècle, face à ce qui est présenté comme le défi du 21 siècle que constitue la question de l’islam.

A partir de ces présupposés, l’ethnicisation de la question des élèves et son aspect religieux relève dans le cas de ces documents officiels d’un usage généralisé. D’après ces expertises, il semblerait que les problèmes quartiers-écoles seraient liés à trois facteurs : revendication communautaire, travail d’islamisation orchestrée, refus ostensible d’intégration (maintien de pratiques religieuses notamment le voile, le fait de savoir parler arabe, revendications communautaires). Ainsi, pour le député du Val de Marne, Benisti, la question de la délinquance relève d’une question culturelle d’où la question essentielle à ses yeux : « Y aurait-il corrélation entre l’usage de la langue arabe et la délinquance ? »

La fonction du travail d’expertise vise à confirmer sous forme de preuve objective et neutre les préoccupations des pouvoirs publiques sur la question de l’enseignement. Il s’agit par conséquent de faire correspondre à la réalité textuelle les données du réel. Construire un ordre de rationalité et d’intelligibilité apte à saisir les présupposés des experts. C’est ainsi que l’on peut comprendre le contexte et la mise en place de l’expertise de Mr Obin. A partir de cette médiation se structurent les différents choix de témoignages répondant aux hypothèses préalables.

Le discours professionnel du rapport décrit, par le menu les différents interlocuteurs de la question traitée, un signe à ses yeux de l’objectivité et de la neutralité de l’étude : « Nous présentons la synthèse, dans cette première partie, des entretiens que nous avons souhaité avoir dans chaque établissement visité avec de bons connaisseurs du quartier choisis par le chef d’établissement (le plus souvent des parents, des travailleurs sociaux ou des élus.) »(...) « (janvier à mai 2004), nous sommes allés sur le terrain observer quelques dizaines d’établissements scolaires répartis dans une vingtaine de départements :soixante et un collèges, lycées et lycées professionnels publics jugés susceptibles, davantage que d’autres, d’être affectés par des manifestations de la religion. Ces établissements ont été choisis par, ou en concertation avec l’inspecteur d’académie directeur des services départementaux (IA-DSDEN).L’équipe de direction, l’équipe de la vie scolaire, un groupe d’enseignants en général choisis par le chef d’établissement, ainsi que, chaque fois que possible, des habitants, responsables sociaux ou élus du quartier d’implantation de l’établissement, parfois également un groupe de personnels ATOSS. ».

La question des critères de légitimité des interlocuteurs n’est jamais explicitement située : Qui juge de la qualification de « bons connaisseurs » du quartier ? Qui déterminent la représentativité des parents, travailleurs sociaux, et élus que l’expertise est sensée avoir contacté ? (Voir critique des travailleurs sociaux par Yazid Kherfi dans son livre ‘’Repris de justesse’’, édition La Découverte, et Dounia Bouzar dans ‘’L’islam des banlieues’’ édition Syros, 2001). A partir de cette base d’entretien et de témoignage, les hypothèses de travail du rapport Obin relève du consensus général, elles partent du constat fait de la montée du phénomène religieux lié de manière univoque aux « élèves de confessions musulmanes » et du tabou que constitue ce processus marqué par le déni et le refoulement : « Nos hypothèses de départ étaient donc que les manifestations d’appartenance religieuse,individuelles et collectives, avaient tendance à se multiplier et à se diversifier, avec une rapidité et une dynamique fortes ; que, dans certains quartiers, elles pouvaient affecter tous les domaines de la vie personnelle, familiale et sociale ; que les jeunes y étaient particulièrement sensibles, voire qu’ils en étaient l’un des principaux vecteurs ; que l’école enfin était impliquée dans ce mouvement d’ensemble et que les formes qu’il y prenait étaient bien plus diverses et complexes qu’une certaine émotion médiatique autour du « voile » pouvait le laisser croire. »(…) D’autant plus – et c’est là le dernier élément général que nous voudrions mentionner dès cette introduction – que les manifestations d’appartenance religieuse semblent être, à tous les niveaux du système, la classe, l’établissement, l’académie, l’objet d’une sorte de refoulement, ou de déni généralisé de la part de beaucoup de personnels et de responsables (…). Nos observations ont très souvent contredit ces affirmations liminaires. A l’issue de nos travaux, il nous semble clair que les informations circulent très mal sur cette question à l’intérieur de l’éducation nationale, et qu’en conséquence la conjecture la plus probable est que les observations transcrites dans ce rapport sont sans doute en deçà de la réalité des établissements observés… »

Dans ce cadre conceptuel préétabli les témoignages prennent un « effet de flou » se situant sur quatre espaces de l’argumentation : de manière sémantique en multipliant des propos allusifs « semble-t-il » et « on nous a dit » ; par la construction d’une définition générique des acteurs : « nos interlocuteurs », « les quartiers », « la cité » ; par l’usage d’exemples pratiques anonymes sensés appuyer la construction du Rapport Obin : « Les quartiers que nous on décrit nos interlocuteurs… » (p 9) «  Ici encore, les histoires se ressemblent du Nord au Sud de la France, nos interlocuteurs décrivent en général une évolution plus brutale (…) Une affaire de génération semble-t-il (…) D’après nos interlocuteurs les plus avertis (…) » (p 10). Ces cas pratiques peuvent aller jusqu’à la trivialité des exemples symbolisant l’injonction faite à l’intimité des populations de maintenir la frontière entre espace public et espace privé. Le témoignage du « On » permet de valider un effet de domination sur des populations priées de répondre à l’injonction. Ainsi pour Mr Obin, dans l’émission ‘’culture et indépendance’’ : « Dans cette cité, On nous a dit que les filles doivent rester le week-end en pyjama afin de ne pouvoir ne serait-ce que sortir au pied de l’immeuble. » (p 12)

La logique de ce rapport est institutionnelle et repose par conséquent presque exclusivement sur les agents de l’institution scolaire ou habilités : « Ici un lieu de culte unique, ailleurs une multiplicité que les chefs d’établissements ne savent pas toujours identifier de manière précise. (Les fonctionnaires des RG sont la référence la plus souvent évoquée par les chefs d’établissement en ce domaine) » (p7). Dans ce cadre, l’expertise se présente comme un moyen de rationaliser les questions des professionnels (enseignants et chefs d’établissements) afin de briser le « tabou » du silence face aux peurs suscitées par la question de l’islam et de la laïcité.

La problématique se situe dans une logique entre attitude naïve (c’est à dire pour le rapport Obin relevant d’une attitude laxiste de la question) et prise au sérieux de la montée du sentiment religieux : Ainsi dans le paragraphe ‘’Les écoles primaires’’ (p 13) le rapport souligne : « Le comportement des élèves semble donc faire rarement problème. » Et en bas de page, il précise : « Nous ne pouvons cependant l’affirmer, une forme de déni pouvant également expliquer le peu d’informations recueillis par les inspecteurs d’académie. ». « Combien de jeunes enseignants notamment nous ont déclaré, candidement là encore… » (p27). « Les cas les plus nombreux concernent des élèves souhaitant affirmer leur appartenance à la religion musulmane. La très grande majorité des établissements que nous avons visités ont connu des tentatives de manifestation vestimentaire d’appartenance à cette religion… » (p15).

Dans cette optique, l’expertise du ministère de l’intérieur est légitimée comme apte à saisir les contours du problème. Ainsi, nul besoin des sciences sociales jugées comme essentiellement gagnées par la culture de l’excuse et du relativisme. Il faut au contraire une analyse « objective » et « neutre » c’est-à-dire relevant de la logique institutionnelle et sécuritaire. L’islam et sa problématique relève d’un problème d’ordre public, le ministère des cultes étant sous la direction du ministère de l’intérieur. Tout problème concernant la question religieuse est ainsi traité sous ce double angle.

De manière particulière il faut traiter de la narration et de la vision qu’a le texte sur la religion en général et l’islam en particulier, symptomatique des présupposés culturels des auteurs. Le document dans sa fonction d’analyse publique représente la traduction d’une tradition étatique, historique de contrôle social et politique. A partir de cette double logique, la sémantique peut sans problème méthodologique basculer dans une rhétorique sécuritaire qui tend parfois à la militarisation. Dans les différentes hypothèses de travail de ce rapport, l’idée générale se situe dans l’ordre de la conviction que la question du voile ne serait que « l’arbre qui cacherait la forêt » d’une question plus vaste et plus angoissante : l’islamisation dans la société française comme processus protéiforme et multiple. Une montée identitaire qui se construit sur l’émergence de ghettos dans l’espace national.

Le document prend dans ce cadre un aspect sociologique qui vise à cartographier le processus « de manière rationnelle » par l’entremise des médiateurs que sont les travailleurs sociaux : « Divers témoignages en provenance de travailleurs sociaux, d’enseignants, de personnels d’éducation, de personnels de direction nous avaient alertés : un phénomène beaucoup plus large, un mouvement d’une toute autre ampleur semblait affecter notamment la plupart des quartiers populaires, ceux qui sont de plus en plus témoins d’une ségrégation des populations sur la base de leur origine, et qu’on désigne souvent aujourd’hui, par analogie avec les Etats-Unis, comme les « quartiers ghettos » (..)

La narration sociologique permet de lire les processus en œuvre dans le cadre d’une configuration unique ou la diversité est réduite face à la logique du « Ghetto ». Le terme relevant de l’imaginaire médiatique sur les Etats-Unis illustre la difficulté pour le rapport de sortir des poncifs et des représentations vis-à-vis des quartiers : « Ce sont le plus souvent des collèges, lycées et lycées professionnels qui recrutent la totalité ou une partie significative de leurs élèves dans des quartiers dont la « ghettoïsation » est largement entamée, voire achevée ; ce qui s’y joue, insistons-y, ne peut donc être généralisé. (..)Deux grandes tendances opposées se dégagent de nos observations : l’unité et la permanence des formes de manifestation de la religion en milieu scolaire d’une part, la diversité de la prégnance et de l’acuité du phénomène de l’autre. Commençons par cette dernière. ». La question religieuse est identifiée comme une logique de prise de pouvoir de nature exogène.

Dans le chapitre ‘’Les régressions de la condition féminine’’, on peut lire : « Partout le contrôle moral et la surveillance des hommes sur les femmes tendent à se renforcer… » (p 11) « Partout ces refus et ces violences, on l’a dit plus haut, se développent dans les quartiers « ghettoïsés », au nom de la religion. » (p 21). Dans un premier niveau, nous assistons à la construction d’un champ sémantique « conditions féminines » « pouvoirs », « radicaux », « islamisation » , « mouvements rivaux », « résistance ». Dans une seconde séquence, les catégories sont organisées sous forme d’un rapprochement géopolitique entre la situation française et les différentes situations historiques (Guerre civile en Algérie et victoire du Fis ;Talibans en Afghanistan) : « Certains quartiers nous ont été décrits, par des chefs d’établissement et des élus, comme « tombés » aux mains des religieux et des associations qu’ils contrôlent. Dans d’autres, le tissu associatif laïque ancien a survécu, au moins en partie, ou s’est reconstitué dans un contexte de résistance… » (p7).

Cet effet de comparaison légitime sous un vocable expert un discours idéologique visant à la prise de conscience envers le danger de l’ « islamisation ». Face à ce qui est présenté (implicitement) comme des antécédents historiques, l’expertise se veut prophétique et justement alarmiste : la France serait elle au bord de tomber dans les mains des religieux radicaux ? La question n’est évidemment pas posée de manière directe car contrevenant à la logique de « neutralité » mais elle sous tend tout le document : « un « basculement » rapide et récent, l’accomplissement en quelques années de ce qu’ils appellent « l’islamisation » du quartier » (p 10)« (…) des jeunes plus pieux et plus radicaux prennent le pouvoir, ou tente de le prendre, au sein des associations cultuelles » (p 10) « En conséquence, les personnels se rendent rarement compte que ce qu’ils perçoivent comme un mouvement général et indifférencié de progression du religieux chez leurs élèves peut-être le résultat d’une surenchère entre mouvements rivaux dans une perspective de contrôle des populations et d’un quartier. » (p 11).

La cosmologie du texte se veut de nature défensive et prophétique. Elle appelle à la défense de l’ordre républicain et laïc face à ce que Mr Obin identifie comme les nouvelles menaces de dissolution de l’ordre social. L’islamisation relève du test politique visant à ébranler les cadres de l’ordre. La logique est celle d’une ligne de front de la civilisation laïque et républicaine face aux nouveaux sauvageons : « la conviction et la résolution du chef d’établissement (que ces tentatives cherchent souvent à tester) » (p16) « (…) offensive collective (jusqu’à douze élèves arrivant pour la première fois voilées, ensemble le même jour) » (p17) « Dans tous les cas, la réunion que nous avons provoquée avec les professeurs était la première organisée sur ce thème dans l’établissement ; c’est-à-dire que c’était la première occasion institutionnelle offerte à ces enseignants « de la ligne de front », selon l’expression de l’un d’eux… » (p30). Le rapport évoque très souvent une surenchère entre mouvements religieux radicaux « (…) dans une surenchère permanente qui donne aux plus radicaux souvent le plus de poids auprès des jeunes ou des plus fragiles. (La direction centrale des renseignements généraux estime ces radicaux à 1100 sur environ 50 000 convertis : Le Monde du 4 juin 2004). » Mais sans préciser ce qu’il entend par surenchère.

Dans cette optique l’islam est un danger relevant de l’affirmation identitaire et politique : Dans ce modèle de globalisation culturaliste et à prétention objective les moindre signes d’appartenances relèvent d’une logique de conquête dont l’islamisation serait le fer de lance. Ainsi pour le rapport Obin : « Ailleurs, elles ont pour but (Les signes et tenues vestimentaires) de se démarquer simplement de la France ou de ceux, élèves et professeurs, que l’on nomme « les Français ».On peut dire la même chose des tenues portant l’effigie d’une personnalité : si la vue de Che Guevara ne semble plus, de nos jours, susciter beaucoup de réactions, il n’en est pas de même évidemment de celle de Saddam Hussein ou de Oussama Ben Laden. » (p 15) « (…) il n’est plus exceptionnel d’observer dans des IUFM des étudiantes dont le foulard, et des étudiants dont la coupe de la barbe sont dénués d’ambiguïté. » (p21).

A partir de ces présupposés la France devient un pays en voie d’islamisation menacé par les mêmes dangers que ceux existant dans les pays musulmans « modérés » ou amis (Tunisie, Maroc, Algérie, etc.) :« Comme dans la plupart des pays musulmans, Oussama Ben Laden est en train de devenir, chez les jeunes de nos « quartiers d’exil », et donc pour une part notable de nos élèves, qui craint d’ailleurs de moins en moins de l’exprimer, la figure emblématique d’un islam conquérant, assurant la revanche symbolique des laissés-pour-compte du développement en rejetant en bloc les valeurs de notre civilisation. » (p23).

Tout sentiment d’appartenance à la religion islamique est rattaché à une cosmologie générale qui de Bagdad à Rabat symbolise l’altérité dans son caractère menaçant et intelligible : « Les professeurs se plaignent évidemment de la grande fatigue de beaucoup d’élèves (suite au ramadan) et les infirmières sont massivement sollicitées pendant cette période. L’une d’elle nous confie que ce qui était encore il y a peu encore une manifestation d’affirmation identitaire et une période de fête, semble devenir de plus en plus, chez beaucoup d’élèves, « un exercice de mortification » où la souffrance semble jouer un rôle central. » (p20).

Ainsi dans l’idée de l’altérité l’évocation de la mortification permet de restituer le sens commun médiatique visant à rattacher les démarches cultuelles en France à une altérité exogène : un continuum culturel évoquant implicitement le rite de la mortification chiite en Irak. Tout ce situe dans un rapport de force entre « eux » (Les radicaux, « les élèves musulmans » et « nous » (les chefs d’établissements, les enseignants, les travailleurs sociaux). Toute manifestation de l’identité religieuse est perçue comme symbolisant une guerre de civilisation à petite échelle visant à l’imposition d’un ordre normatif exogène.

La question ne relève plus d’un cadre d’objectivité passive et rationnelle mais d’un signal d’alarme de professionnels de l’enseignement visant à durcir la législation sur la laïcité et de manière générale le regard du « nous » (les français dit de souche) sur « eux »(les « musulmans » les « immigrants »).Ainsi, le rapport nous explique que « (…) l’observance du jeûne est manifestement l’objet de surenchères entres organisations religieuses, qui aboutissent à l’émergence puis à la diffusion de prescriptions de plus en plus de draconiennes, et de pratiques de plus en plus éprouvantes pour les élèves : ainsi de l’interdiction d’avaler le moindre liquide, y compris sa propre salive, qui entraîne la pollution des sols par les crachats et les refus de la piscine. » (p19) La question qui peut de manière méthodologique se poser est simple : Pourquoi le rapport n’interroge t’il pas les élèves eux-mêmes ? L’approche Obin est de type identitaire et différentialiste : elle pousse à l’altérisation du sujet devenu objet, afin de construire une chaîne relevant du racisme social et des stéréotypes médiatiques : l’individu devenant société, le politique devenant extrémiste, de l’extrémiste devenant terroriste, du terroriste devenant « fou de dieu ». Face à la chaîne de cohérence explicative, le temps et l’espace sont réduits à un discours de l’excuse, le souci de la complexité a une tiédeur intellectuelle.

L’objet étudié devient à l’aune de cette démarche non plus le sujet de l’étude mais le théâtre d’opérations permettant de légitimer l’usage de ces concepts. Ainsi « le monde arabe », « l’islamisme », « l’islam », le « nationalisme » deviennent des modes de justifications érudites d’analyses permettant implicitement l’imposition des présupposés. Cette approche se fait au nom de l’observateur impartial et légitime, éloigné du monde social qu’il étudie : « On peut se sentir fondé à appréhender le monde comme une représentation, un spectacle, à le regarder de loin et de haut et à l’organiser comme un ensemble destiné à la seule connaissance » (P Bourdieu, 38).A partir de la méconnaissance sociale qui s’instaure entre une certaine élite et le monde social se construit une rhétorique de la peur qui s’organise sur le modèle binaire « nous » et « eux » reproduisant de manière inversée le manichéisme de « l’islamo terrorisme ».

Djamel Assemi

Nasser Suleiman-Gabryel
Doctorant en science politique comparée et en philosophie (IEP d’Aix en Provence/Université de Genève)

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Sortir du "complexe post-colonial" pour une nouvelle Aufklärung?

Par Un kärchérisé de la République :: 03/06/2007 à 10:13


Sortir du « complexe post-colonial » pour une nouvelle Aufklärung ?



« (…) Les civilisations que nous avons sécrétées sont merveilleusement diverses et cette diversité constitue la richesse de chacun de nous. Grâce à une certaine difficulté de communication, cette hétérogénéité des cultures a pu longtemps subsister, mais il est clair qu’elle risque de disparaître rapidement. Notre propre civilisation européenne a étonnamment progressé vers l’objectif qu’elle s’était donnée : le bien matériel. Cette réussite lui donne un pouvoir de diffusion sans précédent, qui aboutit peu à peu à la destruction de toutes les autres ; R. Gessain a décrit la mort culturelle sous la pression de la "civilisation obligatoire".

(…) La richesse à préserver ne vaut-elle pas l’abandon de certains objectifs qui se mesurent en produit national brut ou même en espérance de vie ?

ALBERT JACQUARD ’’Eloge de la différence’’, Edition du seuil, 1978.

Durant ces dernières années, il est courant d’entendre dans les médias occidentaux et notamment en France, sous forme d’injonctions ou de reproches, des politiciens, des intellectuels et des journalistes parler de « démocratisation », de « modernisation », d’« intégration » ou plutôt d’« assimilation » de l’autre ; et à l’inverse, sur un ton paternaliste, de « stigmatisation », de « discrimination », de « ségrégation », de lutte « contre le communautarisme », de lutte « contre les inégalités », de « fracture sociale », etc.

De part et d’autre de la société, s’est constituée une image stéréotypée, soit celle du citoyen « bien intégré », en l’occurrence français de « souche européenne » et de culture « judéo-chrétienne », et soit celle du français pas tout à fait considéré comme tel, que l’on qualifie encore comme issu de l’immigration, de la énième génération, issu de zones géographiques désignées comme « territoires perdus de la République » et autres « zones de non droit », de confession musulmane ou supposée, etc.

Aujourd’hui, il est temps de sortir de ce schématisme réducteur et dévastateur. La France, et cela a été maintes fois dit, doit se reconnaître comme multiculturelle, multiconfessionnelle, pluri identitaire. Et doit appliquer réellement l’Egalité et la Fraternité, non plus seulement citées tout azimut dans les discours politiques de manière dogmatique et démagogique à l’approche d’élections, mais appliquées dans les faits.

Pour cela, il faut accepter l’autre tel qu’il est et apprendre à le connaître, reconnaître ses compétences, lui faire confiance, sans cela il y a fracture sociale (1). Et ne pas, à chaque crise internationale voire en lui un ennemi intérieur. Les récentes émeutes dans les banlieues et les licenciements de bagagistes à Roissy n’en ont été que plus symptomatiques.

Pourquoi est-ce que cette reconnaissance tarde à venir ? Le poids de l’Histoire y est-il pour quelque chose ? Pour cela, nous développerons deux aspects déterminants : le « complexe post-colonial » et réfléchir à une nouvelle Aufklärung ou à de nouvelles Lumières pour ce millénaire.

Le « complexe post-colonial »

Définissons tout d’abord, de manière succincte, le « complexe post-colonial ». Nous pouvons dire que c’est un sentiment soit d’infériorité pour celui qui a été colonisé et qui a transmis inconsciemment ses inhibitions à ses descendants, soit un sentiment de supériorité pour celui qui a colonisé, du moins ayant une nostalgie pour la « Grande France Impériale », et chanté les « louanges civilisatrices » de ses valeurs et de ses traditions, et qui pérennise consciemment ou inconsciemment cette certitude qu’il détient La Vérité ; renvoyant à deux postures tout aussi manichéennes et extrêmes, soit les tenants du discours du rôle positif de la colonisation sous tendant la suprématie de la culture et de la rationalité occidentale face à la barbarie et à l’archaïsme de l’autre, et soit à l’inverse le discours des laissés pour compte, des exclus, usant d’arguments comme étant victimes de complots, de néocolonialisme, de racisme, etc.

Ne sont-ce que des vues de l’esprit ?

Il est vrai que « L’Homme blanc » a été et demeure encore la référence de la réussite pour le reste du monde. Qui n’a pas vu les explorateurs et les chercheurs blancs sur le petit écran, faire des découvertes ? On savait qu’ils avaient atteint la lune, que les innovations technologiques se développaient à un rythme exponentiel. On voyait les ONG faire des dons, les missionnaires chrétiens entourés de petits orphelins reconnaissants. Et les autres (peuples de l’Humanité) où étaient-ils ? Que faisaient-ils ? Etaient-ils aussi « bons », aussi « généreux », aussi « humains » ?

En effet, là où le « complexe post-colonial » a fait le plus de ravages, c’est chez l’ex-colonisé, qui a cru depuis la colonisation qu’il était inférieur, de par ses origines et sa culture : en somme, colonisé de l’esprit (2). Voyant comme ici en France et comme là-bas dans son pays d’origine, un déficit, une stagnation, voire une régression : manque de démocratie, de solidarité, problèmes économiques, corruption, précarité, conflits, etc. Assénant ça et là des remarques telles que « Nous les arabes (maghrébins) ou les africains on arrivera jamais à évoluer et à se mettre d’accord. Il y a trop de divisions : marocains, algériens, tunisiens, etc. ».

Ajouter à cela, une représentation de l’autre dépréciative : par exemple, ceux à qui on a réussi à faire comprendre que ce n’est pas bien de parler arabe à voix haute (Voir le rapport Benisti), parce qu’étant le signe d’une arriération, d’une non intégration ; alors que tout anglophone peut s’époumoner dans la langue shakespearienne… personne n’y trouvera rien à redire.

Et c’est là où est le nœud du problème. Et si ceux qui étaient touchés par « le complexe post-colonial » se sentaient victimes ou inférieurs, parce que leur pays d’origine ou eux-mêmes ici en France n’étaient pas capables de s’organiser (3), de s’entraider, etc. ; en somme, les symptômes de celui qui se néglige au point de ne plus se supporter, de s’aimer. Comment les autres peuvent-ils alors le respecter ?

Et si guérir de ce « complexe post-colonial » passait par le savoir et la reconnaissance de l’autre ?

Oui, il est temps de connaître l’Histoire, pas seulement celle de France réduite aux frontières hexagonales, mais tout (tous les pays, peuples, cultures) ce qui a fait ce qu’elle est aujourd’hui : histoire des rapports de la chrétienté avec l’islam ou plutôt de l’occident et de l’orient, de la colonisation, de l’immigration (4), etc. Pour enfin sortir de tous ces clichés qui perdurent. Oui, le fils ou la fille d’immigré ex-colonisé, doit se libérer de ses chaînes qui constituent son ignorance sur sa propre culture, sa propre religion, son pays (La France : besoin de le préciser ?), ses droits et devoirs. Et sortir de ce discours victimaire, misérabiliste, pour guérir et aller de l’avant, vers les autres.

Pour une nouvelle Aufklärung

Aller vers une nouvelle Aufklärung ou de nouvelles Lumières qui engloberaient toutes les valeurs et le patrimoine universel de l’Humanité ? Non plus ces Lumières qui désignent implicitement l’Europe.

En effet, l’Aufklärung que l’on traduit en français par « Les Lumières », est apparu dans son acception philosophique au XVIIIème siècle. Il dérive de l’adjectif klar, lui-même issu du latin clarus : « clair, net », auquel on a joint le préfixe auf (ancien allemand uf), indiquant un mouvement vers le haut, et le suffixe ung. Aufklärung ne désigne donc pas un état, mais une action : l’action de rendre clair, d’éclairer.

Il désigne aussi un mouvement intellectuel et philosophique qui domine le monde des idées en Europe, et dont les traits fondamentaux sont un rationalisme en prise sur l’expérience, ouvert au sensible et au monde des sentiments, le rejet de la métaphysique, la croyance dans le progrès et dans la perfectibilité de l’Homme, le combat pour la tolérance et le respect des libertés civiles. (Le Petit Larousse)

Or, comme le pensait si bien le fameux philosophe Emmanuel Kant, « Les Lumières, c’est la sortie de l’homme, de sa minorité, dont il est lui-même responsable. Minorité, c’est-à-dire incapacité de se servir de son entendement sans la direction d’autrui, puisque la cause en réside non dans un défaut de l’entendement, mais dans un manque de décision et de courage de s’en servir sans la direction d’autrui. »

Mais, le problème de cette émancipation, de se dégager du joug de la tutelle (de la famille, de la société, de l’Etat, en somme des autres), réside bien dans l’entendement et la direction d’autrui. Que ce soit les parents, l’école, la société, et l’Etat, qui représenteraient en l’occurrence la direction d’autrui, comment en être totalement indépendant, si les seules connaissances qu’on en a du monde et de la (leur) vérité, sont les enseignements qu’ils nous inculquent ? (5)

Il en va de même pour la théocratie que pour la démocratie : aucune n’est exempte du risque de manipulation des masses. Chacun disant, « Il faut laisser le choix à l’enfant », à l’« individu », au « citoyen », encore faut-il lui laisser la possibilité de comparer, d’avoir accès à toutes les littératures, tous les savoirs, idéologies, tous les textes, les informations ; et non plus les formater à travers des représentations, des discours, des textes ou interprétations de seconde main, biaisés puisque orientés idéologiquement. Aller à la source même, encore faut-il en avoir les moyens d’accès, la culture scolaire, ne pas avoir subi un lavage de cerveau, être pétri de préjugés, au point de lire quelle phrase que ce fut de n’importe quel ouvrage ou auteur ou livre sacré et de le condamner avant même d’en avoir compris le sens, le contexte historique, etc.

C’est seulement à cette seule condition que l’entendement pourra raisonner, comparer, faire le tri. Bien entendu, encore faut-il que celui-ci ne soit pas parasité par des besoins artificiels engendrant cupidité, individualisme, intérêts, etc., que la société de consommation peut provoquer et qui vont à l’encontre de sa raison, mais dans le sens de ses passions, de son confort avant tout et au détriment des autres. Et enfin, accepter la différence d’opinion, trouver un compromis, une Laïcité pure et non érigée comme dogme républicain refoulant toute manifestation, affirmation et existence de l’autre.

Pourquoi une nouvelle Aufklärung ou repenser les Lumières ?

Comme le pensait si bien Malek Bennabi, le danger vient du fait d’être sûr de détenir la vérité, de ne pas se remettre en cause. Tout comme la civilisation islamique qui se vivait comme le centre du monde, pour décliner et s’enfermer comme nous le savons (6), la civilisation occidentale suit inconsciemment le même schème.

En effet, toute la Renaissance, l’Humanisme, et Les Lumières n’ont révélé qu’un européocentrisme exacerbé ; comme lorsque Karl Marx ou Moses Mendelssohn faisaient la critique de la religion, ne se basant que sur le catholicisme. Les ouvrages scolaires ne traitent de la Renaissance, de l’Humanisme et des Lumières que de façon apologétique, et mythologique. On doit tout aux grecs, parce qu’ils font parti de l’Europe. Les autres ce sont les barbares comme les désignait Saint Augustin. Avant la Renaissance qu’est-ce qu’il y avait ?

Conclusion

En conclusion, il convient de cesser de faire le jeu du choc des civilisations. L’enjeu du XXIème siècle n’est pas le fondamentalisme révolutionnaire islamiste comme le pense Eli Barnavi (7). Vu de Tel Aviv, peut-être ? En finir aussi avec ces discours « nous sommes les victimes et c’est la faute aux autres » : comme ceux qui brandissent indéfiniment la colonisation, l’esclavage, etc. Mais plutôt se dire : « qu’ai-je fait pour que le monde soit meilleur autour de moi ? ».

Le véritable combat de ce millénaire est, la lutte contre le réchauffement climatique, l’accès à l’eau potable pour tout le monde, lutte contre les inégalités, contre la famine, contre les guerres, etc. Oui, l’enjeu de ce millénaire peut se résumer ainsi, « qu’elle est enfin cette Humanité qui réalisera ce dessein de réelle Justice, d’Egalité et de Fraternité à l’échelle mondiale ? ». Je dis Humanité et non pas civilisation, car c’est s’enfermer encore une fois, alors que nous sommes à l’ère de la mondialisation. Quel est cet Homme nouveau ou cette Femme nouvelle qui réussira à aimer son prochain, à l’écouter, à lui parler d’égal à égal, à vouloir cet idéal et à mettre tout en œuvre pour y parvenir ?

Et non plus rester dans cette posture défensive, accusant toujours l’autre de tout, cherchant la facilité, la médiocrité, et la mauvaise foi, en se réconfortant et en s’illusionnant de détenir La Vérité. Il n’y a pas une vérité, mais des vérités aussi nombreuses que le nombre de femmes et d’hommes qui peuplent cette planète.

Pour cela, il est temps de reconnaître et d’énoncer les côtés positifs de toutes les civilisations, les cultures, les peuples, les individus, et cessez avec ce « complexe post-colonial », où d’un côté on a ceux qui prône implicitement la suprématie de l’homme blanc, comme au temps des théories des races ; et de l’autre ceux qui remettent toute la faute sur ces premiers sans jamais essayer de sortir de ce cercle vicieux.

Arrêtons de nous jeter à la figure la part sombre de nous-même, prônant la supériorité de nos valeurs et de notre culture, chacun accusant l’autre d’intolérance (8), afin de nous donner bonne conscience.

Et si ces valeurs et ces cultures que l’ont nous présente si différentes, voire incompatibles, étaient les mêmes dans le fond ou ayant la même origine ? Que les valeurs « judéo-chrétiennes » n’étaient pas aussi différentes que celles de l’islam ? Qu’en somme, il y a malgré la négation ou plutôt la minoration de cette réalité dans les contenus scolaires, un socle commun entre ces deux civilisations ? Qu’elles se sont construites l’une part rapport à l’autre, par échanges, conflits, se jaugeant comme le feraient deux équipes ou deux adversaires d’un quelconque sport ?

Il est temps, tous ensemble, de réfléchir à une nouvelle Aufklärung.

(1)_ Eric Maurin, ‘’Le ghetto français : enquête sur le séparatisme social’’, édition Seuil ; S. Marteau, P. Tournier, ‘’Black, Blanc, Beur…’’ édition Albin Michel ; Mourad Ghazli, ‘’Ne leur dites pas que je suis français ils me croient arabe’’, édition Presses de la Renaissance).Aminata Traoré, ‘’Lettre au Président des Français à propos de la côte d’Ivoire et de l’Afrique en général’’, édition Fayard.

(2)_ Malek Bennabi, Frantz Fanon

(3)_‘’La représentation de l’islam institutionnel en France’’, Franck Fregosi, dans ‘’L’Histoire de l’islam et des musulmans en France’’ édition Albin michel ; ‘’La France et ses musulmans : un siècle de politique musulmane 1895-2005’’ Sadek Sellam, édition Fayard.

(4)_ Mohamed Arkoun, George Corm, Franco Cardini, Sigrid hunke, Jocelyne Dakhlia, Jack Goody…

(5)_ P. Bourdieu et J-C. Passeron, ‘’Les héritiers’’, éditions de Minuit

(6)_ Bernard Lewis, ‘’Comment l’islam a découvert l’Europe’’, édition Gallimard

(7)_ Eli Barnavi, ‘’Les religions meurtrières’’, édition Flammarion

(8)_ Voir Bat Ye’or et tous ses livres sur la dhimmitude

Djamel Assemi

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Anne-Marie Delcambre et les nouveaux experts de la haine

Par Un kärchérisé de la République :: 03/06/2007 à 10:06





J'avais écrit cet article, en 2003, mais il reste une critique du livre d'Anne-Marie Delcambre, ''L'islam des interdits'', édition Desclée de Brouwer.



Anne-Marie Delcambre et les nouveaux « experts » de la haine ?

A l’heure de la polémique sur les caricatures de Mahomet.

Il est étonnant de voir la polémique, les manifestations, les débordements, les morts, qu’ont suscité récemment les caricatures de ‘’Mahomet’’ dans le monde musulman. Alors que depuis des années, nombre d’ouvrages polémiques et islamophobes ont été publié sur le prophète et sur l’islam. On peut en déduire que les musulmans ne lisent pas. Et c’est vrai pour la grande majorité.

Réagir de manière aussi épidermique comme l’ont fait quelques musulmans renforce au contraire la perception que l’islam est violent, une religion de fanatiques, incapables d’argumenter et de dialoguer. Il suffit de se rappeler du comportement du prophète lorsqu’il fut critiqué, insulté, agressé de son vivant. Il ne répondait que par la douceur et le calme. S’il était violent et susceptible, comme les musulmans d’aujourd’hui, personne n’aurait embrassé son message.

Post-11 septembre : une nouvelle catégorie de littérature et d’ « experts »

Ces dernières années, il est courant d’écrire des livres sur l’Islam avec si peu de rigueur et de les mettre au rang de travaux ‘’d’expertise’’ sous couvert de scientificité et de maîtrise du sujet. On peut qualifier leurs auteurs de tous les diplômes du monde, mais sans aucune vertu comme l’honnêteté, l’équité, et la rigueur dignes d’un chercheur de ce nom, ceux-ci sont voués au ridicule. Il est évident qu’à la lecture de tels ‘’experts’’ le novice n’y verra que du feu. Prenons comme exemples types, Anne Marie Delcambre qui peut s’enfler d’être Docteur d’état en droit, ‘’docteur en civilisation islamique’’, ‘’islamologue’’ et professeur d’arabe au lycée Louis-le-Grand à Paris ; ainsi que Martine Gozlan qui est Grand reporter à l’hebdomadaire Marianne, et enfin Alexandre Del Valle (de son vrai nom Max d’Anna) ‘’spécialiste du monde arabe’’ et de ‘’l’islam’’ ou Professeur de géopolitique à l’Ecole de guerre économique...

En somme, ces livres écrits par ces auteurs subjectifs, prétendus ‘’docteur en civilisation islamique’’ ou autre ‘’spécialiste du monde arabe’’ et de ‘’l’islam’’, ne sont que le reflet des nouvelles crispations et phobies de notre société, de notre temps. Ils ne sont que des livres parmi tant d’autres qui fustigent l’islam jusqu’à l’aveuglement, ne faisant que s’inscrire dans la continuité idéologique de « la guerre préventive » ou « contre le terrorisme » et autre « politique sécuritaire » à l’encontre de ces pays barbares ou de nos « banlieues » qu’il faut mater ; et dans une certaine tradition orientaliste qui n’est autre que la science de la domination, et, l’exaltation de la suprématie de l’Occident sur l’Orient. Faisant de ce dernier son double, son contraire, l’incarnation de toutes ses craintes, de tous ses maux, pour justifier toute l’horreur qui habite chacun de nous, mais sans jamais l’assumer : l’autre c’est l’éternel mauvais et nous les éternels gentils. L’autre représentant toujours un bloc uniforme, tout comme ceux qui affirmeraient que tous les juifs, les « blancs », les noirs... sont mauvais. « Le choc des ignorances », tout comme le soulignait et à juste titre Edward Saïd.

Il est clair que le capital symbolique et la reconnaissance académique et universitaire de ces auteurs de la haine restent faibles si ce n’est nul. Le 11 septembre, les débats sur la loi sur le voile, « l’islamisation » des banlieues, la laïcité menacée, etc., autant de débats, de fantasmes, de peurs, qui ont permis leur éclosion, dans un monde dominé par le libéralisme, la mondialisation et la peur du lendemain. Contexte quasiment analogue à celui du début du siècle dernier qui a permis de justifier le pire. Il suffit de se rappeler des lois, ordonnances, qui ont réduit le statut des juifs jusqu’à leur élimination. Aujourd’hui le Patriot Act aux Etats-Unis, l’exclusion d’imam, de « racailles » en France et de supposés terroristes, et demain ?

Les raisons sociologiques d’une colère ?

Qu’est-ce qui fait que des auteurs puissent écrire de telles choses ? Est-ce leur origine, leur vécu, leur parcours ? Enfants de pied noir ayant hérité du traumatisme de l’expulsion de l’Algérie ? Fréquentation des milieux d’extrême droite, intellectuels exclus du champ universitaires et en mal de reconnaissance et de légitimité ? Est-ce leur foi chrétienne idéalisée et leur vision extrémiste du monde qui les pousse à écrire de telles inepties ?

Quoi de plus à attendre de la part de personnes qui ne sont pas Universitaires, ne travaillant pas au CNRS, ne connaissant pas le terrain et ceux qu’ils accusent, ne connaissant pas la langue arabe si ce n’est à un certain niveau insuffisant pour faire de l’exégèse ou avoir accès directement aux sources, ne connaissant ou ne se fixant aucune rigueur, et n’étant pas à un mensonge et à une approximation près ? Nous sommes loin des livres de Bruno Etienne, Edward Saïd, Jacques Berque, François Burgat, Olivier Roy, Jocelyne Dakhlia, etcetera, qui sont d’un niveau intellectuel et d’une honnêteté, bien plus élevés, et qui apportent des réflexions sur l’islam et les musulmans, plutôt que des accusations haineuses sous couvert de travail de recherche.

Erreurs méthodologiques ou études biaisées ?

L’erreur principale de ces livres, qui n’est qu’une des caractéristiques résurgente de « l’orientalisme de pacotille », consiste à porter un jugement de valeurs, pré-établi et prédéterminé comme universel dans la conscience de leurs auteurs et de leurs lecteurs, sur une aire culturelle donnée, sans prendre en considération le temps, l’espace et tous les outils scientifiques dignes d’un chercheur. La généralisation et l’essentialisme sont leurs points forts. Le pire, c’est lorsque à cela, viennent s’ajouter des sources douteuses et qui ne sont pas utilisées honnêtement par ces mêmes auteurs.

Pour Anne Marie Delcambre, dans son ivre ‘’L’Islam des interdits’’, rien est expliqué à propos des quatre grandes écoles islamiques de droit. Y est mélangé hadith sahih (paroles ou témoignages sur le prophète Muhammad certifiées comme véridiques) et Da’if (non certifiées ou faibles). Tous les versets tirés du Coran et les hadith de la Sunna (les paroles qu’on nous présente), sortis de leur contexte historique et sociologique de l’époque, et à la lumière des événements actuels, relève d’une grave faute méthodologique. Du coup, les versets donnés en exemple sont compris de travers et curieusement très mal traduits par cette prétendue arabisante. Puis, on peut noter aussi que les témoignages et les preuves douteuses font office de référence, tels que celui de la prétendue lettre posthume de Mohammed Attah et d’autres témoignages douteux de la crise algérienne. Pourtant, elle prend le soin de citer en bibliographie des livres tels que celui de Bokhari, ‘’L’authentique tradition musulmane’’, et celui de Bruno Etienne, ‘’Les questions qui fâchent’’, qui permettent d’expliquer et d’éclaircir bien des interprétations et des sources douteuses citées ça et là, à l’emporte pièce dans son livre. Alors, qu’il y a des explications théologiques, des Hadiths, qu’apparemment, elle n’a pas semblée nécessaire d’en tenir compte. Pire, à aucun moment elle n’a fait référence à la Sira ou textes faisant référence à la vie du prophète pour contextualiser son objet d’étude. Tout le Coran est lié aux hadiths qui sont liés à la vie du prophète, enlevé un élément de cette chaîne et voilà que l’on se retrouve dans une lecture intégriste intemporelle et absolue. Erreur fatale venant d’un soit disant expert. Pire, nous attendant, à la lecture de son livre, à un décorticage de la jurisprudence islamique, à la mise en lumière des méthodes d’interprétations des Qaïds (des juges) ou des Fuqaha (juristes), ce qui est la moindre des choses venant de la part d’un Docteur d’Etat en droit, nous nous retrouvons face à une argumentation et à une liste d’affirmations aussi hasardeuses et ignares, que ce que l’on pourrait retrouver dans le bistrot du coin. C’est décevant. L’erreur fondamentale qui lui est préjudiciable, consiste à prendre quelques versets de manière partielle (parce que chaque verset a son explication par le Tafsir basé sur le Hadith), et sortis du message global du Coran, pour en faire l’essence même de l’Islam. En fait, elle a fait une lecture intégriste du Coran. Bon nombre de versets qu’elle interprète ne sont expliqués que d’après sa compréhension erronée. Et, parfois son argumentation surprend tellement, qu’on se demande qu’est-ce qui la motive d’écrire et de vouloir démontrer que l’Islam n’est rien d’autre que « l’intégrisme » ou plutôt un ramassis de haine pure et dure ?

Quant à Martine Gozlan, de la même manière que sa consœur, selon Jean-Michel Cros, (mercredi 24 mars 2004, in Oumma.com) « prétendant communiquer une connaissance sur l’objet de sa recherche, celle-ci ne fait en réalité qu’exprimer une opinion sans hiérarchiser, ni classifier les sources utilisées. Elle a une vision catholique et romaine du monde, qui délégitime tout ce qui n’en ressort pas. Sont cités aussi pêle-mêle des ‘ulama (savants musulmans) et des romanciers, alors que le « témoignage » de ces derniers est valorisé, celui des premiers est mis au second plan, voire délégitimé. Par ailleurs, l’auteur établit ses propres critères de référence, en refusant, pour parler de l’islam, ce que dit l’islam lui-même sur le sujet. Quant à la hiérarchisation des plus authentiques au plus faibles des hadiths (témoignages sur le prophète et ses dires), elle en fait fi. Il est certain qu’avec un hadith (témoignage) faible, dont l’authentification de la chaîne de transmission n’est pas établie, il est beaucoup plus facile de récuser ce que disent les musulmans sur eux-mêmes si on procède au préalable à un « bricolage » intellectuel en assignant l’autre à ce que l’on veut qu’il soit et non à ce qu’il est réellement et ce qu’il en pense. En revanche, les citations tirées de romans sont nombreuses et semblent, à propos de l’islam, avoir une autorité plus grande que les textes canoniques eux-mêmes. De manière plus grave, d’autres auteurs sont cités non pas parce que ce qu’ils écrivent est pertinent, ce qui devrait être le critère de toute recherche, mais parce que leur origine et leur sexe rend pertinent ce qu’ils écrivent. » Enfin, ce qui la décrédibilise totalement c’est son don télépathique ou psychologique, qui nous fait entrer en plein cœur de la conscience d’un « extrémiste fanatique islamiste djihadiste... », pour reprendre la dénomination médiatique qui n’en finit pas, lorsqu’elle écrit : « Les « vêtues-dévêtues » qui offensent les lois de Dieu sont à tout le monde. Eux n’avaient personne. Ils les ont prises, raflées, violées en groupe, torturées, asservies, dépouillées de leurs noms, dénudées pour qu’elles ne puissent pas s’enfuir, assassinées dès qu’elles étaient enceintes. Par dizaines de milliers. Même les voilées, par extension, subissaient le même sort. Même les vierges. Toute femelle n’appartenant pas aux clans des GIA. L’Algérie des intégristes est devenu un immense bordel. Entrez et servez-vous, leur disait-on par fatwa. (...)Le flot ininterrompu des razzias de villages renouvelait la chaire consommable. Plus le voyou du GIA copule avec ses victimes, plus il a envie de faire le Djihad. Le sexe, c’est ce que l’émir lui a promis, en réponse à sa frustration moite de naguère, encore décuplée par la vision haïssable d’un occident permissif et inaccessible. » D’où parle l’auteur ? Qui a apporté cette version ? (Lire ‘’FRANCEALGERIE, CRIMES ET MENSONGES D’ETAT’’ L. Aggoun J.-B. Rivoire, édition La Découverte, qui d’ailleurs le 6 octobre 2005 a été récemment boycottée par le gouvernement Algérien.) Quel est le rapport entre ces faits et l’islam orthodoxe ? Quel est le traitement des prisonniers en islam ? Méconnaissance de l’auteur ou omission ? Les fatwas font-elles offices de commandement, de dogme ? Ces soi-disant musulmans étaient-ils réellement des islamistes du GIA ou bien des geôliers des généraux sanguinaires ? Pourquoi avoir assassinés des villages entiers, femmes voilées ou non, qui ont voté massivement le FIS par un vote contestataire contre le pouvoir militaire qui sévit aujourd’hui encore ? (Lire ‘’La sale guerre’’ Habib Souaïdia, édition La Découverte ou ‘’Qui a tué à Benthala ? Chronique d’un massacre annoncé, Nesroulah Yous, édition La découverte).

De même, pour Alexandre Del Valle et les auteurs de sa trempe, leurs livres ne se basent que sur des tonnes de renseignements tirés des RG et autres services secrets. Ils ne vivent qu’à travers des statistiques, des enquêtes, des documents, etc. Ils sont enfermés, coupés de la réalité, du monde extérieur. Même les musulmans pratiquants ne connaissent même pas l’existence de tous ces mouvements islamistes qu’ils dénoncent et qu’ils semblent connaître via leurs réseaux de renseignements. Enfin n’est-ce pas dangereux de sa part que de n’avoir qu’une vision du monde qu’en terme de guerre, de confrontation, de choc ? Déjà faire des études dans le sens de guerre économique, n’est-ce pas faire un blocage que sur un aspect étriqué de la réalité d’aujourd’hui ?

Discours et motivations politiques derrière le texte ?

Traitons, dans un premier temps du fond ou de l’idéologie que véhiculent ces nouveaux penseurs de la haine. Selon Anne-Marie Delcambre, la distinction entre un islam tolérant, ouvert, pacifique, compatible avec la modernité, et un islam intégriste, fermé sur lui-même, arrogant, violant, sexiste... n’est pas pertinente. Les deux ne sembleraient ne faire qu’un et être indissociables. Pour elle, « l’intégrisme est l’intégralité de l’islam », et vouloir nier la conclusion de ses soi-disant recherches relèverait plus du « politiquement correct » ou du « religieusement correct » que de la réalité. D’après elle, il est fréquent d’entendre dire : « l’Islam est une religion guerrière », « l’Islam impose le port du voile », « les musulmans n’aiment pas les chiens », « l’Islam est contre les images et les statues », « l’islam est contre la modernité », « l’islam déteste l’occident », idées reçues qui perdurent parce qu’elles comportent, nous explique t’elle, une grande part de vérité. En fait, pour elle, qu’on le veuille ou non, tous les musulmans sont prisonniers de leurs textes sacrés, carcan de normes juridiques et d’interdits, et par conséquent inexorablement portés vers la violence et l’archaïsme : affirmation aussi manichéenne et simpliste que n’importe qu’elle thèse essentialiste et raciste. Rien de nouveau à vrai dire. Poussée par l’élan post Ground Zero, Anne-Marie Delcambre ajoute son nom à cette longue liste de ces nouveaux prétendus experts.

Pour Martine Gozlan, elle est passée d’une réflexion type « l’intégrisme n’est pas une fatalité » en conclusion de son livre ‘’Pour comprendre l’intégrisme islamiste’’ (aux éditions Albin Michel) à une idéologie plus tranchée dans son dernier livre ‘’Le sexe d’Allah’’, rejoignant les thèses d’Anne-Marie Delcambre, où elle affirme (p117) que « Ne nous y trompons pas, c’est bien l’amour que ne peuvent regarder fixement ces cohortes fanatiques qui répandent la terreur sur les terres musulmanes » . Pour elle, dans son dernier livre ‘’Le sexe d’Allah’’ (édition le Livre de Poche), le sexe serait le seul critère explicatif de la violence islamiste, rien en ce qui concerne la répression des dictatures, l’invasion américaine en Irak, le conflit israélien qui perdure. Tout ne serait alors que sexe dans la tête de ces Kamikazes ? Pas si sûr, malheureusement.

Tout comme Anne-Marie Delcambre qui s’indigne qu’il existe des Mosquées au cœur même de Rome alors qu’en terre sainte de la Mecque il n’y a pas d’Eglise, Martine Gozlan écrit « pas de confessionnal à Médine ». Pourquoi y en aurait-il eu un, puisqu’il n’y avait que des musulmans ? Quoique aujourd’hui, certainement que les GI’s ou les familles chrétiennes américaines installées là-bas en ont. Il est vrai qu’il n’y a pas d’Eglises officielles en terre sainte chez les musulmans, mais il y a des bases militaires américaines avec leurs aumôniers et leurs pasteurs. Si les italiens sont prêts à recevoir des bases militaires arabes dans leur pays plutôt que des Mosquées, pourquoi pas. Ce qui je pense, déplairait encore plus fortement à nos auteurs et à une certaine Oriana Fallaci.

Quant à Alexandre Del Valle (de son vrai nom Max d’Anna), celui-ci développe dans son livre ‘’Le totalitarisme islamiste à l’assaut des démocraties’’ (éditions des Syrtes), des thèses fantasmagoriques insoutenables qui n’ont rien à envier à un Mussolini ou à un Franco. Il affirme que la tolérance musulmane, le pluralisme, l’expérience andalouse, l’âge d’or islamique, etcetera, ne sont que des mythes. Explicitant à travers son ouvrage (‘’Le totalitarisme islamiste à l’assaut des démocraties’’) qu’il n’y a pas de solutions avec ces barbares qui ont soif de chaos et d’islamisme. Et que les démocraties doivent trembler lorsque des fous comme le Cheikh Omar Bakri ou Adel Smith qui déclarent que le drapeau de l’islam flottera sur toute l’Europe. Peut-on prendre au sérieux de tels propos ? En ont t’ils les moyens ? L’Amérique malgré ‘’sa victoire’’ en Afghanistan et en Irak, a t’elle réussi à planter son drapeau sur le cœur de ceux quelle a bombardé, humilié, écrasé ? On ne gagne pas des cœurs par la guerre et les menaces, et surtout pas par le terrorisme, mais bien par des projets de changements, de paix, et de prospérité, le tout sous couvert d’amour, de fraternité !

Le thème récurrent qui ressort à travers ses livres donc, vieux remake des slogans d’extrême droite, est que les musulmans fomentent des coups machiavéliques à l’encontre de notre chère Europe afin de la contrôler, comme ce que disait Hitler autrefois à propos des juifs. Pour lui ça commence par des revendications de porter le voile à l’école, puis la consommation de viande Hallal à l’école, la prière ici ou là, etc. (voir article de piotr Smolar dans le Monde.fr du 05/07/04 ‘’Les RG constatent un phénomène de repli communautaire dans la moitié des quartiers sensibles surveillés’’) Le spectre du terrorisme et de l’islamophobie apparaît comme une évidence et les généralisations et les amalgames aussi. Grossièrement on pourrait y voir un cheval de Troie islamiste à l’assaut de la citadelle Europe, d’ailleurs comme le titre de son dernier ouvrage ‘’La Turquie dans l’Europe, un cheval de Troie islamiste ?’’. C’est le chien qui n’en finit pas de se mordre la queue.

Enfin ce que l’on retrouve très souvent dans les écrits de ces auteurs c’est la résurgence du thème de la dhimmitude ou du statut des minorités chrétiennes et notamment juives, souvent corroborées par les thèses de Bat Yor. Pourquoi depuis le 11 septembre sont mises en avant de tels rappels historiques qui n’ont rien de comparable avec le sort fait aux juifs dans la chrétienté et notamment sous Vichy et les nazis ? Si les minorités en terre d’islam ont souffert à des moments donnés cela est lié à des contextes historiques : soit une défaite musulmane contre les chrétiens, soit la mise en place d’un nouveau régime dynastique, etc. Cela fut l’exception plutôt que la règle. Il suffit de lire des ouvrages comme ceux de Bernard Lewis, Georges Corm, Franco Cardini, Jack Goody, Esther Benbassa, Sigrid Hunke, etc., pour comprendre que les minorités étaient parfois investies des postes hiérarchiques les plus importants, qu’ils pouvaient commercer, étudier, pratiquer leur culte... Qu’il y avait une certaine harmonie. Et si ces thèses étaient réellement vraies nous aurions eu une littérature importante allant dans ce sens, et nous l’aurions su depuis fort longtemps.

« Pendant que les juifs Andalous menaient une vie libre, raffinée et savante, leurs coreligionnaires dans les autres contrées de l’Europe subissaient des mesures antijuives draconiennes. Il n’y eu aucun âge d’or pour eux : ni philosophes, ni poètes, ni savants. Rarement épargnés mais souvent classés, pillés, convertis de force et même massacrés : ils ne connurent aucun répit. Tantôt accusés de tuer des enfants chrétiens, tantôt mis responsables de l’expansion de la lèpre ou de la peste ; ils furent traqués, humiliés et finirent, dès la seconde moitié du XIV siècle, isolés dans des quartiers séparés qu’on allait appeler par la suite « ghettos ». Il faut « restreindre les excès des juifs afin qu’ils ne lèvent plus la tête, sur laquelle pèse le joug de l’esclavage perpétuel (...) ils doivent se connaître comme les esclaves de ceux de la mort du Christ a libéré alors qu’elle asservissait les juifs » écrit le Pape Innocent III. » (Leïla Salam ‘’Juifs et arabes : histoire d’une symbiose’’ in Oumma.com)

Contrairement aux chrétiens, les musulmans n’avaient nul ressentiment, nul esprit de vengeance à l’égard des juifs, puisque le Coran ne reconnaît pas la crucifixion et la mort de Jésus. Ce dernier aurait été confondu par un autre selon la tradition musulmane. Et puisque enfin le prophète Muhammad avait réalisé sa prophétie, à savoir propager le message de Dieu à l’humanité. C’est pour cela que les juifs étaient mieux lotis chez les musulmans, et d’ailleurs ils le sont restés jusqu’au XXème siècle.

En effet, il a existé et il existe même une culture judéo-arabe, que ce soit par le passé, et au Maghreb aujourd’hui encore, où les traditions, l’architecture, l’art, et la gastronomie ont été fortement imprégnées. Pourquoi existe t’il aujourd’hui cette volonté de dénoncer le statut de dhimmitude par ces auteurs, seulement sous l’aspect étriqué que nous en donne Bat Yor ? Est-ce lié à la réalité et au contexte au Proche Orient que vivent des millions de palestiniens, afin de dire en quelque sorte, en substance, « Oui si nous vous traitons de la sorte, c’est parce que vous nous avez traité de même » ? Bel exemple de sagesse !

Omission du contexte historique ?

Puis Anne-Marie Delcambre nous explique que Martine Gozlan écrit dans son livre, qu’il y a deux Mahomet, celui de la Mecque et de Médine. Le premier, fasciné par l’exemple de Jésus, attiré par la prière, sensible à la tendresse et à la douceur, et le second qui va se montrer parfois cruel, rancunier, conquérant, polygame. A cela, elle explique que Mahomet, dès son installation à Médine, y multiplia les assassinats politiques pour ériger son empire. De cette façon stratégique nous dit-elle, dans la terreur et le sang, il aspirait à créer le premier Khalifat.

Même si cela est vrai qu’il était devenu polygame et qu’il avait du faire usage de la force, pourquoi s’en étonner, alors que Salomon ainsi que David l’ont fait aussi, et bien d’autres. Mais Muhammad (et non Mahomet qui n’est qu’une retranscription malhonnête) n’était pas un guerrier à la base, plutôt un commerçant. Car c’était le contexte qui l’avait poussé à s’exiler et à prendre les armes. L’auteur aurait dû relever ce fait historique capital. En effet, à aucun moment, elle n’a rappelé le contexte particulier et difficile dans lequel se trouvait le prophète Muhammad et ses quelques fidèles compagnons hommes ou femmes, et esclaves, persécutés à la Mecque à cause de leur croyance en un Dieu unique.

Sachons que tout le monde connaissait Muhammad depuis son enfance pour sa sincérité, son honnêteté, sa modestie, sa douceur, etc. Mais dès qu’il commença à prêcher ce qu’il entendait venant du ciel par l’entremise de l’ange Gabriel, tout à coup il dérangea. Comme le dit si bien le proverbe, « nul n’est prophète en son village », et Muhammad n’avait pas dérogé à la règle. Les Quraychites (tribu dirigeante de la Mecque) savaient dès le début que le prophète Muhammad était déterminé à aller jusqu’au bout de sa prédication. Malgré l’offre que lui avaient soumise les dignitaires de la Mecque __à savoir, faire de lui leur roi__ il s’y refusa catégoriquement en répondant : « même si vous me donniez le soleil dans ma main droite et la lune dans ma main gauche, je ne renoncerais pas à ma mission. » Pourquoi représentait-il une menace ? Avec sa nouvelle religion, cette même religion que l’on stigmatise aujourd’hui, il risquait de mettre en péril le commerce qu’engendraient les divinités de la Mecque et qui attiraient des milliers de pèlerins. Remplacer tous ces dieux matériels pour un dieu unique et immatériel, c’était inconcevable, car les Quraychites y voyaient la perte de leur rayonnement, de leur prestige, et surtout de leurs privilèges. De plus cette nouvelle religion qu’apportait le prophète Muhammad, donnait à tous les hommes et à toutes les femmes, le même statut. Tous sont égaux devant Dieu. Seule la piété les différencie. Par la suite, le statut des femmes s’est durci, mais était-ce le prophète de l’islam qui l’avait encouragé ? Non. Or, de même que le fameux esclave noir Bilal, le célèbre Muezzin de l’islam, qui devint l’un des personnages clés dans la propagation de cette nouvelle ère, les musulmans trouvèrent dans cette religion des droits auxquels ils n’avaient jamais espéré. L’Islam encourageait l’affranchissement de tous les esclaves, pour cesser avec cette tradition archaïque et multimillénaire. Il est vrai que cette règle, à travers le temps et l’espace, ne fut pas respectée par tous, de même que le statut de la femme. D’ailleurs l’esclavage moderne, tenir en « otage » en confisquant le passeport et ne pas payer des femmes de ménages issues de pays asiatiques ou africains, les accuser d’adultère alors qu’elles ont subi un viol, etc., existe même en Arabie Saoudite où la ‘’Charia’’ n’est appliquée qu’à l’encontre des pauvres, alors que les riches familles arabes sont épargnées. Cela est certes condamnable ! Est-ce l’Islam des origines et des textes ? Non.

C’est pour cela qu’à l’époque de l’islam originel l’espoir touchait même les plus démunis, les opprimés, et les délaissés. Les Quraychites l’avaient compris : un nouveau Spartacus menaçait la Mecque.

A partir de ce moment, de la Mecque jusqu’à Médine, les tentatives d’assassinat à l’encontre du prophète de l’islam et de ses disciples, ne cessèrent plus. Ils durent s’exiler, après avoir subi l’embargo total, jusqu’à l’interdiction qui leur a été imposée par les maîtres de la Mecque, à savoir, de ne plus se marier avec les autres habitants non musulmans de la ville, et de divorcer de leur conjoint qui ne partageaient pas leur conviction. Leurs habitations furent détruites et marquées de traits de peinture, leurs biens confisqués, rappelant étrangement plus tard, la discrimination à l’égard des juifs au début du siècle dernier. Leurs caravanes et leurs commerces furent attaqués par les Mecquois : ce qu’on appelle des razzias et qui n’est pas consubstantiel à l’islam. Contrairement à ce qu’avance l’auteur, la razzia ne préfigure pas ce que sera plus tard le Djihad. Ce dernier est polysémique et ne peut être réduit qu’à l’aspect matériel.

L’auteur écrit, je cite : « Le djihad traduit traditionnellement par guerre sainte__ est devenu un enjeu idéologique. La plupart des intellectuels occidentalisés ne veulent pas que l’on parle de l’aspect belliqueux et ne retiennent que le sens étymologique : « combat contre ses propres passions ». Mais pour les intégristes musulmans, le Djihad est pourtant bien un combat, une guerre. (...) c’est ce qu’affirme l’écrivain égyptien Saïd Al-Ashmawy : « le terme dépasse le simple sens moral pour inclure la lutte individuelle et collective contre les païens de la Mecque. Il y a deux sens dans le mot Djihad, mais on ne peut nier que dans l’histoire de l’islam, c’est le sens matériel et guerrier qui l’a emporté. A Médine de 624 à 630, on assiste à une glorification de la razzia, avec parallèlement, dans la révélation coranique, sa justification et sa réglementation. » P.21-22

On peut se demander de quel aspect belliqueux fait-elle allusion, sachant la réalité du contexte lors de la révélation ? Et comment alors ne pas comprendre la réaction des musulmans persécutés, sachant la loi du talion « vie pour vie, œil pour œil, dent pour dent, main pour main, pied pour pied » qui prévalait à l’époque ? Elle affirme que pour les intégristes musulmans, le Djihad est pourtant bien un combat, une guerre. Si cette dernière est juste, défensive, pourquoi pas ? Là est le véritable débat : peut-on aujourd’hui résister contre des régimes dictatoriaux et autoritaires, contre un impérialisme américain qui est pour le contrôle des ressources énergétiques et géostratégique au détriment du droit (guerre en Irak contre l’opinion publique et l’ONU), sans être taxé d’islamiste ou de djihadiste ? Alors que des contingents venus des quatre coins du monde vont faire leur service militaire en terre promise, personne ne s’en offusque... Et si la France se trouvait attaquée, trouverions nous ‘’intégriste’’ le fait que des milliers de ressortissants français résidant à l’étranger viennent la défendre ? Pourquoi cette différenciation de jugement ? N’est-ce pas la parole du « dominateur » contre celle du « dominé » ?

Enfin, oui le Djihad qui reste dans l’esprit des musulmans est d’abord celui d’effort contre ses passions, contre l’injustice, et enfin de guerre défensive (comme actuellement pour les habitants d’Irak ou d’Afghanistan). Quant à l’affirmation de Saïd Al-Ashmawy, « c’est le sens matériel et guerrier qui l’a emporté », cela se discute. En réalité, durant plus d’un millénaire, les musulmans se sont plus fait la guerre entre eux que pour se défendre des ennemis extérieurs.

L’Islam des textes pour l’antisémitisme ?

Quant à la théorie d’Anne-Marie Delcambre sur le fait que les musulmans ont une haine viscérale des juifs et des non-croyants, cela est à nuancer fortement. Les versets qu’elle nous donne vont à l’encontre de sa démonstration. L’Histoire et les textes fondateurs coraniques en témoignent. En effet, Anne-Marie Delcambre qui se dit pourtant professeur d’arabe, traduit sciemment les versets d’une manière qui n’est pas digne de quelqu’un d’honnête. Elle fait la remarque, que le Coran use de « diatribe », « d’imprécation », « d’exécration », « d’anathème » à l’encontre des juifs, et que le terme « ô fils d’Israël ! » revient 41fois (et alors ?), et qu’il est suivi le plus souvent de reproches et de malédictions ( ?). Quant aux « diatribe, imprécation, exécration, et anathème », pas le moindre exemple pour illustrer son propos ou pour étayer sa démonstration. Et ce qu’elle n’explique pas, c’est que ces reproches sont plutôt des conseils que Dieu donne aux juifs contemporains de Moïse. Dieu ou Allah leur ferait la morale et les inviterait à ne pas faire les mêmes erreurs que les peuples qui les ont précédé. Quant aux reproches, Moïse lui-même les faisait à son peuple, tout comme Muhammad aux arabes Quraychites de la Mecque, ainsi que tous les messagers prophètes antérieurs des écritures comme Jésus, Abraham, Moïse... Quant aux malédictions, celles-ci ne sont adressées par Dieu qu’aux incrédules, aux négateurs, aux menteurs, aux hypocrites, etcetera, quelles que soient leurs origines et leur confession, musulman ou non.

Elle nous écrit : « Les juifs sont maudits dans la Sourate 4, v. 154/155 : « nous les avons maudits parce qu’ils ont rompu leur alliance avec Nous, parce qu’ils ont été incrédules, parce qu’ils ont tué sans droit les prophètes. » Alors que dans le Coran y est écrit : Nous avons redressé au dessus le Mont Tor en échange du pacte qu’ils ont contracté et Nous leur avons dit : « Franchissez la porte prosternés ! » Nous leur avons dit ne commettez pas d’agressions pendant le sabbat » et nous avons pris sur eux un pacte de grosse importance. » Le Coran dit bien Wa rafa’na fawqahoum Tora : nous avons dressé au dessus d’eux Tor (le mont) et non « nous les avons maudits ».

Pour les musulmans, les juifs qui étaient restés fidèles à leurs écritures, à Moïse, et à Dieu, sont un exemple à suivre au niveau de la piété. Quant à ceux qui ont dévié, ils ne sont pas maudits ou incrédules ou faussaires et j’en passe, parce qu’ils sont juifs, mais parce qu’ils n’ont pas respecté les injonctions divines. Il suffit de connaître l’arabe ou de lire le Coran fidèlement traduit pour s’en convaincre. L’erreur que font certains orientalistes et les ignorants intégristes, c’est de prendre les versets où Dieu parle en son nom, du châtiment de l’au-delà, pour en faire la justification et la preuve des exactions ici-bas. Comme dans les deux autres religions monothéistes Dieu ne jugera qu’après la mort. Donc, aucun musulman digne de ce nom n’a le droit de juger qui que ce soit par rapport à sa foi en Dieu. De même, on ne peut utiliser les versets du Djihad (de l’effort de défense) en dehors du contexte d’une guerre d’agression à l’encontre de son pays, de sa population, et de sa religion.

Puis l’auteur persiste dans son mensonge : « Sourate 4, v. 155/156 : « Nous les avons maudits à cause de leur incrédulité pour avoir dit contre Marie une immense infamie. » Sourate 4, V. 156/157 : « Nous les avons maudits pour avoir dit ‘’nous avons tué le Messie, Jésus, fils de Marie, l’apôtre d’Allah !’’ alors qu’ils ne l’ont ni tué ni crucifié mais que son sosie a été substitué à leurs yeux. » Alors que le Coran encore une fois dit : Puis ils rompirent le pacte, cachèrent (renièrent) nos versets, tuèrent les prophètes en transgressant la vérité (venant d’eux), et leurs paroles furent « nos cœurs sont imperméables à ce quoi tu nous invite ». Mais c’est plutôt Dieu qui a scellé leur cœur à cause de la vérité qu’ils cachaient, et ils ne croient que très peu. » Et par leur négation (qu’il cache la vérité), par leurs paroles, ils dirent sur Marie d’énormes mensonges. » Et ils dirent, nous avons tué le Messie Jésus (‘Issa) fils de Marie (Mariama) messager de Dieu. Ils ne l’ont ni tué, ni crucifié, mais Nous leur avons fait ressemblé à quelqu’un. Et ils furent en désaccord à son sujet, ils n’avaient aucune science (ou connaissance) sur son identité sauf une ressemblance, et ils ne l’ont pas tué pleinement convaincus. » (Traduction personnelle) Les termes incrédulités, malédiction, ne sont mentionnés nul part dans ces versets. Tout arabophone honnête peut le confirmer. Il suffit de lire le Coran en arabe ou des traductions honnêtes du Coran, pour en être convaincu. Ici, ce qui gêne davantage l’auteur, c’est que le Coran s’attaque au dogme catholique qui affirme que Jésus a été crucifié. En l’occurrence, les termes traduits par « nous les avons maudits » ou « à cause de leur incrédulité » sont soit le produit d’un sentiment personnel de sa part, soit une forte imagination de ce qu’elle attribue aux soi-disant « intégristes islamistes », soit une ignorance totale de la langue arabe.

Critiques théologiques douteuses

Anne-Marie Delcambre écrit dans son chapitre VIII (l’Islam et les animaux) corroborant le chapitre XI (l’Islam et la sexualité) : « Lors de l’attentat du 11 septembre 2001, on aurait découvert que le chef de ceux qui se sont jetés sur les tours, Mohammed Attah, aurait laissé des dispositions testamentaires disant : « Pour mes funérailles, je ne veux pas d’êtres impurs, c’est-à-dire animaux et femmes. ». Elle écrit un peu plus loin : « Il se montre conforme à ce que dit l’Islam des textes sur l’impureté du chien et de la femme qui a ses règles. » Puis quelques lignes plus loin, elle écrit : « (...) qui a le mieux compris les conséquences possibles d’un geste considéré comme purement religieux et inoffensif. Parlant de l’égorgement annuel en commémoration du geste abrahamique, Meddeb déclare : « La célébration de ce symbole rend familière au sujet de l’Islam la scène du râle qui accompagne la gorge tranchée. Suite à ce geste, l’enfant que j’étais voyait le sang fumant de la bête se déverser jusqu’à la dernière goutte (...). Je ne pus m’empêcher de penser à cette commémoration du geste abrahamique lorsque nous parvint d’Algérie les scènes d’égorgements de familles entières, œuvre du GIA,... » » De même que dans le chapitre V (l’Islam et la femme) elle décrit les scènes qui ont eu lieu en Algérie où il y a eu des massacres de femmes seules, battues agressées, violées, mutilées, considérées par les musulmans selon elle, comme des « putes », des « dévergondées », qu’elle oppose au mariage, qui lui est considéré par le Coran et ces derniers comme licite, apportant tendresse et miséricorde.

Elle explique avec des versets qu’elle n’a apparemment pas compris, dans son chapitre XI (l’Islam et la sexualité) que selon le Coran, il ne faut pas s’approcher de la femme pendant ses règles (Sourate 2, verset 222) avec comme ‘’preuve’’ un présumé testament de Mohammed Attah. Le pire, c’est qu’elle réussit par analogie à nous faire croire que chez les musulmans, les chiens et les femmes sont des êtres impurs. Ce qui est inexact. En effet, le chien n’est impur qu’à cause de sa salive et lorsque les musulmans partent à la chasse avec cet animal, ils portent des habits adéquats. Celui-ci sera logé de préférence dans une niche. Mais en aucun cas, un musulman ne peut pas s’amuser avec son chien et l’aimer. Ajouter à cela, certains jeunes dans nos banlieues qui se définissent comme musulmans aujourd’hui, possèdent un ou plusieurs Pit-Bull. A la campagne au Maghreb presque tous les éleveurs possèdent des chiens, qu’ils bichonnent. Que dire des chinois qui les mangent ? Faut-il pour autant s’inquiéter du péril jaune ? Soyons sérieux. Quant à la femme selon le Coran (Sourate 2, verset 222), s’il est dit de ne pas approcher sa femme en période de règle, ce n’est qu’en terme de rapport sexuel, de pénétration. Mais à comprendre l’explication de l’auteur qui s’appuie sur la lettre d’un terroriste, c’est comme si elles étaient mises en quarantaine. Alors que les témoignages ou Hadiths d’Aïcha (épouse du prophète) à l’appui, tirés du livre Al-Bukhari, __qu’elle cite pourtant dans sa bibliographie !__, confirment le contraire : « Le prophète que Dieu lui accorde la grâce et la paix, récitait le Coran en appuyant sa tête sur mon giron, alors que j’avais mes menstrues. » « Il me signifiait lorsque j’avais mes menstrues de me revêtir d’un drap afin qu’il jouisse de mon corps (...) Puis pendant sa retraite spirituelle, il me tendait sa tête pour la laver. » Si Anne Marie Delcambre connaissait un peu plus l’islam, et qu’elle faisait un peu plus preuve d’honnêteté, elle saurait que non seulement les femmes qui ont leurs menstrues couchent avec leur mari en terre d’islam, qu’elles peuvent assister à un prêche en pleine Mosquée (Beït Allah ou maison de Dieu) considérée par les musulmans comme l’un des lieux les plus sacrés et le plus pur, sans parler du pèlerinage à la Mecque qui est effectué en général durant un mois et la ‘omra (visite des lieux saints ou petit pélerinage). Et pour ce qui est de l’argumentation, que chez les musulmans les femmes vivant seules, sont considérées comme des « putes » ou des « dévergondées », il faudrait savoir que les femmes du prophète après la mort de celui-ci, restèrent seules et ne se remarièrent plus jamais, et étaient considérées comme les plus pieuses. Le livre tout entier est rempli d’inexactitudes et de mensonges, indignes d’un Docteur d’Etat en droit, et qui remet gravement en doute ses qualifications de professeur d’arabe, de Docteur en civilisation islamique et islamologue. Décortiquer la totalité de son pamphlet n’est pas l’objectif de ces paragraphes.

Un habit scientifique du néo-fondamentalisme chrétien ?

Lorsqu’Anne-Marie Delcambre souligne que le message de l’islam à travers le Coran, n’est pas celui de l’Evangile dans son livre ‘’L’Islam des interdits’’ : l’un est un message de haine et l’autre d’amour. Elle fait preuve, soit de méconnaissance de son sujet, soit d’une naïveté sans pareil, et enfin soit de la plus pure hypocrisie. En effet, les Evangiles rendent la femme responsable du pêché originel et de tous les maux, et ceux-ci sont truffés de passages traitant du statut inférieur de la femme, de sanction en cas d’adultère, de captives de guerres, de conquête de villes, de génocides, d’exterminations, de trahison et d’assassinats de Prophètes, de purification et de partage de butins, d’interdictions sexuelles, de contrainte vestimentaire des femmes, de reproches faits aux juifs (cf, la polémique sur le film ‘’la tentation du Christ’’ de Mel Gibson) , déclaration de Paul aux juifs de Rome, complot des juifs contre Paul, etc. Il suffit de lire la Bible de Jérusalem pour s’en convaincre. Et puis aujourd’hui même, le président Bush ne justifie t’il pas ses actes au nom de Dieu et des Evangiles, attendant l’Armagedon ? (‘’Le monde secret de Bush’’, Eric Laurent, Edition Plon) Les colons israéliens ne justifient-ils pas la création de territoire en Cisjordanie au nom de la Torah immuable et contre toutes résolution de l’ONU ? S’il faut pointer les intégristes, faisons le vraiment, tous sans exception !

D’ailleurs, le dernier ouvrage d’Anne-Marie Delcambre en collaboration avec Joseph Bosshard, à savoir ‘’Enquêtes sur l’Islam’’ édition Desclée de Brouwer, est révélateur de cette subjectivité. En effet, elle écrit (p19) « Mahomet est attaqué par tous les auteurs chrétiens médiévaux (peut-être en fait-elle parti ?) comme faux prophète (...) les canonistes ne s’amusaient pas à jeter discrédit sans raisons (rappelle t’elle). Pour eux Mahomet n’a accompli aucun miracle, il a passé « sa vie dans le mal » et dispensé des enseignements contradictoires. Ils estiment en leur âme et conscience que le fondateur de l’islam est un faux prophète, un loup déguisé en agneau. Mahomet est un homme de vice et de débauche car, comme le dit Saint Jérôme, « l’Esprit ne touche pas le cœur des prophètes dans l’acte sexuel ». (Abraham, David, Salomon, Moïse... n’étaient ils pas mariés, voire polygames ? Et Loth qui a commis l’inceste selon la Bible, donne de quoi s’interroger sur la remarque de Saint Jérôme). En fait, ce qui choque les auteurs chrétiens du Moyen age, c’est la sexualité débridée de Mahomet (...) mais pourquoi les auteurs musulmans ont-ils éprouvé le besoin de faire de Mahomet le modèle de la virilité ? (...) Peut-on en faire un prophète digne d’admiration ? Vantardise, exagération des textes musulmans que l’on peut juger, après coup et avec nos critères, (lesquels ? Ceux d’une néo-fondamentaliste catholique ?) un peu ridicules, d’autant que ces prouesses sexuelles ne sont pas mentionnées dans le Coran ».

Là, il est intéressant de voir que l’auteur oublie que le Coran est une révélation selon les musulmans, et les hadiths sont les témoignages sur les dires et faits et gestes du prophète, plus ou moins vérifiés selon leur classification (Da’if / Sahih) et leur authentification, ce que nul ne conteste d’ailleurs. Pourquoi est-ce que le Coran contiendrait toute la vie du prophète comme elle semble le souhaiter ? Il existe des livres pour cela : Sîra ou biographie du prophète. On dirait que l’auteur ne le sait pas, pensant qu’en islam tout est compris et cité dans le Coran, l’équivalent de la Bible chez les chrétiens.

Pour mettre encore plus en valeur son « christiano-centrisme », elle écrit : « Nicetas de Byzance reproche à Mahomet son ignorance : « Mahomet est un homme fort ignorant de la théologie, des écritures juives et chrétiennes. Il confond les personnages bibliques, en prenant l’un pour l’autre. Il confond Marie mère de Jésus avec Marie sœur de Moïse. » Cela va encore plus loin parce que Joseph Bosshard et elle-même consacrent sur ce livre aux aspects scientifiques douteux, un article d’Edward-Marie Gallez, page 139, sur le sujet de la concordance des personnages bibliques et coraniques. Ils prennent comme postulat que la Bible est plus authentique que le Coran, puisque antérieure. Alors, que scientifiquement parlant sur la base de la datation au carbone 14, les textes bibliques sont postérieurs à l’événement christique bien des années plus tard, si ce n’est des siècles. Ce qui peut remettre en doute, leur authenticité. Elle cite aussi Christophe Luxemberg qui explicite des versets du Coran à partir du syriaque. Celui-ci affirme que le prophète aurait eu connaissance de versets d’écritures chrétiennes et juives antérieures (en araméen ou autre arabo-syriaque), qu’il aurait retranscrit dans le Coran, affirmant que les Houris seraient les raisins blancs de la Bible, etc. Ces théories fumeuses sont aussi douteuses, que si l’on affirmait quelques siècles plus tard, que la constitution française n’était pas écrite en français mais bien en latin, parce qu’il y aurait des termes d’origine latine.

Là, nous ne trouvons plus dans le champs académique ou de la science et de la recherche mais bien dans celui de la croyance et du prosélytisme. Nous n’avons plus à faire à une experte en islam mais à une néo-fondamentaliste chrétienne convaincue, ou du moins, une laïque de culture judéo-chrétienne pour qui seule les textes bibliques restent dignes d'être pris en considération.

Enfin, la quintessence de la pensée Delcambrienne pourrait être résumée en cette phrase d’Antoine Moussali qu’elle cite en conclusion de son dernier livre ‘’Enquêtes sur l’Islam’’ : « Comment dialoguer avec l’islam qui refuse énergiquement la Trinité, l’incarnation, la rédemption, tout ce qui constitue l’essence même du christianisme ? »

Voilà mis en évidence, les habits scientifiques du néo-fondamentalisme catholique.




"Un coup à gauche, un coup à droite, et double K.O"

Par Un kärchérisé de la République :: 30/04/2007 à 10:31

Un coup à gauche, un coup à droite, et double K. O

 

 

 

Depuis ces dernières années, le vote des français d’origine africaine était souvent assimilé à la gauche. Mais cette dernière a énormément déçu : assistanat, infantilisation, éducateurs spécialisés, assistante sociale, etc. La gauche est perçue aujourd’hui comme la cause du délitement social, du laxisme, de l’échec des jeunes issus des quartiers défavorisés. Dans l’esprit de beaucoup de jeunes, elle est symbolisée par SOS racisme ou NPNS (Ni putes, ni soumises), mettant en avant la figure du beur cool.

 

Pourquoi est-ce qu’elle a des difficultés aujourd’hui à redorer son image ?

C’est sous Jospin qu’il faut voir le premier K. O.

En effet, par là est passé le 11 septembre, et toute la campagne de 2002 s’est axée sur l’insécurité, le terrorisme, faisant le lit du FN. Il y a eu quelques mesures, quelques réformes timides, des erreurs sous le gouvernement Jospin, comme les 35 heures, les emplois jeunes, la multiplication des CDD, de la précarité, etc. Il y a eu aussi l’incident de Jospin au Liban, taxant le Hezbollah (le parti d’Allah) de mouvement terroriste, ce qui a été diffusé dans le monde arabe, et a eu des répercussions au niveau de l’image  de la gauche, perçue comme pro israélienne. Et surtout, cette gauche n’a pas réussi, aujourd’hui encore, à intégrer les minorités visibles au sein de son parti, alors qu’elle se revendiquait anti-raciste, pour la mixité, etc.

 

Le second K. O viendra avec le gouvernement Chirac, dont le bilan est stagnant. Avec son ministre des finances puis de l’intérieur, N. Sarkozy, s’annonçait des changements, notamment la création très critiquée du CFCM (conseil du culte musulman). Les Français de confession musulmane votèrent alors plus à droite, voyant un signe à leur encontre. Des minorités visibles apparurent dans le parti de l’UMP, telles que Tokia Saïfi, Aïssa Dermouche, puis Azouz Begag, avec comme arrière fond le débat sur la discrimination positive.

Puis, il y a eu les débats hystériques sur le voile, donnant un vote à l’unanimité contre. Et après, les sifflements contre un Sarkozy au Bourget, à l’occasion des meetings annuels organisés par l’UOIF. Le CFCM qui bat de l’aile. Une radicalisation du discours du ministre, « le nettoyage au kärcher des racailles », « la délinquance est génétique », des privilèges non accordés au peuple comme faire une analyse d’ADN pour retrouver les voleurs du scooter de son fils. Ajouter à cela un faux bilan sur la diminution de la délinquance, une mauvaise méthode pour y remédier, un mauvais diagnostic, la systématisation des arrestations, des emprisonnements,  l’instrumentalisation des victimes, un vœu d’une société sous très haute surveillance. On risque d’avoir une société marquée par une nouvelle frontière intérieure, la déviance. Chacun sera fiché dès son plus jeune âge, et sera catalogué comme tel. Pas de réhabilitation, d’insertion, de pardon. La politique du tout ou rien.

 

Dernièrement au meeting de l’UMP à Bercy, le dimanche 29 Avril 2007, à l’approche du second tour des élections présidentielles, Mr Sarkozy affirma, en croyant lancer une pointe à la gauche, « Que lors des incidents des banlieues, La gauche avait dit qu’il y avait un fossé entre la jeunesse et la police. Mais les délinquants ne représentent pas toute la jeunesse de France ! ». Certes, mais ils font néanmoins parti de la jeunesse de France. Comme l’écrit le magistrat Serge Portelli (www.betapolitique.fr), « Le pays qui se profile est un pays profondément divisé. Car la vraie profonde rupture est là : dans une nouvelle frontière intérieure qui séparerait deux catégories d’individus : les citoyens ordinaires et ceux de seconde zone. Du bon côté de la ligne, « les normaux ». De l’autre, « les déviants ». Ici, ceux qui ont réussi, les riches, les puissants, les chanceux, les « méritants », pour lesquels l’Etat donnera le meilleur de ce qu’il a. Là-bas, du mauvais côté, les exclus, les ratés du système, tous ceux qui a un moment donné de leur vie ont failli, ceux qui, un matin plus dur qu’un autre, n’ont pas réussi à se lever assez tôt, pour lesquels l’Etat se montrera « implacable ». Mais tous ceux aussi qui ne correspondent pas au model idéal. (…) Car la frontière ne sera pas seulement celle de l’argent. Elle sera aussi et surtout celle de la déviance. (…)On pense au délinquants : les autres. Mais depuis Outreau, beaucoup de français se demandent avec inquiétude s‘ils ne peuvent pas faire parti du jour au lendemain des autres.

(…) Le projet le plus révélateur de Nicolas Sarkozy est la détection précoce du trouble du comportement chez les enfants. Cette façon de penser les individus, puis de les traiter dans des catégories étanches où chacun est placé en fonction d’une inadéquation à un modèle idéal est à la base de ce projet de société. »

 

Rien d’étonnant, on sait très bien que Mr Sarko a une admiration pour le système policier et carcéral américain, qui fonctionne par fichage, par race. Beaucoup ont retenu sa franche accolade avec son homologue G. W. Bush. On sait qu’il est pro atlantiste, admirateur de « l’axe du bien », qu’il est pour une politique ultra libérale, que son frère était au MEDEF, etc.

 

Enfin, le choix entre Sego et Sarko, ce n’est pas la joie : l’une souriant benoîtement et donnant des réponses vaseuses, l’autre plus petit de taille, mais grandes ambitions, tel un Napoléon (ou un Hitler, moustache que les militants anti-Sarko lui rajoutaient sur les affiches), gesticulant à tout va, au charisme puissant. Voilà la France de demain qui se profile.

 

Dans les banlieues à forte population d’origine africaine, beaucoup voteront  Sego, par habitude, pour avoir des aides, le chômage, le RMI, quelle panacée ! Ceux qui voteront aussi, et surtout, ce sont tous les fonctionnaires biens planqués, pour sauver leurs privilèges.

Et beaucoup de gens, d’origine maghrébine, voteront Sarko, marre de l’insécurité, de ces jeunes qui n’ont plus de principes, plus de valeurs, etc. Parce que Sarko est plutôt conservateur et se dit chrétien.

Quoiqu’il en soit, Sarko était ministre de l’intérieur, et personne n’a vu de réels changements : trafics en tout genre, police qui laisse faire les vrais dealers, qui les emprisonne puis les relâche. Beaucoup de parents immigrés y voient une volonté politique de pourrir le quartier. Comme on dit au Maghreb « Lorsqu’une tomate pourrit, c’est tout le cageot qui pourrit ». Déjà la gauche donnait ce sentiment de délaisser ces quartiers, la droite n’aura pas fait mieux, sauf des interpellations, des provocations, des bavures plus nombreuses.

De toutes façons, Gauche droite, c’est le K.O, quand même.

 

Assemi Djamel

"Aimez la France ou quittez-la!"

Par Un kärchérisé de la République :: 29/04/2007 à 20:38

« Aimez la France ou quittez-la ! »

 

« Aimez la France ou quittez-la ! », voilà un slogan que l’on a souvent écouté, lu, vu sur les affiches et sur les murs des QG de partis politiques de droite, lors de cette élection présidentielle de 2007.

A qui est destinée cette injonction ? A tous les français ? A la gauche à qui on fait le reproche d’avoir été trop laxiste, paternaliste, etc. ? Aux minorités visibles, trop visibles ? Est-ce que ça s’adresse à ceux qui n’aiment pas les fachos d’extrême droite (De Villiers), à ceux qui n’aiment pas les français musulmans, les français de couleur en général, les gays, etc. ?

 

Personne n’est dupe. On sait à qui cela fait référence.

Depuis ces dernières années, on somme au français de confession musulmane de donner des gages de « francité »… Dans les mairies pour ceux qui désirent refaire leur carte nationale et qui sont nés à l’étranger, notamment au Maghreb, on leur demande d’écrire sur leur extrait de naissance 1, « aime la France ». Ce qui implique que lorsqu’on est français d’origine maghrébine, on n’est pas censé aimer la France !

C’est insupportable et insultant ! Et l’Histoire continue avec des propos tels que ceux de Xavier Darcos « Si on n’aime pas la République française, il faut aller ailleurs. (…) Ce qui a changé depuis 15 ans, c’est une relative insolence des immigrés arabo-musulmans de la troisième génération ». Et plus récemment les propos tenus sur les jeunes en colère, avec la flambée de violence qui a pris dans les banlieues depuis Clichy-sous-bois, et les propos choquant de la part d’un ministre de la République, la multiplication de banderoles et d’affiches aux slogans scandaleux, tels que‘’ Aimez-la France ou quittez-la !’’ qu’on pourrait paraphraser par « soyez déjà contents de vivre ici », quitte à vivre dans des « tours infernales » prêtent à péter à tout moment ! Que ceux qui affirment de telles phrases, viennent y vivre alors dans ces banlieues déshéritées, du moins celles qui sont le plus touchées par la paupérisation, le chômage, la discrimination, la ségrégation, etc. !!!

 

Ce slogan fait peur, froid dans le dos, parce qu’il ne laisse pas place au dialogue, à l’écoute, au changement. C’est comme si un homme disait à sa partenaire : « aime-moi ou quitte-moi ! ». Pas de concession. Le plus pur égoïsme, machisme, totalitarisme.

C’est comme si en d’autres temps, lorsqu’un petit bonhomme agité et fiévreux, disait « Aimez l’Allemagne ou quittez-la ! ». Oui, en effet, cette Allemagne là, il aurait fallu la quitter !

 

Mais qu’arrive t-il à notre pays ?

Beaucoup pensent, comme Max Gallo 2, que la France a baissé les bras, qu’elle ne s’aime plus. Elle trouve excuse à ceux qui l’insultent avec des « nique la France », à ceux qui ont sifflé la Marseillaise, à ceux qui demandent réparation ou reconnaissance (colonisation, esclavage, etc.), à ceux qui brûlent les voitures, les écoles, etc., qui veulent imposer le communautarisme, l’islam 3. Il explique que la France se dilue dans l’Europe sous l’effet de la mondialisation, qu’elle ne sera bientôt plus ce qu’elle était, ce qui faisait son caractère original, sa fierté__ en somme, maîtresse de son destin.

 

« Aimez-la », nous dit-on ! Qu’est-ce qu’aimer ? Est-ce cet amour pathologique ? Oui, est-ce cet amour passion aveugle, qui ne laisse nulle place à la critique, au dialogue, mais fait de nous des aliénés, des soumis, etc. ? Digne de tout fanatisme, totalitarisme, nationaliste, chauvinisme, extrémisme, etc. Quelle ironie !


Alors que le monde se réjouit de la mondialisation, du multiculturalisme, ici on se crispe, on a peur, on s’enferme. Où est cet universalisme ? Où sont nos valeurs « liberté, égalité, fraternité » ? Que de la poudre aux yeux ?

 

Qu’est-ce que la France ? Aimez quelle France ?

Il y a eu plusieurs France à travers le temps, les époques. La France des banlieues, des centres villes, des bourgeois, des artistes, des intellectuels, des SDF, etc. Pas une ne ressemble à l’autre, chacune a ses caractéristiques. Les aimez toutes, les assumer ? Pourquoi pas. Mais assumons alors celle d’aujourd’hui. Vivons la pleinement ! Pour cela assumons notre passé et ne réitérons pas les mêmes erreurs 4. Soyons tous des citoyens égaux, et qu’il n’y ait plus de citoyens de seconde zone.

 Il ne faut plus que la France se regarde comme un adolescent en pleine puberté, qui accepte difficilement les changements de son corps. Et oui, la France est colorée, faudra s’y faire !

On nous a toujours enseigné que la France est un carrefour, qui a brassé des peuples, des religions, etc. Pourquoi est-ce que cela changerait aujourd’hui ?

Même la langue française est imprégnée de cette histoire : elle a des origines latines, germaniques, celtiques, avec des apports africains, antillais, arabes, slaves, ainsi que d’autres influences plus récentes, telles que l’anglais ou l’américain.

Et c’est à son avantage, de montrer vraiment au monde qu’elle est réellement le pays de la liberté, de l’égalité et de la fraternité. Aujourd’hui on peut se demander si ces principes universels ne sont pas en train de voler en éclat.

 

« Quittez-la ! », nous dit-on.

Pendant un court instant, ceux-ci m’ont rappelé que je n’étais peut-être pas tout à fait considéré comme français. Le doute encore une fois, s’est installé alors en moi. Qui sommes-nous ? Partir vers où ? « Français ou immigrés arabo-musulmans de la troisième génération », qu’est-ce que ça veut dire ? Sommes-nous réellement considérés comme des Français ? Voilà où le bas blesse.

 

Comme l’avait si bien écrit Robert Antelme 5 :

 « Tout se passe effectivement là-bas comme s’il y avait des espèces_ ou plus exactement comme si l’appartenance à l’espèce n’était pas sûre, comme si l’on pouvait y entrer et en sortir, n’y être qu’à demi ou y parvenir pleinement, ou n’y jamais parvenir même au prix de générations _, la division en races ou en classes étant le canon de l’espèce et entretenant l’axiome toujours prêt, la ligne de défense : « Ce ne sont pas des gens comme nous. »

(…) Et c’est au moment où le masque a emprunté la figure la plus hideuse, au moment où il va devenir notre figure, qu’il tombe. »

 

En effet, pourquoi ne pas s’interroger sur les vraies causes de ce malaise social, pour trouver des solutions ? Pourquoi parle t’on encore d’intégration alors que ça fait plus de trois générations que nous sommes en France ? Pourquoi cette hypocrisie à notre égard dans les discours ? Serait-ce notre particularisme ‘’culturel’’ et ‘’islamique’’ qui poserait problème ? Est-ce cela qui expliquerait ces phobies de part et d’autre ?

Pourquoi subitement, cette prétendue incapacité de s’adapter à la République ou à la ‘’modernité’’ alors qu’on misait récemment tous les espoirs sur ‘’l’intégration’’ et sur les pays en ‘’voie de développement’’ qui commençaient à émerger ? Qu’est-ce qui a fait que tout à coup, on a eu un revirement de situation ? En somme, que nous soyons passés d’un horizon éclairé fait d’espoirs au brouillard le plus total.

 

C’est par les actes que l’on prouve son amour. Comment ne pas comprendre qu’un enfant qui n’a pas eu l’amour de sa mère, puisse la haïr, lui répondre rageusement ? Est-ce que celle-ci lui dira, « aime-moi ou quitte-moi » ? Vous imaginez le résultat ?

 

Qu’est-ce que ça veut dire « Aimez la France ou quittez-la » ? Ca veut tout simplement dire, que l’on ne nous aime pas, nous français de confession musulmane.

 

Enfin, concluons par ces quelques phrases d’Amin Maalouf qui écrit 6, « Chacun d’entre nous devrait être encouragé à assumer sa propre diversité comme étant la somme des diverses appartenances, au lieu de la confondre avec une seule, érigée en appartenance suprême, et en instrument d’exclusion, parfois en instrument de guerre. (…) De la même manière, les sociétés devraient assumer, elles aussi, les appartenances multiples qui ont forgé leur identité à travers l’Histoire, et qui la cisèlent encore ; elles devraient faire l’effort de montrer, à travers des symboles visibles, qu’elles assument leur diversité, afin que chacun puisse s’identifier à ce qu’il voit autour de lui, que chacun puisse se reconnaître dans l’image du pays dans lequel il vit, et se sente encouragé à s’y impliquer plutôt que de demeurer, comme c’est trop souvent le cas, un spectateur inquiet, et quelquefois hostile. »

 

Oui, il est temps que la France face un geste d’intégration des minorités en politique et cesse avec son communautarisme républicain 7, « blanc de culture judéo-chrétienne ». Il est temps qu’elle s’assume telle qu’elle est et aime tous ses enfants, sans exception. Sinon quel souvenir en aurons-nous dans les pages de l’Histoire ? « Que c’était un pays frileux, fermé sur lui-même, décadent, intolérant ».

Personne n’a dit qu’il fallait renier les valeurs de la république pour des exigences communautaires, mais enfin appliquer, sans hypocrisie, les valeurs de « Liberté, égalité, fraternité ».

Ce n’est pas parce qu’on n’est pas d’accord sur tel ou tel point, qu’il faut excommunier l’autre. Discutons. Apprenons-nous à nous connaître réellement, à nous rencontrer, à nous parler, à nous écouter, et cessons de vivre par écran interposé 8. C’est la démocratie vivante qui doit se jouer, et non une république qui revendique des principes qu’elle n’a pas encore appliqué pour tous.

 

Assemi Djamel

 

1_ Cet incident est réellement arrivé à un de mes cousins. Voir le rapport sur les discriminations et l’islamophobie en France, CICF.

2_ Max Gallo, ’’Fier d’être français’’, Livre de Poche.

3_ Alexandre Del Valle, ’’Le totalitarisme islamiste à l’assaut des démocraties’’, éditions Syrtre ; Emmanuel Brenner, ’’Les territoires perdus de la république’’, éditions Fayard ; ’’Les mosquées de Roissy’’ de De Villiers, ‘’La tentation obscurantiste’’ de Caroline Fourest, ’’Les islamistes sont déjà là, enquête sur une guerre secrète’’ de Christophe Deloire et Dubois, etc.

4_ Pascal Blanchard, Nicolas Bancel, Sandrine Lemaire, ’’la fracture coloniale : La société française au prisme de l’héritage colonial’’, édition La Découverte.

5_ Robert Antelme, ’’L’Espèce humaine’’, éditions Gallimard, 1957, p65.

6_ Amin maalouf, ’’identités meurtrières’’, Livre de Poche.

7_ Mourad Ghazli, ’’Ne leur dites pas que je suis français, ils me croient arabe’’, éditions Presse de la renaissance.

8_ Thomas Deltombe, ’’L’islam imaginaire’’, édition La Découverte ; Guillaume Weill-Reynal, ’’Les nouveaux désinformateurs’’, éditions Armand Colin.

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