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Un kärchérisé de la République

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"Aimez la France ou quittez-la!"

Par Un kärchérisé de la République :: 29/04/2007 à 20:38

« Aimez la France ou quittez-la ! »

 

« Aimez la France ou quittez-la ! », voilà un slogan que l’on a souvent écouté, lu, vu sur les affiches et sur les murs des QG de partis politiques de droite, lors de cette élection présidentielle de 2007.

A qui est destinée cette injonction ? A tous les français ? A la gauche à qui on fait le reproche d’avoir été trop laxiste, paternaliste, etc. ? Aux minorités visibles, trop visibles ? Est-ce que ça s’adresse à ceux qui n’aiment pas les fachos d’extrême droite (De Villiers), à ceux qui n’aiment pas les français musulmans, les français de couleur en général, les gays, etc. ?

 

Personne n’est dupe. On sait à qui cela fait référence.

Depuis ces dernières années, on somme au français de confession musulmane de donner des gages de « francité »… Dans les mairies pour ceux qui désirent refaire leur carte nationale et qui sont nés à l’étranger, notamment au Maghreb, on leur demande d’écrire sur leur extrait de naissance 1, « aime la France ». Ce qui implique que lorsqu’on est français d’origine maghrébine, on n’est pas censé aimer la France !

C’est insupportable et insultant ! Et l’Histoire continue avec des propos tels que ceux de Xavier Darcos « Si on n’aime pas la République française, il faut aller ailleurs. (…) Ce qui a changé depuis 15 ans, c’est une relative insolence des immigrés arabo-musulmans de la troisième génération ». Et plus récemment les propos tenus sur les jeunes en colère, avec la flambée de violence qui a pris dans les banlieues depuis Clichy-sous-bois, et les propos choquant de la part d’un ministre de la République, la multiplication de banderoles et d’affiches aux slogans scandaleux, tels que‘’ Aimez-la France ou quittez-la !’’ qu’on pourrait paraphraser par « soyez déjà contents de vivre ici », quitte à vivre dans des « tours infernales » prêtent à péter à tout moment ! Que ceux qui affirment de telles phrases, viennent y vivre alors dans ces banlieues déshéritées, du moins celles qui sont le plus touchées par la paupérisation, le chômage, la discrimination, la ségrégation, etc. !!!

 

Ce slogan fait peur, froid dans le dos, parce qu’il ne laisse pas place au dialogue, à l’écoute, au changement. C’est comme si un homme disait à sa partenaire : « aime-moi ou quitte-moi ! ». Pas de concession. Le plus pur égoïsme, machisme, totalitarisme.

C’est comme si en d’autres temps, lorsqu’un petit bonhomme agité et fiévreux, disait « Aimez l’Allemagne ou quittez-la ! ». Oui, en effet, cette Allemagne là, il aurait fallu la quitter !

 

Mais qu’arrive t-il à notre pays ?

Beaucoup pensent, comme Max Gallo 2, que la France a baissé les bras, qu’elle ne s’aime plus. Elle trouve excuse à ceux qui l’insultent avec des « nique la France », à ceux qui ont sifflé la Marseillaise, à ceux qui demandent réparation ou reconnaissance (colonisation, esclavage, etc.), à ceux qui brûlent les voitures, les écoles, etc., qui veulent imposer le communautarisme, l’islam 3. Il explique que la France se dilue dans l’Europe sous l’effet de la mondialisation, qu’elle ne sera bientôt plus ce qu’elle était, ce qui faisait son caractère original, sa fierté__ en somme, maîtresse de son destin.

 

« Aimez-la », nous dit-on ! Qu’est-ce qu’aimer ? Est-ce cet amour pathologique ? Oui, est-ce cet amour passion aveugle, qui ne laisse nulle place à la critique, au dialogue, mais fait de nous des aliénés, des soumis, etc. ? Digne de tout fanatisme, totalitarisme, nationaliste, chauvinisme, extrémisme, etc. Quelle ironie !


Alors que le monde se réjouit de la mondialisation, du multiculturalisme, ici on se crispe, on a peur, on s’enferme. Où est cet universalisme ? Où sont nos valeurs « liberté, égalité, fraternité » ? Que de la poudre aux yeux ?

 

Qu’est-ce que la France ? Aimez quelle France ?

Il y a eu plusieurs France à travers le temps, les époques. La France des banlieues, des centres villes, des bourgeois, des artistes, des intellectuels, des SDF, etc. Pas une ne ressemble à l’autre, chacune a ses caractéristiques. Les aimez toutes, les assumer ? Pourquoi pas. Mais assumons alors celle d’aujourd’hui. Vivons la pleinement ! Pour cela assumons notre passé et ne réitérons pas les mêmes erreurs 4. Soyons tous des citoyens égaux, et qu’il n’y ait plus de citoyens de seconde zone.

 Il ne faut plus que la France se regarde comme un adolescent en pleine puberté, qui accepte difficilement les changements de son corps. Et oui, la France est colorée, faudra s’y faire !

On nous a toujours enseigné que la France est un carrefour, qui a brassé des peuples, des religions, etc. Pourquoi est-ce que cela changerait aujourd’hui ?

Même la langue française est imprégnée de cette histoire : elle a des origines latines, germaniques, celtiques, avec des apports africains, antillais, arabes, slaves, ainsi que d’autres influences plus récentes, telles que l’anglais ou l’américain.

Et c’est à son avantage, de montrer vraiment au monde qu’elle est réellement le pays de la liberté, de l’égalité et de la fraternité. Aujourd’hui on peut se demander si ces principes universels ne sont pas en train de voler en éclat.

 

« Quittez-la ! », nous dit-on.

Pendant un court instant, ceux-ci m’ont rappelé que je n’étais peut-être pas tout à fait considéré comme français. Le doute encore une fois, s’est installé alors en moi. Qui sommes-nous ? Partir vers où ? « Français ou immigrés arabo-musulmans de la troisième génération », qu’est-ce que ça veut dire ? Sommes-nous réellement considérés comme des Français ? Voilà où le bas blesse.

 

Comme l’avait si bien écrit Robert Antelme 5 :

 « Tout se passe effectivement là-bas comme s’il y avait des espèces_ ou plus exactement comme si l’appartenance à l’espèce n’était pas sûre, comme si l’on pouvait y entrer et en sortir, n’y être qu’à demi ou y parvenir pleinement, ou n’y jamais parvenir même au prix de générations _, la division en races ou en classes étant le canon de l’espèce et entretenant l’axiome toujours prêt, la ligne de défense : « Ce ne sont pas des gens comme nous. »

(…) Et c’est au moment où le masque a emprunté la figure la plus hideuse, au moment où il va devenir notre figure, qu’il tombe. »

 

En effet, pourquoi ne pas s’interroger sur les vraies causes de ce malaise social, pour trouver des solutions ? Pourquoi parle t’on encore d’intégration alors que ça fait plus de trois générations que nous sommes en France ? Pourquoi cette hypocrisie à notre égard dans les discours ? Serait-ce notre particularisme ‘’culturel’’ et ‘’islamique’’ qui poserait problème ? Est-ce cela qui expliquerait ces phobies de part et d’autre ?

Pourquoi subitement, cette prétendue incapacité de s’adapter à la République ou à la ‘’modernité’’ alors qu’on misait récemment tous les espoirs sur ‘’l’intégration’’ et sur les pays en ‘’voie de développement’’ qui commençaient à émerger ? Qu’est-ce qui a fait que tout à coup, on a eu un revirement de situation ? En somme, que nous soyons passés d’un horizon éclairé fait d’espoirs au brouillard le plus total.

 

C’est par les actes que l’on prouve son amour. Comment ne pas comprendre qu’un enfant qui n’a pas eu l’amour de sa mère, puisse la haïr, lui répondre rageusement ? Est-ce que celle-ci lui dira, « aime-moi ou quitte-moi » ? Vous imaginez le résultat ?

 

Qu’est-ce que ça veut dire « Aimez la France ou quittez-la » ? Ca veut tout simplement dire, que l’on ne nous aime pas, nous français de confession musulmane.

 

Enfin, concluons par ces quelques phrases d’Amin Maalouf qui écrit 6, « Chacun d’entre nous devrait être encouragé à assumer sa propre diversité comme étant la somme des diverses appartenances, au lieu de la confondre avec une seule, érigée en appartenance suprême, et en instrument d’exclusion, parfois en instrument de guerre. (…) De la même manière, les sociétés devraient assumer, elles aussi, les appartenances multiples qui ont forgé leur identité à travers l’Histoire, et qui la cisèlent encore ; elles devraient faire l’effort de montrer, à travers des symboles visibles, qu’elles assument leur diversité, afin que chacun puisse s’identifier à ce qu’il voit autour de lui, que chacun puisse se reconnaître dans l’image du pays dans lequel il vit, et se sente encouragé à s’y impliquer plutôt que de demeurer, comme c’est trop souvent le cas, un spectateur inquiet, et quelquefois hostile. »

 

Oui, il est temps que la France face un geste d’intégration des minorités en politique et cesse avec son communautarisme républicain 7, « blanc de culture judéo-chrétienne ». Il est temps qu’elle s’assume telle qu’elle est et aime tous ses enfants, sans exception. Sinon quel souvenir en aurons-nous dans les pages de l’Histoire ? « Que c’était un pays frileux, fermé sur lui-même, décadent, intolérant ».

Personne n’a dit qu’il fallait renier les valeurs de la république pour des exigences communautaires, mais enfin appliquer, sans hypocrisie, les valeurs de « Liberté, égalité, fraternité ».

Ce n’est pas parce qu’on n’est pas d’accord sur tel ou tel point, qu’il faut excommunier l’autre. Discutons. Apprenons-nous à nous connaître réellement, à nous rencontrer, à nous parler, à nous écouter, et cessons de vivre par écran interposé 8. C’est la démocratie vivante qui doit se jouer, et non une république qui revendique des principes qu’elle n’a pas encore appliqué pour tous.

 

Assemi Djamel

 

1_ Cet incident est réellement arrivé à un de mes cousins. Voir le rapport sur les discriminations et l’islamophobie en France, CICF.

2_ Max Gallo, ’’Fier d’être français’’, Livre de Poche.

3_ Alexandre Del Valle, ’’Le totalitarisme islamiste à l’assaut des démocraties’’, éditions Syrtre ; Emmanuel Brenner, ’’Les territoires perdus de la république’’, éditions Fayard ; ’’Les mosquées de Roissy’’ de De Villiers, ‘’La tentation obscurantiste’’ de Caroline Fourest, ’’Les islamistes sont déjà là, enquête sur une guerre secrète’’ de Christophe Deloire et Dubois, etc.

4_ Pascal Blanchard, Nicolas Bancel, Sandrine Lemaire, ’’la fracture coloniale : La société française au prisme de l’héritage colonial’’, édition La Découverte.

5_ Robert Antelme, ’’L’Espèce humaine’’, éditions Gallimard, 1957, p65.

6_ Amin maalouf, ’’identités meurtrières’’, Livre de Poche.

7_ Mourad Ghazli, ’’Ne leur dites pas que je suis français, ils me croient arabe’’, éditions Presse de la renaissance.

8_ Thomas Deltombe, ’’L’islam imaginaire’’, édition La Découverte ; Guillaume Weill-Reynal, ’’Les nouveaux désinformateurs’’, éditions Armand Colin.

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