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Anne-Marie Delcambre et les nouveaux experts de la haine

Par Un kärchérisé de la République :: 03/06/2007 à 10:06





J'avais écrit cet article, en 2003, mais il reste une critique du livre d'Anne-Marie Delcambre, ''L'islam des interdits'', édition Desclée de Brouwer.



Anne-Marie Delcambre et les nouveaux « experts » de la haine ?

A l’heure de la polémique sur les caricatures de Mahomet.

Il est étonnant de voir la polémique, les manifestations, les débordements, les morts, qu’ont suscité récemment les caricatures de ‘’Mahomet’’ dans le monde musulman. Alors que depuis des années, nombre d’ouvrages polémiques et islamophobes ont été publié sur le prophète et sur l’islam. On peut en déduire que les musulmans ne lisent pas. Et c’est vrai pour la grande majorité.

Réagir de manière aussi épidermique comme l’ont fait quelques musulmans renforce au contraire la perception que l’islam est violent, une religion de fanatiques, incapables d’argumenter et de dialoguer. Il suffit de se rappeler du comportement du prophète lorsqu’il fut critiqué, insulté, agressé de son vivant. Il ne répondait que par la douceur et le calme. S’il était violent et susceptible, comme les musulmans d’aujourd’hui, personne n’aurait embrassé son message.

Post-11 septembre : une nouvelle catégorie de littérature et d’ « experts »

Ces dernières années, il est courant d’écrire des livres sur l’Islam avec si peu de rigueur et de les mettre au rang de travaux ‘’d’expertise’’ sous couvert de scientificité et de maîtrise du sujet. On peut qualifier leurs auteurs de tous les diplômes du monde, mais sans aucune vertu comme l’honnêteté, l’équité, et la rigueur dignes d’un chercheur de ce nom, ceux-ci sont voués au ridicule. Il est évident qu’à la lecture de tels ‘’experts’’ le novice n’y verra que du feu. Prenons comme exemples types, Anne Marie Delcambre qui peut s’enfler d’être Docteur d’état en droit, ‘’docteur en civilisation islamique’’, ‘’islamologue’’ et professeur d’arabe au lycée Louis-le-Grand à Paris ; ainsi que Martine Gozlan qui est Grand reporter à l’hebdomadaire Marianne, et enfin Alexandre Del Valle (de son vrai nom Max d’Anna) ‘’spécialiste du monde arabe’’ et de ‘’l’islam’’ ou Professeur de géopolitique à l’Ecole de guerre économique...

En somme, ces livres écrits par ces auteurs subjectifs, prétendus ‘’docteur en civilisation islamique’’ ou autre ‘’spécialiste du monde arabe’’ et de ‘’l’islam’’, ne sont que le reflet des nouvelles crispations et phobies de notre société, de notre temps. Ils ne sont que des livres parmi tant d’autres qui fustigent l’islam jusqu’à l’aveuglement, ne faisant que s’inscrire dans la continuité idéologique de « la guerre préventive » ou « contre le terrorisme » et autre « politique sécuritaire » à l’encontre de ces pays barbares ou de nos « banlieues » qu’il faut mater ; et dans une certaine tradition orientaliste qui n’est autre que la science de la domination, et, l’exaltation de la suprématie de l’Occident sur l’Orient. Faisant de ce dernier son double, son contraire, l’incarnation de toutes ses craintes, de tous ses maux, pour justifier toute l’horreur qui habite chacun de nous, mais sans jamais l’assumer : l’autre c’est l’éternel mauvais et nous les éternels gentils. L’autre représentant toujours un bloc uniforme, tout comme ceux qui affirmeraient que tous les juifs, les « blancs », les noirs... sont mauvais. « Le choc des ignorances », tout comme le soulignait et à juste titre Edward Saïd.

Il est clair que le capital symbolique et la reconnaissance académique et universitaire de ces auteurs de la haine restent faibles si ce n’est nul. Le 11 septembre, les débats sur la loi sur le voile, « l’islamisation » des banlieues, la laïcité menacée, etc., autant de débats, de fantasmes, de peurs, qui ont permis leur éclosion, dans un monde dominé par le libéralisme, la mondialisation et la peur du lendemain. Contexte quasiment analogue à celui du début du siècle dernier qui a permis de justifier le pire. Il suffit de se rappeler des lois, ordonnances, qui ont réduit le statut des juifs jusqu’à leur élimination. Aujourd’hui le Patriot Act aux Etats-Unis, l’exclusion d’imam, de « racailles » en France et de supposés terroristes, et demain ?

Les raisons sociologiques d’une colère ?

Qu’est-ce qui fait que des auteurs puissent écrire de telles choses ? Est-ce leur origine, leur vécu, leur parcours ? Enfants de pied noir ayant hérité du traumatisme de l’expulsion de l’Algérie ? Fréquentation des milieux d’extrême droite, intellectuels exclus du champ universitaires et en mal de reconnaissance et de légitimité ? Est-ce leur foi chrétienne idéalisée et leur vision extrémiste du monde qui les pousse à écrire de telles inepties ?

Quoi de plus à attendre de la part de personnes qui ne sont pas Universitaires, ne travaillant pas au CNRS, ne connaissant pas le terrain et ceux qu’ils accusent, ne connaissant pas la langue arabe si ce n’est à un certain niveau insuffisant pour faire de l’exégèse ou avoir accès directement aux sources, ne connaissant ou ne se fixant aucune rigueur, et n’étant pas à un mensonge et à une approximation près ? Nous sommes loin des livres de Bruno Etienne, Edward Saïd, Jacques Berque, François Burgat, Olivier Roy, Jocelyne Dakhlia, etcetera, qui sont d’un niveau intellectuel et d’une honnêteté, bien plus élevés, et qui apportent des réflexions sur l’islam et les musulmans, plutôt que des accusations haineuses sous couvert de travail de recherche.

Erreurs méthodologiques ou études biaisées ?

L’erreur principale de ces livres, qui n’est qu’une des caractéristiques résurgente de « l’orientalisme de pacotille », consiste à porter un jugement de valeurs, pré-établi et prédéterminé comme universel dans la conscience de leurs auteurs et de leurs lecteurs, sur une aire culturelle donnée, sans prendre en considération le temps, l’espace et tous les outils scientifiques dignes d’un chercheur. La généralisation et l’essentialisme sont leurs points forts. Le pire, c’est lorsque à cela, viennent s’ajouter des sources douteuses et qui ne sont pas utilisées honnêtement par ces mêmes auteurs.

Pour Anne Marie Delcambre, dans son ivre ‘’L’Islam des interdits’’, rien est expliqué à propos des quatre grandes écoles islamiques de droit. Y est mélangé hadith sahih (paroles ou témoignages sur le prophète Muhammad certifiées comme véridiques) et Da’if (non certifiées ou faibles). Tous les versets tirés du Coran et les hadith de la Sunna (les paroles qu’on nous présente), sortis de leur contexte historique et sociologique de l’époque, et à la lumière des événements actuels, relève d’une grave faute méthodologique. Du coup, les versets donnés en exemple sont compris de travers et curieusement très mal traduits par cette prétendue arabisante. Puis, on peut noter aussi que les témoignages et les preuves douteuses font office de référence, tels que celui de la prétendue lettre posthume de Mohammed Attah et d’autres témoignages douteux de la crise algérienne. Pourtant, elle prend le soin de citer en bibliographie des livres tels que celui de Bokhari, ‘’L’authentique tradition musulmane’’, et celui de Bruno Etienne, ‘’Les questions qui fâchent’’, qui permettent d’expliquer et d’éclaircir bien des interprétations et des sources douteuses citées ça et là, à l’emporte pièce dans son livre. Alors, qu’il y a des explications théologiques, des Hadiths, qu’apparemment, elle n’a pas semblée nécessaire d’en tenir compte. Pire, à aucun moment elle n’a fait référence à la Sira ou textes faisant référence à la vie du prophète pour contextualiser son objet d’étude. Tout le Coran est lié aux hadiths qui sont liés à la vie du prophète, enlevé un élément de cette chaîne et voilà que l’on se retrouve dans une lecture intégriste intemporelle et absolue. Erreur fatale venant d’un soit disant expert. Pire, nous attendant, à la lecture de son livre, à un décorticage de la jurisprudence islamique, à la mise en lumière des méthodes d’interprétations des Qaïds (des juges) ou des Fuqaha (juristes), ce qui est la moindre des choses venant de la part d’un Docteur d’Etat en droit, nous nous retrouvons face à une argumentation et à une liste d’affirmations aussi hasardeuses et ignares, que ce que l’on pourrait retrouver dans le bistrot du coin. C’est décevant. L’erreur fondamentale qui lui est préjudiciable, consiste à prendre quelques versets de manière partielle (parce que chaque verset a son explication par le Tafsir basé sur le Hadith), et sortis du message global du Coran, pour en faire l’essence même de l’Islam. En fait, elle a fait une lecture intégriste du Coran. Bon nombre de versets qu’elle interprète ne sont expliqués que d’après sa compréhension erronée. Et, parfois son argumentation surprend tellement, qu’on se demande qu’est-ce qui la motive d’écrire et de vouloir démontrer que l’Islam n’est rien d’autre que « l’intégrisme » ou plutôt un ramassis de haine pure et dure ?

Quant à Martine Gozlan, de la même manière que sa consœur, selon Jean-Michel Cros, (mercredi 24 mars 2004, in Oumma.com) « prétendant communiquer une connaissance sur l’objet de sa recherche, celle-ci ne fait en réalité qu’exprimer une opinion sans hiérarchiser, ni classifier les sources utilisées. Elle a une vision catholique et romaine du monde, qui délégitime tout ce qui n’en ressort pas. Sont cités aussi pêle-mêle des ‘ulama (savants musulmans) et des romanciers, alors que le « témoignage » de ces derniers est valorisé, celui des premiers est mis au second plan, voire délégitimé. Par ailleurs, l’auteur établit ses propres critères de référence, en refusant, pour parler de l’islam, ce que dit l’islam lui-même sur le sujet. Quant à la hiérarchisation des plus authentiques au plus faibles des hadiths (témoignages sur le prophète et ses dires), elle en fait fi. Il est certain qu’avec un hadith (témoignage) faible, dont l’authentification de la chaîne de transmission n’est pas établie, il est beaucoup plus facile de récuser ce que disent les musulmans sur eux-mêmes si on procède au préalable à un « bricolage » intellectuel en assignant l’autre à ce que l’on veut qu’il soit et non à ce qu’il est réellement et ce qu’il en pense. En revanche, les citations tirées de romans sont nombreuses et semblent, à propos de l’islam, avoir une autorité plus grande que les textes canoniques eux-mêmes. De manière plus grave, d’autres auteurs sont cités non pas parce que ce qu’ils écrivent est pertinent, ce qui devrait être le critère de toute recherche, mais parce que leur origine et leur sexe rend pertinent ce qu’ils écrivent. » Enfin, ce qui la décrédibilise totalement c’est son don télépathique ou psychologique, qui nous fait entrer en plein cœur de la conscience d’un « extrémiste fanatique islamiste djihadiste... », pour reprendre la dénomination médiatique qui n’en finit pas, lorsqu’elle écrit : « Les « vêtues-dévêtues » qui offensent les lois de Dieu sont à tout le monde. Eux n’avaient personne. Ils les ont prises, raflées, violées en groupe, torturées, asservies, dépouillées de leurs noms, dénudées pour qu’elles ne puissent pas s’enfuir, assassinées dès qu’elles étaient enceintes. Par dizaines de milliers. Même les voilées, par extension, subissaient le même sort. Même les vierges. Toute femelle n’appartenant pas aux clans des GIA. L’Algérie des intégristes est devenu un immense bordel. Entrez et servez-vous, leur disait-on par fatwa. (...)Le flot ininterrompu des razzias de villages renouvelait la chaire consommable. Plus le voyou du GIA copule avec ses victimes, plus il a envie de faire le Djihad. Le sexe, c’est ce que l’émir lui a promis, en réponse à sa frustration moite de naguère, encore décuplée par la vision haïssable d’un occident permissif et inaccessible. » D’où parle l’auteur ? Qui a apporté cette version ? (Lire ‘’FRANCEALGERIE, CRIMES ET MENSONGES D’ETAT’’ L. Aggoun J.-B. Rivoire, édition La Découverte, qui d’ailleurs le 6 octobre 2005 a été récemment boycottée par le gouvernement Algérien.) Quel est le rapport entre ces faits et l’islam orthodoxe ? Quel est le traitement des prisonniers en islam ? Méconnaissance de l’auteur ou omission ? Les fatwas font-elles offices de commandement, de dogme ? Ces soi-disant musulmans étaient-ils réellement des islamistes du GIA ou bien des geôliers des généraux sanguinaires ? Pourquoi avoir assassinés des villages entiers, femmes voilées ou non, qui ont voté massivement le FIS par un vote contestataire contre le pouvoir militaire qui sévit aujourd’hui encore ? (Lire ‘’La sale guerre’’ Habib Souaïdia, édition La Découverte ou ‘’Qui a tué à Benthala ? Chronique d’un massacre annoncé, Nesroulah Yous, édition La découverte).

De même, pour Alexandre Del Valle et les auteurs de sa trempe, leurs livres ne se basent que sur des tonnes de renseignements tirés des RG et autres services secrets. Ils ne vivent qu’à travers des statistiques, des enquêtes, des documents, etc. Ils sont enfermés, coupés de la réalité, du monde extérieur. Même les musulmans pratiquants ne connaissent même pas l’existence de tous ces mouvements islamistes qu’ils dénoncent et qu’ils semblent connaître via leurs réseaux de renseignements. Enfin n’est-ce pas dangereux de sa part que de n’avoir qu’une vision du monde qu’en terme de guerre, de confrontation, de choc ? Déjà faire des études dans le sens de guerre économique, n’est-ce pas faire un blocage que sur un aspect étriqué de la réalité d’aujourd’hui ?

Discours et motivations politiques derrière le texte ?

Traitons, dans un premier temps du fond ou de l’idéologie que véhiculent ces nouveaux penseurs de la haine. Selon Anne-Marie Delcambre, la distinction entre un islam tolérant, ouvert, pacifique, compatible avec la modernité, et un islam intégriste, fermé sur lui-même, arrogant, violant, sexiste... n’est pas pertinente. Les deux ne sembleraient ne faire qu’un et être indissociables. Pour elle, « l’intégrisme est l’intégralité de l’islam », et vouloir nier la conclusion de ses soi-disant recherches relèverait plus du « politiquement correct » ou du « religieusement correct » que de la réalité. D’après elle, il est fréquent d’entendre dire : « l’Islam est une religion guerrière », « l’Islam impose le port du voile », « les musulmans n’aiment pas les chiens », « l’Islam est contre les images et les statues », « l’islam est contre la modernité », « l’islam déteste l’occident », idées reçues qui perdurent parce qu’elles comportent, nous explique t’elle, une grande part de vérité. En fait, pour elle, qu’on le veuille ou non, tous les musulmans sont prisonniers de leurs textes sacrés, carcan de normes juridiques et d’interdits, et par conséquent inexorablement portés vers la violence et l’archaïsme : affirmation aussi manichéenne et simpliste que n’importe qu’elle thèse essentialiste et raciste. Rien de nouveau à vrai dire. Poussée par l’élan post Ground Zero, Anne-Marie Delcambre ajoute son nom à cette longue liste de ces nouveaux prétendus experts.

Pour Martine Gozlan, elle est passée d’une réflexion type « l’intégrisme n’est pas une fatalité » en conclusion de son livre ‘’Pour comprendre l’intégrisme islamiste’’ (aux éditions Albin Michel) à une idéologie plus tranchée dans son dernier livre ‘’Le sexe d’Allah’’, rejoignant les thèses d’Anne-Marie Delcambre, où elle affirme (p117) que « Ne nous y trompons pas, c’est bien l’amour que ne peuvent regarder fixement ces cohortes fanatiques qui répandent la terreur sur les terres musulmanes » . Pour elle, dans son dernier livre ‘’Le sexe d’Allah’’ (édition le Livre de Poche), le sexe serait le seul critère explicatif de la violence islamiste, rien en ce qui concerne la répression des dictatures, l’invasion américaine en Irak, le conflit israélien qui perdure. Tout ne serait alors que sexe dans la tête de ces Kamikazes ? Pas si sûr, malheureusement.

Tout comme Anne-Marie Delcambre qui s’indigne qu’il existe des Mosquées au cœur même de Rome alors qu’en terre sainte de la Mecque il n’y a pas d’Eglise, Martine Gozlan écrit « pas de confessionnal à Médine ». Pourquoi y en aurait-il eu un, puisqu’il n’y avait que des musulmans ? Quoique aujourd’hui, certainement que les GI’s ou les familles chrétiennes américaines installées là-bas en ont. Il est vrai qu’il n’y a pas d’Eglises officielles en terre sainte chez les musulmans, mais il y a des bases militaires américaines avec leurs aumôniers et leurs pasteurs. Si les italiens sont prêts à recevoir des bases militaires arabes dans leur pays plutôt que des Mosquées, pourquoi pas. Ce qui je pense, déplairait encore plus fortement à nos auteurs et à une certaine Oriana Fallaci.

Quant à Alexandre Del Valle (de son vrai nom Max d’Anna), celui-ci développe dans son livre ‘’Le totalitarisme islamiste à l’assaut des démocraties’’ (éditions des Syrtes), des thèses fantasmagoriques insoutenables qui n’ont rien à envier à un Mussolini ou à un Franco. Il affirme que la tolérance musulmane, le pluralisme, l’expérience andalouse, l’âge d’or islamique, etcetera, ne sont que des mythes. Explicitant à travers son ouvrage (‘’Le totalitarisme islamiste à l’assaut des démocraties’’) qu’il n’y a pas de solutions avec ces barbares qui ont soif de chaos et d’islamisme. Et que les démocraties doivent trembler lorsque des fous comme le Cheikh Omar Bakri ou Adel Smith qui déclarent que le drapeau de l’islam flottera sur toute l’Europe. Peut-on prendre au sérieux de tels propos ? En ont t’ils les moyens ? L’Amérique malgré ‘’sa victoire’’ en Afghanistan et en Irak, a t’elle réussi à planter son drapeau sur le cœur de ceux quelle a bombardé, humilié, écrasé ? On ne gagne pas des cœurs par la guerre et les menaces, et surtout pas par le terrorisme, mais bien par des projets de changements, de paix, et de prospérité, le tout sous couvert d’amour, de fraternité !

Le thème récurrent qui ressort à travers ses livres donc, vieux remake des slogans d’extrême droite, est que les musulmans fomentent des coups machiavéliques à l’encontre de notre chère Europe afin de la contrôler, comme ce que disait Hitler autrefois à propos des juifs. Pour lui ça commence par des revendications de porter le voile à l’école, puis la consommation de viande Hallal à l’école, la prière ici ou là, etc. (voir article de piotr Smolar dans le Monde.fr du 05/07/04 ‘’Les RG constatent un phénomène de repli communautaire dans la moitié des quartiers sensibles surveillés’’) Le spectre du terrorisme et de l’islamophobie apparaît comme une évidence et les généralisations et les amalgames aussi. Grossièrement on pourrait y voir un cheval de Troie islamiste à l’assaut de la citadelle Europe, d’ailleurs comme le titre de son dernier ouvrage ‘’La Turquie dans l’Europe, un cheval de Troie islamiste ?’’. C’est le chien qui n’en finit pas de se mordre la queue.

Enfin ce que l’on retrouve très souvent dans les écrits de ces auteurs c’est la résurgence du thème de la dhimmitude ou du statut des minorités chrétiennes et notamment juives, souvent corroborées par les thèses de Bat Yor. Pourquoi depuis le 11 septembre sont mises en avant de tels rappels historiques qui n’ont rien de comparable avec le sort fait aux juifs dans la chrétienté et notamment sous Vichy et les nazis ? Si les minorités en terre d’islam ont souffert à des moments donnés cela est lié à des contextes historiques : soit une défaite musulmane contre les chrétiens, soit la mise en place d’un nouveau régime dynastique, etc. Cela fut l’exception plutôt que la règle. Il suffit de lire des ouvrages comme ceux de Bernard Lewis, Georges Corm, Franco Cardini, Jack Goody, Esther Benbassa, Sigrid Hunke, etc., pour comprendre que les minorités étaient parfois investies des postes hiérarchiques les plus importants, qu’ils pouvaient commercer, étudier, pratiquer leur culte... Qu’il y avait une certaine harmonie. Et si ces thèses étaient réellement vraies nous aurions eu une littérature importante allant dans ce sens, et nous l’aurions su depuis fort longtemps.

« Pendant que les juifs Andalous menaient une vie libre, raffinée et savante, leurs coreligionnaires dans les autres contrées de l’Europe subissaient des mesures antijuives draconiennes. Il n’y eu aucun âge d’or pour eux : ni philosophes, ni poètes, ni savants. Rarement épargnés mais souvent classés, pillés, convertis de force et même massacrés : ils ne connurent aucun répit. Tantôt accusés de tuer des enfants chrétiens, tantôt mis responsables de l’expansion de la lèpre ou de la peste ; ils furent traqués, humiliés et finirent, dès la seconde moitié du XIV siècle, isolés dans des quartiers séparés qu’on allait appeler par la suite « ghettos ». Il faut « restreindre les excès des juifs afin qu’ils ne lèvent plus la tête, sur laquelle pèse le joug de l’esclavage perpétuel (...) ils doivent se connaître comme les esclaves de ceux de la mort du Christ a libéré alors qu’elle asservissait les juifs » écrit le Pape Innocent III. » (Leïla Salam ‘’Juifs et arabes : histoire d’une symbiose’’ in Oumma.com)

Contrairement aux chrétiens, les musulmans n’avaient nul ressentiment, nul esprit de vengeance à l’égard des juifs, puisque le Coran ne reconnaît pas la crucifixion et la mort de Jésus. Ce dernier aurait été confondu par un autre selon la tradition musulmane. Et puisque enfin le prophète Muhammad avait réalisé sa prophétie, à savoir propager le message de Dieu à l’humanité. C’est pour cela que les juifs étaient mieux lotis chez les musulmans, et d’ailleurs ils le sont restés jusqu’au XXème siècle.

En effet, il a existé et il existe même une culture judéo-arabe, que ce soit par le passé, et au Maghreb aujourd’hui encore, où les traditions, l’architecture, l’art, et la gastronomie ont été fortement imprégnées. Pourquoi existe t’il aujourd’hui cette volonté de dénoncer le statut de dhimmitude par ces auteurs, seulement sous l’aspect étriqué que nous en donne Bat Yor ? Est-ce lié à la réalité et au contexte au Proche Orient que vivent des millions de palestiniens, afin de dire en quelque sorte, en substance, « Oui si nous vous traitons de la sorte, c’est parce que vous nous avez traité de même » ? Bel exemple de sagesse !

Omission du contexte historique ?

Puis Anne-Marie Delcambre nous explique que Martine Gozlan écrit dans son livre, qu’il y a deux Mahomet, celui de la Mecque et de Médine. Le premier, fasciné par l’exemple de Jésus, attiré par la prière, sensible à la tendresse et à la douceur, et le second qui va se montrer parfois cruel, rancunier, conquérant, polygame. A cela, elle explique que Mahomet, dès son installation à Médine, y multiplia les assassinats politiques pour ériger son empire. De cette façon stratégique nous dit-elle, dans la terreur et le sang, il aspirait à créer le premier Khalifat.

Même si cela est vrai qu’il était devenu polygame et qu’il avait du faire usage de la force, pourquoi s’en étonner, alors que Salomon ainsi que David l’ont fait aussi, et bien d’autres. Mais Muhammad (et non Mahomet qui n’est qu’une retranscription malhonnête) n’était pas un guerrier à la base, plutôt un commerçant. Car c’était le contexte qui l’avait poussé à s’exiler et à prendre les armes. L’auteur aurait dû relever ce fait historique capital. En effet, à aucun moment, elle n’a rappelé le contexte particulier et difficile dans lequel se trouvait le prophète Muhammad et ses quelques fidèles compagnons hommes ou femmes, et esclaves, persécutés à la Mecque à cause de leur croyance en un Dieu unique.

Sachons que tout le monde connaissait Muhammad depuis son enfance pour sa sincérité, son honnêteté, sa modestie, sa douceur, etc. Mais dès qu’il commença à prêcher ce qu’il entendait venant du ciel par l’entremise de l’ange Gabriel, tout à coup il dérangea. Comme le dit si bien le proverbe, « nul n’est prophète en son village », et Muhammad n’avait pas dérogé à la règle. Les Quraychites (tribu dirigeante de la Mecque) savaient dès le début que le prophète Muhammad était déterminé à aller jusqu’au bout de sa prédication. Malgré l’offre que lui avaient soumise les dignitaires de la Mecque __à savoir, faire de lui leur roi__ il s’y refusa catégoriquement en répondant : « même si vous me donniez le soleil dans ma main droite et la lune dans ma main gauche, je ne renoncerais pas à ma mission. » Pourquoi représentait-il une menace ? Avec sa nouvelle religion, cette même religion que l’on stigmatise aujourd’hui, il risquait de mettre en péril le commerce qu’engendraient les divinités de la Mecque et qui attiraient des milliers de pèlerins. Remplacer tous ces dieux matériels pour un dieu unique et immatériel, c’était inconcevable, car les Quraychites y voyaient la perte de leur rayonnement, de leur prestige, et surtout de leurs privilèges. De plus cette nouvelle religion qu’apportait le prophète Muhammad, donnait à tous les hommes et à toutes les femmes, le même statut. Tous sont égaux devant Dieu. Seule la piété les différencie. Par la suite, le statut des femmes s’est durci, mais était-ce le prophète de l’islam qui l’avait encouragé ? Non. Or, de même que le fameux esclave noir Bilal, le célèbre Muezzin de l’islam, qui devint l’un des personnages clés dans la propagation de cette nouvelle ère, les musulmans trouvèrent dans cette religion des droits auxquels ils n’avaient jamais espéré. L’Islam encourageait l’affranchissement de tous les esclaves, pour cesser avec cette tradition archaïque et multimillénaire. Il est vrai que cette règle, à travers le temps et l’espace, ne fut pas respectée par tous, de même que le statut de la femme. D’ailleurs l’esclavage moderne, tenir en « otage » en confisquant le passeport et ne pas payer des femmes de ménages issues de pays asiatiques ou africains, les accuser d’adultère alors qu’elles ont subi un viol, etc., existe même en Arabie Saoudite où la ‘’Charia’’ n’est appliquée qu’à l’encontre des pauvres, alors que les riches familles arabes sont épargnées. Cela est certes condamnable ! Est-ce l’Islam des origines et des textes ? Non.

C’est pour cela qu’à l’époque de l’islam originel l’espoir touchait même les plus démunis, les opprimés, et les délaissés. Les Quraychites l’avaient compris : un nouveau Spartacus menaçait la Mecque.

A partir de ce moment, de la Mecque jusqu’à Médine, les tentatives d’assassinat à l’encontre du prophète de l’islam et de ses disciples, ne cessèrent plus. Ils durent s’exiler, après avoir subi l’embargo total, jusqu’à l’interdiction qui leur a été imposée par les maîtres de la Mecque, à savoir, de ne plus se marier avec les autres habitants non musulmans de la ville, et de divorcer de leur conjoint qui ne partageaient pas leur conviction. Leurs habitations furent détruites et marquées de traits de peinture, leurs biens confisqués, rappelant étrangement plus tard, la discrimination à l’égard des juifs au début du siècle dernier. Leurs caravanes et leurs commerces furent attaqués par les Mecquois : ce qu’on appelle des razzias et qui n’est pas consubstantiel à l’islam. Contrairement à ce qu’avance l’auteur, la razzia ne préfigure pas ce que sera plus tard le Djihad. Ce dernier est polysémique et ne peut être réduit qu’à l’aspect matériel.

L’auteur écrit, je cite : « Le djihad traduit traditionnellement par guerre sainte__ est devenu un enjeu idéologique. La plupart des intellectuels occidentalisés ne veulent pas que l’on parle de l’aspect belliqueux et ne retiennent que le sens étymologique : « combat contre ses propres passions ». Mais pour les intégristes musulmans, le Djihad est pourtant bien un combat, une guerre. (...) c’est ce qu’affirme l’écrivain égyptien Saïd Al-Ashmawy : « le terme dépasse le simple sens moral pour inclure la lutte individuelle et collective contre les païens de la Mecque. Il y a deux sens dans le mot Djihad, mais on ne peut nier que dans l’histoire de l’islam, c’est le sens matériel et guerrier qui l’a emporté. A Médine de 624 à 630, on assiste à une glorification de la razzia, avec parallèlement, dans la révélation coranique, sa justification et sa réglementation. » P.21-22

On peut se demander de quel aspect belliqueux fait-elle allusion, sachant la réalité du contexte lors de la révélation ? Et comment alors ne pas comprendre la réaction des musulmans persécutés, sachant la loi du talion « vie pour vie, œil pour œil, dent pour dent, main pour main, pied pour pied » qui prévalait à l’époque ? Elle affirme que pour les intégristes musulmans, le Djihad est pourtant bien un combat, une guerre. Si cette dernière est juste, défensive, pourquoi pas ? Là est le véritable débat : peut-on aujourd’hui résister contre des régimes dictatoriaux et autoritaires, contre un impérialisme américain qui est pour le contrôle des ressources énergétiques et géostratégique au détriment du droit (guerre en Irak contre l’opinion publique et l’ONU), sans être taxé d’islamiste ou de djihadiste ? Alors que des contingents venus des quatre coins du monde vont faire leur service militaire en terre promise, personne ne s’en offusque... Et si la France se trouvait attaquée, trouverions nous ‘’intégriste’’ le fait que des milliers de ressortissants français résidant à l’étranger viennent la défendre ? Pourquoi cette différenciation de jugement ? N’est-ce pas la parole du « dominateur » contre celle du « dominé » ?

Enfin, oui le Djihad qui reste dans l’esprit des musulmans est d’abord celui d’effort contre ses passions, contre l’injustice, et enfin de guerre défensive (comme actuellement pour les habitants d’Irak ou d’Afghanistan). Quant à l’affirmation de Saïd Al-Ashmawy, « c’est le sens matériel et guerrier qui l’a emporté », cela se discute. En réalité, durant plus d’un millénaire, les musulmans se sont plus fait la guerre entre eux que pour se défendre des ennemis extérieurs.

L’Islam des textes pour l’antisémitisme ?

Quant à la théorie d’Anne-Marie Delcambre sur le fait que les musulmans ont une haine viscérale des juifs et des non-croyants, cela est à nuancer fortement. Les versets qu’elle nous donne vont à l’encontre de sa démonstration. L’Histoire et les textes fondateurs coraniques en témoignent. En effet, Anne-Marie Delcambre qui se dit pourtant professeur d’arabe, traduit sciemment les versets d’une manière qui n’est pas digne de quelqu’un d’honnête. Elle fait la remarque, que le Coran use de « diatribe », « d’imprécation », « d’exécration », « d’anathème » à l’encontre des juifs, et que le terme « ô fils d’Israël ! » revient 41fois (et alors ?), et qu’il est suivi le plus souvent de reproches et de malédictions ( ?). Quant aux « diatribe, imprécation, exécration, et anathème », pas le moindre exemple pour illustrer son propos ou pour étayer sa démonstration. Et ce qu’elle n’explique pas, c’est que ces reproches sont plutôt des conseils que Dieu donne aux juifs contemporains de Moïse. Dieu ou Allah leur ferait la morale et les inviterait à ne pas faire les mêmes erreurs que les peuples qui les ont précédé. Quant aux reproches, Moïse lui-même les faisait à son peuple, tout comme Muhammad aux arabes Quraychites de la Mecque, ainsi que tous les messagers prophètes antérieurs des écritures comme Jésus, Abraham, Moïse... Quant aux malédictions, celles-ci ne sont adressées par Dieu qu’aux incrédules, aux négateurs, aux menteurs, aux hypocrites, etcetera, quelles que soient leurs origines et leur confession, musulman ou non.

Elle nous écrit : « Les juifs sont maudits dans la Sourate 4, v. 154/155 : « nous les avons maudits parce qu’ils ont rompu leur alliance avec Nous, parce qu’ils ont été incrédules, parce qu’ils ont tué sans droit les prophètes. » Alors que dans le Coran y est écrit : Nous avons redressé au dessus le Mont Tor en échange du pacte qu’ils ont contracté et Nous leur avons dit : « Franchissez la porte prosternés ! » Nous leur avons dit ne commettez pas d’agressions pendant le sabbat » et nous avons pris sur eux un pacte de grosse importance. » Le Coran dit bien Wa rafa’na fawqahoum Tora : nous avons dressé au dessus d’eux Tor (le mont) et non « nous les avons maudits ».

Pour les musulmans, les juifs qui étaient restés fidèles à leurs écritures, à Moïse, et à Dieu, sont un exemple à suivre au niveau de la piété. Quant à ceux qui ont dévié, ils ne sont pas maudits ou incrédules ou faussaires et j’en passe, parce qu’ils sont juifs, mais parce qu’ils n’ont pas respecté les injonctions divines. Il suffit de connaître l’arabe ou de lire le Coran fidèlement traduit pour s’en convaincre. L’erreur que font certains orientalistes et les ignorants intégristes, c’est de prendre les versets où Dieu parle en son nom, du châtiment de l’au-delà, pour en faire la justification et la preuve des exactions ici-bas. Comme dans les deux autres religions monothéistes Dieu ne jugera qu’après la mort. Donc, aucun musulman digne de ce nom n’a le droit de juger qui que ce soit par rapport à sa foi en Dieu. De même, on ne peut utiliser les versets du Djihad (de l’effort de défense) en dehors du contexte d’une guerre d’agression à l’encontre de son pays, de sa population, et de sa religion.

Puis l’auteur persiste dans son mensonge : « Sourate 4, v. 155/156 : « Nous les avons maudits à cause de leur incrédulité pour avoir dit contre Marie une immense infamie. » Sourate 4, V. 156/157 : « Nous les avons maudits pour avoir dit ‘’nous avons tué le Messie, Jésus, fils de Marie, l’apôtre d’Allah !’’ alors qu’ils ne l’ont ni tué ni crucifié mais que son sosie a été substitué à leurs yeux. » Alors que le Coran encore une fois dit : Puis ils rompirent le pacte, cachèrent (renièrent) nos versets, tuèrent les prophètes en transgressant la vérité (venant d’eux), et leurs paroles furent « nos cœurs sont imperméables à ce quoi tu nous invite ». Mais c’est plutôt Dieu qui a scellé leur cœur à cause de la vérité qu’ils cachaient, et ils ne croient que très peu. » Et par leur négation (qu’il cache la vérité), par leurs paroles, ils dirent sur Marie d’énormes mensonges. » Et ils dirent, nous avons tué le Messie Jésus (‘Issa) fils de Marie (Mariama) messager de Dieu. Ils ne l’ont ni tué, ni crucifié, mais Nous leur avons fait ressemblé à quelqu’un. Et ils furent en désaccord à son sujet, ils n’avaient aucune science (ou connaissance) sur son identité sauf une ressemblance, et ils ne l’ont pas tué pleinement convaincus. » (Traduction personnelle) Les termes incrédulités, malédiction, ne sont mentionnés nul part dans ces versets. Tout arabophone honnête peut le confirmer. Il suffit de lire le Coran en arabe ou des traductions honnêtes du Coran, pour en être convaincu. Ici, ce qui gêne davantage l’auteur, c’est que le Coran s’attaque au dogme catholique qui affirme que Jésus a été crucifié. En l’occurrence, les termes traduits par « nous les avons maudits » ou « à cause de leur incrédulité » sont soit le produit d’un sentiment personnel de sa part, soit une forte imagination de ce qu’elle attribue aux soi-disant « intégristes islamistes », soit une ignorance totale de la langue arabe.

Critiques théologiques douteuses

Anne-Marie Delcambre écrit dans son chapitre VIII (l’Islam et les animaux) corroborant le chapitre XI (l’Islam et la sexualité) : « Lors de l’attentat du 11 septembre 2001, on aurait découvert que le chef de ceux qui se sont jetés sur les tours, Mohammed Attah, aurait laissé des dispositions testamentaires disant : « Pour mes funérailles, je ne veux pas d’êtres impurs, c’est-à-dire animaux et femmes. ». Elle écrit un peu plus loin : « Il se montre conforme à ce que dit l’Islam des textes sur l’impureté du chien et de la femme qui a ses règles. » Puis quelques lignes plus loin, elle écrit : « (...) qui a le mieux compris les conséquences possibles d’un geste considéré comme purement religieux et inoffensif. Parlant de l’égorgement annuel en commémoration du geste abrahamique, Meddeb déclare : « La célébration de ce symbole rend familière au sujet de l’Islam la scène du râle qui accompagne la gorge tranchée. Suite à ce geste, l’enfant que j’étais voyait le sang fumant de la bête se déverser jusqu’à la dernière goutte (...). Je ne pus m’empêcher de penser à cette commémoration du geste abrahamique lorsque nous parvint d’Algérie les scènes d’égorgements de familles entières, œuvre du GIA,... » » De même que dans le chapitre V (l’Islam et la femme) elle décrit les scènes qui ont eu lieu en Algérie où il y a eu des massacres de femmes seules, battues agressées, violées, mutilées, considérées par les musulmans selon elle, comme des « putes », des « dévergondées », qu’elle oppose au mariage, qui lui est considéré par le Coran et ces derniers comme licite, apportant tendresse et miséricorde.

Elle explique avec des versets qu’elle n’a apparemment pas compris, dans son chapitre XI (l’Islam et la sexualité) que selon le Coran, il ne faut pas s’approcher de la femme pendant ses règles (Sourate 2, verset 222) avec comme ‘’preuve’’ un présumé testament de Mohammed Attah. Le pire, c’est qu’elle réussit par analogie à nous faire croire que chez les musulmans, les chiens et les femmes sont des êtres impurs. Ce qui est inexact. En effet, le chien n’est impur qu’à cause de sa salive et lorsque les musulmans partent à la chasse avec cet animal, ils portent des habits adéquats. Celui-ci sera logé de préférence dans une niche. Mais en aucun cas, un musulman ne peut pas s’amuser avec son chien et l’aimer. Ajouter à cela, certains jeunes dans nos banlieues qui se définissent comme musulmans aujourd’hui, possèdent un ou plusieurs Pit-Bull. A la campagne au Maghreb presque tous les éleveurs possèdent des chiens, qu’ils bichonnent. Que dire des chinois qui les mangent ? Faut-il pour autant s’inquiéter du péril jaune ? Soyons sérieux. Quant à la femme selon le Coran (Sourate 2, verset 222), s’il est dit de ne pas approcher sa femme en période de règle, ce n’est qu’en terme de rapport sexuel, de pénétration. Mais à comprendre l’explication de l’auteur qui s’appuie sur la lettre d’un terroriste, c’est comme si elles étaient mises en quarantaine. Alors que les témoignages ou Hadiths d’Aïcha (épouse du prophète) à l’appui, tirés du livre Al-Bukhari, __qu’elle cite pourtant dans sa bibliographie !__, confirment le contraire : « Le prophète que Dieu lui accorde la grâce et la paix, récitait le Coran en appuyant sa tête sur mon giron, alors que j’avais mes menstrues. » « Il me signifiait lorsque j’avais mes menstrues de me revêtir d’un drap afin qu’il jouisse de mon corps (...) Puis pendant sa retraite spirituelle, il me tendait sa tête pour la laver. » Si Anne Marie Delcambre connaissait un peu plus l’islam, et qu’elle faisait un peu plus preuve d’honnêteté, elle saurait que non seulement les femmes qui ont leurs menstrues couchent avec leur mari en terre d’islam, qu’elles peuvent assister à un prêche en pleine Mosquée (Beït Allah ou maison de Dieu) considérée par les musulmans comme l’un des lieux les plus sacrés et le plus pur, sans parler du pèlerinage à la Mecque qui est effectué en général durant un mois et la ‘omra (visite des lieux saints ou petit pélerinage). Et pour ce qui est de l’argumentation, que chez les musulmans les femmes vivant seules, sont considérées comme des « putes » ou des « dévergondées », il faudrait savoir que les femmes du prophète après la mort de celui-ci, restèrent seules et ne se remarièrent plus jamais, et étaient considérées comme les plus pieuses. Le livre tout entier est rempli d’inexactitudes et de mensonges, indignes d’un Docteur d’Etat en droit, et qui remet gravement en doute ses qualifications de professeur d’arabe, de Docteur en civilisation islamique et islamologue. Décortiquer la totalité de son pamphlet n’est pas l’objectif de ces paragraphes.

Un habit scientifique du néo-fondamentalisme chrétien ?

Lorsqu’Anne-Marie Delcambre souligne que le message de l’islam à travers le Coran, n’est pas celui de l’Evangile dans son livre ‘’L’Islam des interdits’’ : l’un est un message de haine et l’autre d’amour. Elle fait preuve, soit de méconnaissance de son sujet, soit d’une naïveté sans pareil, et enfin soit de la plus pure hypocrisie. En effet, les Evangiles rendent la femme responsable du pêché originel et de tous les maux, et ceux-ci sont truffés de passages traitant du statut inférieur de la femme, de sanction en cas d’adultère, de captives de guerres, de conquête de villes, de génocides, d’exterminations, de trahison et d’assassinats de Prophètes, de purification et de partage de butins, d’interdictions sexuelles, de contrainte vestimentaire des femmes, de reproches faits aux juifs (cf, la polémique sur le film ‘’la tentation du Christ’’ de Mel Gibson) , déclaration de Paul aux juifs de Rome, complot des juifs contre Paul, etc. Il suffit de lire la Bible de Jérusalem pour s’en convaincre. Et puis aujourd’hui même, le président Bush ne justifie t’il pas ses actes au nom de Dieu et des Evangiles, attendant l’Armagedon ? (‘’Le monde secret de Bush’’, Eric Laurent, Edition Plon) Les colons israéliens ne justifient-ils pas la création de territoire en Cisjordanie au nom de la Torah immuable et contre toutes résolution de l’ONU ? S’il faut pointer les intégristes, faisons le vraiment, tous sans exception !

D’ailleurs, le dernier ouvrage d’Anne-Marie Delcambre en collaboration avec Joseph Bosshard, à savoir ‘’Enquêtes sur l’Islam’’ édition Desclée de Brouwer, est révélateur de cette subjectivité. En effet, elle écrit (p19) « Mahomet est attaqué par tous les auteurs chrétiens médiévaux (peut-être en fait-elle parti ?) comme faux prophète (...) les canonistes ne s’amusaient pas à jeter discrédit sans raisons (rappelle t’elle). Pour eux Mahomet n’a accompli aucun miracle, il a passé « sa vie dans le mal » et dispensé des enseignements contradictoires. Ils estiment en leur âme et conscience que le fondateur de l’islam est un faux prophète, un loup déguisé en agneau. Mahomet est un homme de vice et de débauche car, comme le dit Saint Jérôme, « l’Esprit ne touche pas le cœur des prophètes dans l’acte sexuel ». (Abraham, David, Salomon, Moïse... n’étaient ils pas mariés, voire polygames ? Et Loth qui a commis l’inceste selon la Bible, donne de quoi s’interroger sur la remarque de Saint Jérôme). En fait, ce qui choque les auteurs chrétiens du Moyen age, c’est la sexualité débridée de Mahomet (...) mais pourquoi les auteurs musulmans ont-ils éprouvé le besoin de faire de Mahomet le modèle de la virilité ? (...) Peut-on en faire un prophète digne d’admiration ? Vantardise, exagération des textes musulmans que l’on peut juger, après coup et avec nos critères, (lesquels ? Ceux d’une néo-fondamentaliste catholique ?) un peu ridicules, d’autant que ces prouesses sexuelles ne sont pas mentionnées dans le Coran ».

Là, il est intéressant de voir que l’auteur oublie que le Coran est une révélation selon les musulmans, et les hadiths sont les témoignages sur les dires et faits et gestes du prophète, plus ou moins vérifiés selon leur classification (Da’if / Sahih) et leur authentification, ce que nul ne conteste d’ailleurs. Pourquoi est-ce que le Coran contiendrait toute la vie du prophète comme elle semble le souhaiter ? Il existe des livres pour cela : Sîra ou biographie du prophète. On dirait que l’auteur ne le sait pas, pensant qu’en islam tout est compris et cité dans le Coran, l’équivalent de la Bible chez les chrétiens.

Pour mettre encore plus en valeur son « christiano-centrisme », elle écrit : « Nicetas de Byzance reproche à Mahomet son ignorance : « Mahomet est un homme fort ignorant de la théologie, des écritures juives et chrétiennes. Il confond les personnages bibliques, en prenant l’un pour l’autre. Il confond Marie mère de Jésus avec Marie sœur de Moïse. » Cela va encore plus loin parce que Joseph Bosshard et elle-même consacrent sur ce livre aux aspects scientifiques douteux, un article d’Edward-Marie Gallez, page 139, sur le sujet de la concordance des personnages bibliques et coraniques. Ils prennent comme postulat que la Bible est plus authentique que le Coran, puisque antérieure. Alors, que scientifiquement parlant sur la base de la datation au carbone 14, les textes bibliques sont postérieurs à l’événement christique bien des années plus tard, si ce n’est des siècles. Ce qui peut remettre en doute, leur authenticité. Elle cite aussi Christophe Luxemberg qui explicite des versets du Coran à partir du syriaque. Celui-ci affirme que le prophète aurait eu connaissance de versets d’écritures chrétiennes et juives antérieures (en araméen ou autre arabo-syriaque), qu’il aurait retranscrit dans le Coran, affirmant que les Houris seraient les raisins blancs de la Bible, etc. Ces théories fumeuses sont aussi douteuses, que si l’on affirmait quelques siècles plus tard, que la constitution française n’était pas écrite en français mais bien en latin, parce qu’il y aurait des termes d’origine latine.

Là, nous ne trouvons plus dans le champs académique ou de la science et de la recherche mais bien dans celui de la croyance et du prosélytisme. Nous n’avons plus à faire à une experte en islam mais à une néo-fondamentaliste chrétienne convaincue, ou du moins, une laïque de culture judéo-chrétienne pour qui seule les textes bibliques restent dignes d'être pris en considération.

Enfin, la quintessence de la pensée Delcambrienne pourrait être résumée en cette phrase d’Antoine Moussali qu’elle cite en conclusion de son dernier livre ‘’Enquêtes sur l’Islam’’ : « Comment dialoguer avec l’islam qui refuse énergiquement la Trinité, l’incarnation, la rédemption, tout ce qui constitue l’essence même du christianisme ? »

Voilà mis en évidence, les habits scientifiques du néo-fondamentalisme catholique.




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