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De la violence « barbare » à la violence « civilisée » ?

Par Un kärchérisé de la République :: 14/07/2007 à 14:28

De la violence « barbare » à la violence « civilisée » ?



Durant de longues années, et aujourd'hui encore, il nous arrive souvent d'entendre, voire de discuter du thème de la violence, et de ses corollaires: la guerre, la rébellion, l'insécurité, la délinquance, le sexisme, le racisme, l'antisémitisme, l'homophobie, les viols collectifs, le terrorisme, etc.

Mais de plus en plus, celle-ci ne semblerait caractériser que les jeunes issus de l'immigration africaine et maghrébine en France 1, tout comme les noirs aux Etats-Unis. Souvent y est associée une raison ethnico-religieuse, dont la cause semblerait être liée à la nature de l'islam 2. Ceci a été maintes fois repris par les médias 3 de manière systématique et en raisonnance aux événements internationaux, tels que le conflit israélo-palestinien, la guerre au Liban, le terrorisme islamiste, etc.

Très souvent on objecte à ceux qui ne seraient pas d'accord, le fait que si l'occident a usé par le passé ou use encore de nos jours de violence, c'est que celle-ci est nécessaire, nous dit-on, contrôlée, intellectualisée, réflechie, étudiée, débattue au sein d'assemblées telles que l'ONU, pour le bien, nous dit-on, de ceux qui en seraient les ''bénéficiaires'' (exemple, les afghans, les irakiens, etc). L'Occident seul, semble avoir la sagesse requise pour se doter de bombes nucléaires, d'armes de destruction massive, etc. Faisant fi, des milliers de morts d'Hyroshima et Nagasaki: simple détail de l'Histoire?

Or, qu'est-ce qui fait que ces représentations d'un islam violent, conquérant, persistent, alors que le monde arabe vit une crise interne qui dure depuis des siècles? Et que corrélativement, la violence que produit l'Occident, au moins violence symbolique, dont les effets indirectes sont biens réels, n'est pas perçue comme telle ?


____________


La violence __thème qui a inspiré bien des penseurs, des philosophes, des historiens, des sociologues, des anthropologues, des psychanalystes… et autres chercheurs quelque fut leur spécialité__ parcourt le temps et l’Humanité, jalonnant l’Histoire de conflits, de guerres, de révolutions, et autant de dates mémorables, voire tragiques.


La violence définit le caractère de ce qui se manifeste, se produit ou produit ses effets avec une force intense, extrême, brutale. Elle peut être émancipatrice ou destructrice. En effet, elle peut avoir des significations radicalement opposées selon les situations et les intentions des acteurs.


A la violence est souvent assimilée la démesure : du latin violentia, elle peut caractériser l’abus de la force ; mais elle peut renvoyer aussi à violare que l’on peut traduire par « violer » ou « agir contre » ou « enfreindre une loi et l’espace des autres ». Déjà chez les grecs, la violence ou hybris, caractérisait l’abus de la puissance, la profanation de la nature, ainsi que la transgression des lois les plus sacrées.


Cependant, Galliclès avait montré dans le Gorgias, que cet excès n’est que l’autre nom du désir. Chez Freud au contraire, l’Homme est foncièrement agressif, voire cruel.


Dans les religions monothéistes (judaïque, chrétienne, islamique) la violence est considérée comme le fruit de l’orgueil symbolisé par Satan, qui refusa de se plier aux injonctions divines, à savoir, se prosterner devant Adam. Qui lui-même ainsi que Eve seront tentés par celui-ci, mangeant du fruit défendu ou le symbole de la désobéissance, afin de déchoir du paradis, perpétuant ainsi sur cette terre le modèle du bien contre le mal.


Dans toutes les tarditions religieuses ou non, la violence est une tension naturelle et nécessaire : le yin et le yang. Elle est la preuve même du libre arbitre : la reconnaissance ou la désobéissance envers le créateur, l'autorité. Contrôler son ego, se contrôler, se retenir, requiert une certaine maîtrise de soi, qui implique une forme de violence : lutter contre son avidité et sa cupidité, qui ne sont que des désirs naturels, implique de lutter contre soi-même. De même que, laisser libre court à ses passions, peut provoquer une certaine violence, si celles-ci ne sont pas régulées, encadrées, délimitées, dans le respect des autres. D’où l’adage « la liberté s’arrête là où commence celle des autres ».


En effet, la violence paraît inhérente à l’Homme, constitutive même de sa nature, tout comme la notion de bien et de mal. Mais comme le remarque François Jullien 4, celle-ci fait l’objet d’un jugement, qui est l’exclusion. Je dirais même, l’exclusion de nous-même en quelque sorte : occulter notre propre violence et la projeter sur l’Autre. Ce que le monde animal ne distingue pas par ailleurs, certainement par défaut de conscience, et mu par la logique de la chaîne alimentaire et de sa nature prédéterminée : herbivore, carnivore, etc. Il n'accusera pas l'autre d'être violent, car c'est la loi de la survie, de la nature.


La violence peut être appréhendée sous deux aspects chez l’Homme : légitime et illégitime, qui induisent le respect ou le non-respect de la loi. Ce qu’on ne dit pas ou ce qu’on oublie, c’est que la loi a été élaborée à travers les âges, les traditions, les coutumes, les religions, autant de traces vivantes des siècles passés ; en somme, incluse dans un processus historique, et écrite ou déterminée par les plus forts. Et c’est ce qui caractérise l’Homme des autres espèces. Comme le soulignait si bien Pierre Bourdieu 5 : « Ainsi, le seul fondement possible de la loi est à chercher dans l’histoire qui, précisément, anéantit toute espèce de fondement. Au principe de la loi, il n’y a rien d’autre que l’arbitraire (au double sens), la « vérité de l’usurpation », la violence sans justification. L’amnésie de la genèse, qui naît de l’accoutumance à la coutume, dissimule ce qui s’énonce dans la brutale tautologie : « la loi, c’est la loi, et rien davantage ». »


Quoiqu’il en soit, la violence est souvent la conséquence d’une injustice. Selon Michel Wierviorka 6, elle peut-être aussi la manifestation d’une fêlure, voire d’une fracture du sujet, dans les moments où le sens se dérobe, se distord ou s’emballe.


Elle permet aussi la dissuasion, l’équilibre des forces 7, comme lorsque le bloc soviétique et le bloc occidental se faisaient face, pendant la guerre froide.


La violence a été représentée, symbolisée dans toutes les civilisations, renvoyant l’autre aux marges de l’Humanité : le barbare sans foi ni loi. Elle n’était pas encore analysée comme de nos jours de manière sociologique, politique, historique, etc. Elle était perçue comme l’essence même de l’autre.

Tout comme les observateurs musulmans de l’époque des croisades qui percevaient les croisés chrétiens comme des Franj (Francs) 8, des infidèles qui pillèrent et massacrèrent en Terre Sainte (Jérusalem) au nom du Christ durant deux siècles ; les chrétiens de la même manière, voyaient en l’Islam un ennemi héréditaire, qui avait conquis l’Espagne, la Sicile et était arrivé jusqu’à Poitiers.

Mais cette incursion hégémonique de l’Occident, du XVIIIème jusqu'à nos jours, marquait le début d’une longue période de dépendance du monde musulman ou non-musulman 9: colonisation, pseudo-indépendances, françafrique, tiers-monde ou pays en voie de développement, le tout sous couvert de dette, et de corruption, de despotisme, etc.


Mais alors, pourquoi cette persistance dans la représentation de la violence arabo-musulmane, comme étant l’incarnation même de la « violence barbare » ; contrairement à celle occidentale qui resterait néanmoins __ malgré la traite négrière, l’esclavage, la colonisation, la déportation, l’holocauste, le libéralisme sauvage__ une violence « intellectualisée » ? En somme, une violence « civilisée », « légale légitime », « reconnue », « pensée », « contrôlée », « étudiée », voire « nécessaire », renvoyant à une violence « barbare », « illégitime », « illégale », « irrationnelle »?


Edward Saïd 10 est de ceux qui auront donné une esquisse historiographique et analytique du discours et de la construction des représentations qu’a « l’Occident » sur « l’Orient », et qui ont réussi à démontrer que « l’Orient » n’existe que de manière à exorciser les craintes, les délires de puissance, et d’impérialisme de cet « Occident ».


Déjà, à l'époque coloniale, fut élaborée une théorie sur la nature violente de l'Algérien, tel que l'écrivait Frantz Fanon 11 :

« Parmi les carctéristiques du peuple algérien telles que le colonialisme les avait établies nous retiendrons sa criminalité effarante. Avant 1954, les magistrats, les policiers, les avocats, les journalistes, les médecins légistes convenaient de façon unanime que la criminalité de l'algérien faisait problème. L'Algérien, affirmait-on, est un criminel-né. Une théorie fut élaborée, des preuves scientifiques apportées. Cette théorie fut l'objet pendant plus de 20 ans d'un enseignement universitaire. Des Algériens étudiants en médecine reçurent cet enseignement et petit à petit, imperceptiblement, après s'être accomodés du colonialisme, les élites s'accomodèrent des tares naturelles du peuple algérien. Fénéants-nés, menteurs-nés, voleurs-nés, criminels-nés. »


Et comme l'écrit si bien Vivianne Forrester 12:

« Au nom de leur suprématie, avec un sens inné de l'arrogance et la certitude d'une supériorité foncière justifiant leur prépotence universelle, les Occidentaux se sont donné le droit de décréter, sans états d'âme et telle une évidence, la non-importance du nombre de vivants estimés encombrants et la nullité infra-humaine de populations entières, voire leur nocivité présumée. Dès lors, spolier, opprimer, persécuter, assassiner sans limite ces masses allogènes considérées importunes et souvent funestes, devenait recevable, même nécessaire ou mieux: éxigé.

(...)

Y eut-il le moindre effet de scandale lorsque, les Indiens d'Amérique liquidés, les Etats-Unis déversèrent sur leurs terres ainsi débarrassées d'eux, une population noire capturée en Afrique et lui confère un statut d'esclaves? Même une fois l'esclavage aboli, on a vu pendant plus d'un siècle encore ces Noirs légalement traités en sous-hommes, persecutés comme tels, exclus et méprisés avec énergie dans le pays le plus moderne, défini comme le plus démocrate du monde. Quant à la question coloniale, qui regardait l'Europe jusqu'à la moitié du XXème siècle, elle ne fut pas même, ou si rarement, considérée comme une « question ».

(...) Inaperçus, ces scandales étaient acceptés sans la moindre vergogne par un Occident décidément bien rodé, préparé à ne pas s'indigner ni même s'étonner outre mesure des crimes nazis et moins encore y réagir! Le principe, le germe en était familier: les permissivités officielles du mépris, le concept d'une sous-humanité. Le refus du respect. »


Ce que l'Occident aura le mieux réussi, c'est de retourner cette image de violence contre ceux qu'il avait opprimé, humilié. Aujourd'hui encore, en son sein, il persiste à dire que le problème vient de ses minorités. Ces mêmes minorités qui l'ont aidé à se battre contre son propre cancer hégémonique (le nazisme), à se reconstruire dès l'après-guerre mondiale (l'immigration), sans jamais reconnaître officiellement ses erreurs notamment à l'égard des ex-colonisés.

Repentance?

Comment l'Occident pourrait-il se repentir, emporté lui-même par cette machine infernale libérale, prisonnier du commerce mondial, pris à son propre jeu: encore plus de dépendance énergétique, économique. Jouant au gendarme-pyromane, annonçant de libérer des peuples, au nom de la démocratie et de la justice, alors qu'il n'apporte avec lui qu'une forme néo-coloniale, avec son lot de drames, de souffrances, de morts. Risquant de détruire la planète 13.

Le plus contradictoire, est le fait que ce même Occident trahi ses principes auxquels il fait référence, comme lorsqu'on exhibe un passe-droit: Liberté, Egalité, Fraternité, droit de l'Homme; alors, que ne prévaut à son avantage que la loi du plus fort, et la partialité la plus totale, deux poids deux mesures. Et qu'en son sein, des minorités peinent à être reconnues, à être élevées à l'autel démocratique, à cause d'un déficit d'intégration nous dit-on, de culture incompatible, de communautarisme suspect, alors que ceux-ci sont relégués malgré eux en marge de la société. N'est-il pas bon que ces nouveaux français soient représentés démocratiquement, et qu'ils ne soient pas écartés ou sinon cooptés. Serait-ce une résurgence des pratiques coloniales?

Ne doit-on pas montré au monde que les minorités peuvent acceder au rêve démocratique? Est-ce par peur que cela provoque des révolutions, que le modèle s'exporte réellement? Si tous les peuples sont représentés par des gens qui défendent réellement leurs intérêts, n'est-ce pas là le plus beau des idéaux? Mais qui souhaite sincèrement cela?


Quand les immigrés de confession musulmane sont arrivés, ils n'étaient que de la main-d'oeuvre servile, maléable et corvéable à merci. Leurs enfants, eurent la nationalité française, mais ils ne sont pas encore totalement reconnus comme tels, parce que suspectés de part leur religion et leur culture, d'infiltration, d'islamisation, de communautarisme. Violence vécue tous les jours par ces populations, marquées au fer rouge. Quand on est d'origine africaine, on ne peut le cacher. Même si l'on ressemble à un blanc, reste le nom et le prénom.


Pourquoi alors s'étonner d'un repli identitaire, d'une ré-islamisation? On leur a promis la liberté, l'égalité, et la fraternité, et en retour, ils n'ont eu que vexation, relégation, exclusion, stigmatisation, suspicion. et même s'ils sont intégrés, on estime qu'ils ne le sont pas assez encore.


Certes, l'occidentalisation est irréversible. Elle a touché le monde entier. Les moeurs, les modes de vie en ont été influencé: bien matériel, richesse, apareils, engins, gadgets, vêtements, etc. Mais l'erreur que fait l'Occident, c'est d'avoir ériger ses propres créations en finalité, en but à atteindre. Alors que la bonne direction est bien le droit et l'égalité des Hommes. L'occidentalisation est perçue comme une forme de violence radicale par certains peuples qui y voient la perte de leur tradition à long terme.


Si l'Islam a marqué et marque aujourd'hui encore plus profondément des milliers, des millions d'individus, c'est parce qu'il a comme principe fondamental: « Nul ne sera croyant tant qu'il ne souhaitera pour son frère, ce qu'il souhaite pour lui-même ». Qu'il serait beau de dire un jour, "Nul ne sera citoyen tant qu'il ne souhaitera pour son compatriote, ce qu'il souhaite pour lui-même".


L'Occident à beaucoup à apprendre des autres, mais tant qu'il ne s'ouvrira pas, il connaîtra alors le même sort que toutes les civilisations antérieures: son déclin.


Tant que ses actes ne seront dictés que par des intentions coupables, alors l'Humanité ira à sa perte, et se détruira par l'effet de sa propre violence.

Aujourd'hui, toute violence est inacceptable, fut-elle justifiée par des valeurs démocratiques, surtout si les conséquences n'en sont pas calculées. Les irakiens le disent: « La situation en Irak est devenue pire que sous Saddam. Et quitte à être dominé, humilié, autant l'être par l'un des nôtres. »


Assemi Djamel






1_Laurent Mucchielli, ''Le scandale des « tournantes »: dérives médiatiques, contre-enquête sociologique'', éditions La Découverte.

2_ Anne-Marie Delcambre, ''L'islam des interdits'', éditions Desclée de Brouwer.

3_Thomas Deltombe, ''L'islam imaginaire'': La construction médiatique de l'islamphobie en France, 1975-2005, éditions La Découverte.

4_ François Jullien, ’’Du mal/Du négatif’’, Essais, éditions Points.

5_ Pierre Bourdieu, ’’Méditations Pascaliennes’’, Essais, éditions Points.

6_ Michel Wierviorka, ’’La violence’’, éditions Hachette Littératures.

7_ Jean-Baptiste Duroselle, ‘’Histoire diplomatique de 1919 à nos jours’’, Paris, Dalloz, 1990.

8_ Amin Maalouf, ’’Les croisades vues par les Arabes’’, Livre de Poche.

9_ Ibn Khaldun, Malek Bennabi.

10_ Edward Saïd, ’’L’Orientalisme : L’Orient crée par l’Occident’’, édition Seuil.

11_ Frantz fanon, ''Les damnés de la terre'', éditions La découverte.

12_ Vivianne Forrester, ''Le crime occidental'', aux éditions Fayard.

13_ Hervé Kempf, ''Comment les riches détruisent la planète'', éditions Seuil.

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