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Un kärchérisé de la République

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Réconcilier les musulmans avec la Philosophie, dans la continuité de Mohammed Iqbal et Al-Afghani.

Par Un kärchérisé de la République :: 12/12/2010 à 12:19
Il est un lieu commun de dire que la philosophie n'est que l'apanage de l'Occident. Il est certain qu'elle a eu un accueil et un développement considérable qui a favorisé l'effervescence d'idées jusqu'aux Lumières en France, et les anti-Lumières en Allemagne notamment. Celle-ci a prospéré jusqu'au XX ème siècle, mais aujourd'hui elle semblerait laisser place aux chercheurs  plus spécialisés ou à une certaine interdisciplinarité dans la continuité de leurs Maîtres à penser.
Aujourd'hui il existe une fracture entre les penseurs Généralistes (philosophes classiques) à qui l'on reproche d'être des brasseurs d'idées ou touche-à-tout incapables d'affronter les problèmes scientifiques concrets; et les chercheurs spécialistes qui croulent sous leur propre poids de recherches, théories, données, analyses, les embourbant dans une vision parfois étriquée à l'heure où l'on consacre la complexité des sciences humaines comme "science du XXI ème siècle".

Néanmoins, les philosophes connus et reconnus sont ceux qui ont laissé une trace écrite. Dans la majorité des cas, ils sont le produit de leur époque, de leur milieu, et de leur expérience personnelle. Ils sont de toutes tendances: athées, polythéistes, croyants, monothéistes, communistes, libéraux, etc. Parfois leur pensée change, évolue. Toutefois, ils n'ont qu'un point de vue subjectif et partiel. Pour avoir une vue d'ensemble, il faudrait appréhender tous les courants philosophiques d'Orient ou d'Occident depuis la nuit des temps.

Or, en Europe, l'on étudie la Philosophie depuis les Grecs, pour ensuite faire un saut directement au XIII ème siècle avec Albert le Grand et Thomas d'Aquin. L'époque du Moyen-Age est souvent décrite comme obscure, malgré que l'on sait que la philosophie arabe a influencé les Universités et développé la scolastique, au point que la pensée d'Ibn Ruschd (Averroès) était source de débats intenses jusqu'au XVI ème siècle (Cf, De Libera). D'ailleurs l'Eglise voyait d'un très mauvais oeil les sympathisants ou tenants de l'Averroisme.
Averroes n'a pas été le seul. Ibn Sina (Avicenne) aussi avait marqué par son érudition: mathématique, médecine, philosophie... Il n'en demeure pas moins, qu'il en a existé une multitude d'autres, peu connu en Occident voire même tombés dans l'oubli en Orient, tels que Al-Kindi, Ibn Al-Rawandi et Al-Razi avec qui on voit réapparaître le naturalisme; Al-Farabi et le développement du néo-platonisme islamique; Le Frères qui excellent dans le néo-pythagorisme et la vulgarisation des sciences philosophiques; la diffusion de la culture philosophique au X ème siècle avec Abu Hayyan, Al-Tawhidi, Miskawayh, Yahaya B. Ali; la réfutation du néoplatonisme par le fameux Al-Ghazali; renaissance du péripatétisme avec Ibn Massarra, Al-Maghriti, Ibn Bajja, Ibn Tufayl; et enfin la renaissance de l'aristotélisme avec le fameux Averroes; sans oublier enfin les penseurs réformistes de la fin XVIII ème XIX ème siècle, comme les fameux Al-Afghani, Mohammed 'Abduh, Sayyid Ahmad Khan, Amer 'Ali, et bien sûr Muhammad Iqbal.

Bien entendu, on remarquera que la Philosophie en Terre d'islam a connu un arrêt brutal, certains reviendront sur les explications données par le fameux Ibn Khaldun qui a établi une analyse de la société et de son époque, sans concessions, d'autres y verront l'incompatibilité de la philosophie avec l'Islam. Or, rien n'est moins sûr. Ce qui est certain, c'est que plusieurs facteurs ont contribué à l'éviction voire à la disparition de la philosophie dans le monde musulman, notamment la réfutation des Philosophes par Al-Ghazali et une réalité politico-historique en crise.

Aujourd'hui encore, les tendances les plus orthodoxes voient en la Philosophie un danger, voire une menace. Fini le temps des Mu'tazilites ou rationalistes ou la Maison de la sagesse ou encore l'ouverture des portes de l'Ijtihad (ou Djihad dans son sens étymologique: effort). Ce qui est certain, jalouses de leur pouvoir, ces autorités religieuses ont effectué une fermeture ou une clôture dogmatique, ce que feu Mohammed Arkoun avait mis en évidence. Pour ces tendances la seule science digne d'être considérée comme telle est la science islamique. Or, le premier ordre ou verset révélé au prophète Muhammad est "Iqra bismi rabika ladi khalaq" (Lis au nom de ton Seigneur qui a crée). Les premiers savants musulmans à la Lumière du Coran avaient ainsi développé une façon de penser le monde et la place de l'Homme dans l'Univers. Les versets du Coran que l'on traduit incorrectement par versets signifient en réalité Signes. On ne devrait pas dire les versets du Coran mais les signes du Coran. Les premiers savants musulmans l'avaient compris. Et puis d'ailleurs, l'Humanité doit la naissance de l'expérimentation principalement à ces penseurs qui ont développé de nombreuses sciences sur l'observation et l'expérience et non pas sur des mythes d'anciens. L'incitation divine de rechercher et de comprendre les Signes de la création, de l'Univers étaient et sont explicitement encouragés par le Coran.

Cependant, de la même façon qu'un dogmatisme orthodoxe musulman où n'est reconnu qu'un Corpus Officiel Clos, en Occident persiste l'idée que l'Europe ne doit son génie "qu'à ses philosophes". Or, les philosophes grecs n'appartiennent pas plus à l'Occident qu'à l'Orient. D'ailleurs la délimitation ou la fracture Orient Occident n'est pas aussi aisée, voire à toujours servie des vues idéologiques (G. Corm).
Les philosophes sont le patrimoine de l'Humanité et non pas de précieuses figures que l'on garde jalousement.
Donc, en Occident persiste une forme de propagande aussi néfaste que chez les intégristes religieux, qui tend à occulter la réalité historique et intellectuelle, perpétuant une sorte d'inquisition paradoxalement laïque. Parler de penseurs musulmans et de ce que l'Islam a apporté à la civilisation à l'Humanité serait une forme de blasphème. Jusqu'à aujourd'hui , avec tout le laïcisme et l'ouverture dont on se prétend, avouer l'existence d'un chaînon manquant dans l'Histoire Universelle de la science, serait comme une révolution Copernicienne. Je ne parle pas des milieux savants qui eux reconnaissent cette réalité mais des écoles primaires et Collèges qui n'appuient pas assez sûr cette réalité. Et encore, Depuis Pétrarque jusqu'à Sylvain Gougueinheim, cette peur des savants musulmans (dits arabes parce qu'ils écrivaient dans cette langue) est restée intacte, même dans le domaine universitaire.  Aujourd'hui certains médiévistes récusent le fait que la transmission de ce savoir s'est faite par les canaux du monde musulmans. Il est vrai que cette transmission de la pensée Grecque s'est effectué en Europe par les intellectuels juifs et chrétiens arabes qui ont fait un travail de traduction considérable, via Byzance et le monde Andalous. Cette nouvelle tendance d'historiens post-Braudel maintient le mythe de la pureté et du génie occidental de culture "judéo-chrétienne" au même titre que les tenants de l'Orthodoxie musulmane qui ne s'attachent que sur l'aspect théologique et légaliste de leur religion et de leur vision du monde.

C'est pour cela que les musulmans doivent se réapproprier ce patrimoine Universel, redécouvrir tous les penseurs classiques Grecs, Musulmans, Juifs, et en revenant sur l'épicurisme, le stoïcisme,  le cynisme, le scepticisme, l'utilitarisme et le pragmatisme, la psychanalyse, la phénoménologie, l'existentialisme, le structuralisme, la philosophie analytique, etc. Chacun détient une pensée, une réflexion, qui même si elle ne va pas dans le sens de nos convictions, ne demeure pas moins intéressante et enrichissante. C'est ce qui fait la beauté du 'Aql ou de l'intelligence humaine.
Pour le musulman éclairé, Montaigne avec son Humanisme peut être comparé aux grands penseurs musulmans qui ont mis l'Homme au centre du monde et de l'Univers (Khalif Allah ou représentant de Dieu sur Terre); de la même façon qu'un Voltaire connu pour son déisme peut être source d'études et de réflexion; ou Rousseau qui pensait que c'est la société qui l'altère ou corrompt l'Homme, que celui-ci est bon par nature (là on a une similitude avec la notion de Fitra ou nature originelle de l'Homme qui ne change qu'en fonction du milieu et de l'éducation); on pourrait multiplier les exemples à l'infini. Prenons exemple sur Muhhammad Iqbal qui a donné réponse à Nietzsche à propos de sa fameuse phrase "Dieu est mort" ou Al-Afghani en réponse à Ernest Renan à propos de l'incompatibilité des sciences et de l'Islam.
Prenons exemple sur les penseurs juifs qui ont fait la Halakhah (Lumières juives) en revenant sur des penseurs comme Maïmonide jusqu'à Spinoza (Ruben Hayoun).

Enfin, ce que nous devons comprendre, c'est que les philosophes ne sont qu'une infime parcelle de la continuité du génie humain et qu'ils appartiennent à toute l'Humanité. Chacun contribue à apporter sa pierre à l'édifice dans la compréhension de la perception du monde. Leurs écrits peuvent être contradictoires, circonstanciels, influencés par l'actualité du moment. Peu importe, car ils contribuent au dialogue et à une meilleure compréhension. Tant pis si des propos peuvent choquer un croyant comme un non-croyant, ce qui est intéressant c'est de savoir pourquoi cette personne réfléchit de la sorte et ne pas jeter l'anathème comme si on était encore à une époque d'Inquisition ou d'obscurantisme. Et cela aussi bien en Occident où l'on chante les louanges de l'ultra-libéralisme qu'en Orient où l'on glorifie l'islamisme le plus obtus. En effet, en Europe, les progrès techniques nous ont amené à croire à une nouvelle forme de religiosité: le scientisme ou l'Homme-Dieu.
Or, face aux problèmes écologiques et démographiques, les propos de Claude Lévy-Strauss dans Race et Histoire, prennent une dimension quasi prophétique mettant en exergue la diversité des cultures, la place de la civilisation occidentale dans le déroulement historique et le rôle du hasard, la relativité de l'idée de progrès surtout avec les effets secondaires que nous connaissons. En effet, dans un monde fini où les richesses énergétiques sont limitées, il est plus qu'urgent de penser le rapport à l'Humanité avec la nature et les devoirs que nous avons vis-à-vis d'elle et de nous-mêmes. Aujourd'hui plus que jamais, la philosophie et les sciences doivent se penser à l'échelle planétaire, dans une perspective de partage, de reconnaissance, d'échange et de respect.
Fini le temps des Empires hégémoniques ou civilisations "dites supérieures". Il en va de la survie de notre planète.
Oui, il est temps de penser à de nouvelles Lumières ou Aüfklarung.

Assemi Djamèle


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