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La tragédie du catholicisme ou « qui doit sauver qui ? » conférence-débat de Denis Moreau : « Le concept de Salut (catholique)

Par Un kärchérisé de la République :: 22/01/2012 à 20:58
par Assemi Djamel, dimanche 22 janvier 2012, 14:29

Mardi 17 janvier à 20h 30 à la salle Benoît XII à Avignon organisée par l'association Gaya, j'ai assisté à la conférence de Denis Moreau, philosophe à l'Université de Nantes. Son dernier livre s'intitule "Les voies du salut, un essai philosophique" aux éditions Bayard, 2010. Sa conférence portait sur cette question "Le concept de salut a-t-il encore un sens aujourd'hui?"

Denis Moreau nous fit une présentation en trois parties: les origines du mot salut, une approche philosophique du concept de salut, et enfin une réflexion sur sa dimension plus particulièrement chrétienne, dirions-nous catholique pour être plus précis.

 

Après les présentations, Denis Moreau commença son exposé par l’étymologie du mot Salut en latin Salute: fait d'être sauvé d'un péril mortel, d'être en bonne santé, être sain et sauf. Il revint sur les origines gréco-latines du catholicisme. Je ne pu m’empêcher de lui demander : « Il ne faudrait pas oublier que Jésus était un sémite, et son prénom en Hébreu Yésua, comme vous l’avez si bien souligné, qui veut dire Dieu sauve. Mais n’y a-t-il pas une déperdition du sens des mots de l’araméen ou de l’hébreu vers la langue grecque ou latine ? Les Bibles que nous avons ne sont que des traductions des textes originaux. Le Salut que vous nous aviez défini n’est-ce pas le shalom des juifs ou le salam dont est tiré le mot islam chez les musulmans ? » Il m’avoua ne pas être hébraïsant ou compétant sur la question. Encore un de ces mystères cher au catholicisme ? Je lui fis la remarque qu'a formulé François Reynaert dans son dernier livre "que le catholicisme en définitive n'est qu'une secte qui a réussi à s'imposer au détriment de l'arianisme très répandu jusqu'au V ème siècle en Europe. L'arianisme qui ne reconnaissait pas la nature divine de Jésus".

 

Ensuite, il expliqua « Le Salut passe pour être l'affaire des religions, et il relèverait à titre de seule compétence du théologien ». Et d’ajouter, « Vieux concept démodé, qui dégage un rance fumet de sacristie que les philosophes tiennent pour suspect »... Et à raison! En effet, il expliqua que cette notion se retrouve de partout dans notre société de consommation, pour se faire, il alla jusqu'à lire la publicité des effets salutaires du gel douche Axe après une torride nuit courte en compagnie d'une ou plusieurs demoiselles. Et d'ajouter, "Rassurez-vous, mais en bon père catholique ne venez pas à croire que j'utilise ce gel douche!". Rires dans la salle. Humour ou triste aveu du dilemme catholique entre l'attraction du plaisir du corps et celle du péché?

Pourtant, ne nous détrompons pas, professeur à l'université de Nantes, il entend pourtant ne faire appel qu'aux ressources de la raison. Raison catholique entourée de biens de mystères comme on le verra. Nulle tentation chez lui d'un «tournant théologique». Si, en fin de compte, il se trouve en connivence avec la notion chrétienne, c'est en réfléchissant d'un bout à l'autre, selon le mot de Descartes, en «homme purement homme». On en doute à la suite de son exposé…

 

Il nous fit ensuite une présentation de son ouvrage qui comporte deux mouvements. D’ailleurs ce fût la partie de son exposé la plus intéressante car mettant l’accent sur le lien des racines greco-catholiques de la philosophie occidentale. Les trois premières sections (sur la croyance, la mort, les mauvaises actions) sont de philosophie toute pure - le jargon habituel en moins - «au sens où non seulement la façon de réfléchir mais aussi les contenus abordés sont accessibles au moyen des capacités intellectuelles dont les hommes sont naturellement dotés.

En revanche, la section IV (sur la libération) propose une réflexion qui ressortit en partie de la théologie philosophique.» Ce qui veut dire que, dans cette dernière section, le philosophe réfléchit philosophiquement sur une proposition, en l'occurrence la résurrection du Christ, qui lui vient d'ailleurs.

Il ne faudrait pas trop vite sauter par-dessus les trois premières sections, sous prétexte qu'elles sont de nature «philosophique». Elles démasquent toutes les stratégies mises en œuvre par les humains en vue de se soustraire à la finitude et à la mort. On lira en particulier les fines analyses sur l'avarice, la gloutonnerie, la luxure, l'homicide, l'orgueil, l'égoïsme, etc. Tous ces comportements de fuite éloignent de la vie bonne, et font surgir, par contraste, la question d'une croyance libératrice. Pour lui c'est au regard de ces conduites négatives que la proposition chrétienne, misant sur la résurrection du Christ, devient éclairante et prend tout son poids. Et c’est là que le débat devient intéressant. Il nous expliqua dans un aveu d’impuissance, « Nous devons faire face aux détracteurs comme nous le conseille Saint Paul, savoir répondre aux questions, donc penser le catholicisme ». Et d’ajouter comme un cri de désespoir « nous devons sauvez le catholicisme de l’image dans laquelle il est plongé, suite aux différentes affaires », sûrement en référence aux affaires de pédophilie qui ont touché l’Eglise.

Mais à ce stade, on ne peut éviter la question: est-ce «arrivé»? «En centrant la réflexion sur l'efficacité présente de la croyance en la proposition "Jésus est ressuscité", ne réduit-on pas le Christ à un simple concept ou à un genre de mythe dont tout l'intérêt réside dans les effets bénéfiques qu'il produit sur ceux qui s'y intéressent? Ne regarde-t-on pas comme secondaire les questions de la vérité historique de l'existence de Jésus en général, et de la résurrection en particulier?» Sur cette question, le philosophe loge à la même enseigne que n'importe quel croyant. Il n'a d'autre appui que la crédibilité des témoins attestant que «c'est vraiment arrivé».

On ne peut ignorer cependant que, à côté de la voie chrétienne, d'autres voies de salut s'offrent à l'homme, assorties de recettes et d'outils plus ou moins efficaces. Il nous expliqua que l’homme moderne ne trouve de salut qu’en l’autre, son partenaire, dans l’espoir d’une relation amoureuse ou amicale qui le sauvera. D’autres, trouveront le salut dans des séances de Yoga ou de retour à la nature, via les voyages, la contemplation, etc. C'est pourquoi, Denis Moreau parle des voies de salut au pluriel. Il n'en estime pas moins que seule «la résurrection ouvre de façon spécifique la possibilité d'une libération globale, en ce sens qu'elle ne consiste pas seulement en des recettes ou techniques particulières de lutte contre le péché, mais transmue la condition humaine dans celle de ses dimensions essentielles (le rapport à la mort)». Il y va donc pour l'homme de son intérêt existentiel bien compris de parier sur la résurrection du Christ, pour reprendre Pascal qu’il critique au passage.

Comment évaluer un tel projet? Les «rationalistes» diront: ce n'est plus de la philosophie. Quant aux théologiens, ils jugeront cette sotériologie «trop naturelle, horizontale, ou encore immanente». Pris entre ces deux feux, Denis Moreau, qui a prévenu ces objections, n'hésite pas à transgresser les frontières quand elles lui paraissent aussi arbitraires que figées.

Enfin, il conclu que le Salut est le fait d'être sauvé de l'état de péché et de souffrance dans lequel naît l'homme, et de la damnation qui serait la conséquence de cet état sans la médiation du Sauveur ou Rédempteur, faisant référence au pêché originel.

 

A la suite de cet exposé, je ne pus m’empêcher de lui poser quelques questions fatidiques, dont la réponse troublée et confuse ne pût que me confirmer sa peine, par une succession honnête de « Désolé, mais je ne parle qu’en tant que philosophe et je ne suis pas compétent sur les questions que vous me posez.

Voici mes questions : « Ne pensez-vous pas que le drame du catholicisme réside dans cette obsession du corps que Nietzsche dénonçait à travers sa philosophie, lui qui souffrait dans sa chaire ? Que la modernité n’est ni plus ni moins que de rompre avec ce dolorisme mortifère catholique ? Enfin, ne pensez-vous pas que l’universalité du judaïsme et de l’islam réside dans un Dieu unique et transcendant, dont l’essentiel n’est pas le corps meurtri d’un homme sur la croix, mais le Logos ou le message à travers le Texte, la Lettre ? En définitif, avions-nous besoin de la mort ou la résurrection d’un homme sachant que le pêché originel est une notion purement chrétienne et catholique ? », et je lui ai avoué ,peut-être pour mieux le crucifier, si je peux me permettre cette boutade osée, « Il y a une phrase terrible que vous avez prononcé dans votre exposé, vous aviez dit nous devons sauver le catholicisme face à ses détracteurs, en pensant le catholicisme, et en ayant un discours cohérent. Mais au final monsieur, qui doit sauver qui ? Est-ce le catholicisme qui doit sauver les gens ou nous qui devions le sauver ? ».

 

Enfin, à la question posée dans l'auditoire "Que pensez-vous des autres voies de salut dans le judaïsme, l'islam, le bouddhisme ou autre?", il répondit "C'est comme différentes équipes qui joueraient au football, il y a celles qui jouent avec les pieds et les autres avec les mains". Rires dans la salle.

A part ça, monsieur Denis Moreau ne fait pas de prosélytisme. On l'aura bien compris.

 

Assemi Djamel.

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